pjanic (miralem) (S. Boue/L'Equipe)
Ligue des Champions - Juventus Turin

Miralem Pjanic, «l'un des grands artistes de notre époque» : deux des formateurs du joueur de la Juventus Turin le racontent

Avant de briller au plus haut niveau et fouler les pelouses de Ligue des champions, Miralem Pjanic s'est aguerri au Luxembourg et au FC Metz. FF.fr a retracé la formation du milieu bosnien avec ses premiers entraîneurs.

En pleine guerre de Bosnie au début des années 90, la famille Pjanic, comme la plupart des foyers bosniens, part vivre au Luxembourg. Le petit Miralem n'a alors que trois ans. Et c'est dans ce petit pays de 2 586 km2 à cheval entre la France, la Belgique et l'Allemagne, que l'actuel maestro de la Juve commence son épanouissement, sous la bienveillance de son père. A dix ans, il intègre le club du FC Schifflange 95 au Luxembourg, mais est très vite repéré par plusieurs clubs européens, dont le FC Metz qui l'engage en 2004. Dan Theis et Francis De Taddeo, deux de ses anciens entraîneurs, racontent leur Miralem Pjanic.

Dan Theis* : «Si on a un problème, on va chercher Miré, c'est lui qui trouvera la solution !»

«Quand Miralem avait 17 ans, je l'avais pris avec les U19 et il sortait déjà du lot parce qu'il voyait le jeu avant les autres. D'ailleurs, c'est pour ça qu'il n'a pas souvent été blessé par des contacts. Il était toujours au bon endroit au bon moment. Miralem était le plus jeune dans la sélection, mais avec son talent, il s'imposait de le faire jouer. Il avait toutes les qualités : il voyait le jeu, avait la technique et un temps d'avance sur les autres. Il jouait un cran plus haut, derrière l'attaquant. Je disais à mes joueurs : “Si on a un problème, on va chercher Miré, c'est lui qui trouvera la solution !”. Il avait déjà un bagage technique énorme pour son âge. Il jouait les ballons là où il le fallait. Miralem était toujours disponible et c'était un plaisir de travailler avec lui. On voyait tout de suite qu'il était vraiment au-dessus et qu'il avait le talent pour réussir.
«Le footballeur Miralem Pjanic est exceptionnel, mais l'homme est tout autant exceptionnel»
Je me souviens d'un garçon très humble avec les pieds sur terre, qui avait beaucoup de copains dans le groupe et qui s'intégrait facilement. Il était bien dans sa tête. C'est un joueur que beaucoup d'entraîneurs aiment gérer. Le footballeur Miralem Pjanic est exceptionnel, mais l'homme est tout autant exceptionnel. C'est surtout ça que j'ai retenu de lui. Il était un exemple pour les jeunes luxembourgeois qui n'étaient pas encore à l'étranger : il leur parlait, les encourageait. Je me rappelle toujours du match où je l'ai vu jouer avec les moins de 17 ans contre la Belgique. Ce n'était pas moi l'entraîneur à l'époque, mais Miralem était au-dessus du lot sur le terrain. Il avait marqué un but de la ligne médiane et là je me suis dit : “ça va être un plaisir de travailler avec ce joueur”. Et ç'a été un immense plaisir de travailler avec lui.

Lire aussi : la fiche de Miralem Pjanic
Avec sa taille, Miralem n'était pas un monstre de la tête mais il allait quand même au duel comme il le fait aujourd'hui. Il faisait tout ce qu'on lui demandait. Quand il fallait être dur avec l'adversaire, il l'était. Pour parler avec l'arbitre, il était là pour prendre la responsabilité malgré son jeune âge. Quand il fallait tirer un penalty, il prenait aussi la responsabilité.

Je me souviens d'une fois où on était en stage. Le soir, on jouait et je lui ai demandé : "Tu veux faire un décrassage ?". Il m'a répondu : "Oh coach, je préfère jouer !". C'était quelqu'un qui aimait avant tout toucher le cuir. C'est une personne que je respecte énormément, ça me fait plaisir de le voir dans les grands matches ! Qu'est-ce qui est plus grand que la Juve encore ? Barcelone ? Le Real ? Je ne peux pas répondre à ça. En tout cas, j'espère le voir jouer encore cinq ou six années à ce niveau. S'il peut jouer à 33 ou 34 ans au milieu de terrain, ça serait bien pour lui.»
*entraîneur de Pjanic en sélection du Luxembourg (U19) en 2006-2007

Francis De Taddeo* : «Une vision et une relation incroyables avec le ballon»

«C'est un garçon qu'on a repéré avec Sébastien Muet et Olivier Perrin. Carlo Molinari (NDLR : l'ancien président du FC Metz) a toujours été sensible à la proximité du Luxembourg. On a pu voir tout de suite le petit Miralem et on s'est dit que ce garçon-là était vraiment au-dessus des autres. C'est comme ça qu'il est venu chez nous. Il a été champion de France des moins de 17 ans lorsque l'équipe professionnelle était championne de Ligue 2. Derrière, on est passé en Ligue 1 et j'ai gardé le groupe pro. Et j'ai tout de suite intégré Miralem à l'équipe et il a joué directement en Ligue 1.

Il avait le regard là où il n'y avait pas la balle ! Il avait toujours un plan très haut de tête, ce toucher de balle qui permettait de trouver quasiment n'importe qui sur le terrain dans toutes les positions. Il avait une vision et une relation incroyables avec le ballon. Au départ, les gens le considéraient comme un joueur petit, brillant techniquement. Mais il n'était pas brillant, il était redoutable. Cette technique, il l'a toujours eue. Il avait la classe. Ce garçon-là, il n'y avait pas grand-chose à lui faire rattraper car il était déjà armé. Il sentait l'endroit où il fallait être, il sentait la passe à faire. Son jeu était toujours tourné vers le collectif et Miralem savait trouver ses partenaires et les mettre dans de bonnes conditions. Aujourd'hui, il a ça à la puissance dix.
«Il s'est imposé naturellement et les joueurs l'ont très vite adoubé. Dans la qualité du jeu, il permettait d'équilibrer l'équipe»
Certains pouvaient penser qu'il manquait de puissance. C'était vrai au niveau musculaire et physique. Mais on savait que ça allait venir. C'est un garçon qui savait se faire mal sur des séries de travail vraiment intenses. Il était increvable. C'est probablement l'un des garçons qui a donné le moins de travail à Metz. C'est un garçon qui arrivait avec tellement de potentiel qu'il n'y avait pas d'inquiétudes à avoir, on savait que ça allait arriver.

On avait un effectif de Ligue 1 (NDLR : lors de la saison 2007-08) très jeune avec les départs d'Obraniak, de Béria, et on n'avait pas beaucoup de budget pour recruter. Il nous fallait du talent à ce moment-là, et lui en avait. Après, penser qu'il aurait fait autant de matches tout de suite (NDLR : pour sa première saison, Pjanic avait joué 32 rencontres au total, devenant essentiel dans le système messin), ce n'était pas évident à voir. Il s'est imposé naturellement et les joueurs l'ont très vite adoubé. Dans la qualité du jeu, il permettait d'équilibrer l'équipe.

«Il était tellement maître de son football»

C'est un garçon qui nous avait fait des promesses avec son papa. Avant que Miralem arrive, on l'avait rencontré parce qu'on ne pouvait pas lui faire signer de contrat avant janvier 2008 à cause d'un problème réglementaire. Il disait : "Je resterai à Metz, c'est mon club." Et en janvier, il aurait très bien pu trouver des prétextes pour dire «on va réfléchir avant de signer», alors qu'il savait que le club allait descendre à la fin de la saison. Miralem et ses parents ont tenu leur promesse. Ce qui fait qu'au mois de juin, il a pu être transféré à Lyon (NDLR : le FC Metz récupérait 7,5 millions d'euros). Autrement, le joueur aurait été libre. C'est quelqu'un qui a de vraies valeurs.

Il y a autre chose qu'il faut souligner : l'environnement de Miralem. S'il en est là, c'est qu'il a su se remettre en cause sans brûler les étapes. Avec la famille Pjanic, on a eu une relation partenaire dans l'organisation du travail. L'environnement de Miralem, c'est un exemple à montrer et à communiquer. Je n'ai jamais eu besoin de le sanctionner car il était toujours ponctuel et travaillait à l'école. C'était un garçon extrêmement sociable et gentil, il était donc un leader affectif aussi et un leader de compétition. Il avait cette capacité à se fondre dans la collectivité avec son intelligence relationnelle et sociale. Il avait une humilité incroyable.
«À la fin de l'entraînement, je lui dis : ''Tu sais Miralem, quand je te vois jouer, je trouve que tu as un jeu galactique''».
Un jour, lors d'un match Luxembourg-Belgique, Miralem était sélectionné dans les équipes de jeunes au Luxembourg. En arrivant, je vois que tous les gros clubs sont là. Toute l'Europe ! Le match se termine à 5-5. Mais on pouvait dire : Belgique 5 et Pjanic 4 et demi ! Parce qu'il avait mis 4 buts, avec une passe décisive. Chaque fois que la Belgique menait, Pjanic faisait ce qu'il fallait pour égaliser. Le soir, je me disais que c'était l'un des plus beaux après-midis de ma vie en tant qu'entraineur. Je n'avais jamais vu ça.
Le deuxième souvenir que j'ai de lui, c'est quand on était sur la Plaine de Jeux (NDLR : les terrains du centre de formation de Metz) et à la fin de l'entraînement, je lui dis : "Tu sais Miralem, quand je te vois jouer, je trouve que tu as un jeu galactique". A ce moment-là, il avait quinze ans mais pour moi, ce garçon avait un niveau galactique. Des bons joueurs, à Metz, on en a eu beaucoup, mais un garçon comme lui, c'était encore quelque chose de différent. C'est l'un des grands artistes de notre époque. Il a influencé et amélioré ses partenaires à Metz. Il a aussi amélioré des entraîneurs, et moi y compris ! Il m'a rendu meilleur.»
*ancien entraîneur qui a formé Pjanic au FC Metz, et qui l'a lancé en Ligue 1 lors de la saison 2007-2008
Mehdi Es Skheifi
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amateur002 13 févr. à 19:06

très grand joueur