(L'Equipe)
L'Afrique c'est foot

Monuments en péril

Ils ont brillé sur la scène continentale il y a quelques décennies et ont depuis, plus ou moins disparu. Que deviennent le Canon de Yaoundé, le Stade d'Abidjan ou le Stella d'Adjamé, anciens vainqueurs de compétitions africaines ?

Au détour de conversations enflammées entre anciens, la simple évocation de leurs noms fait encore frissonner et rallume parfois mille petites anecdotes. Elle convoque aussi le souvenir de finales africaines disputées dans un autre siècle. Ces clubs-là, pourtant, ne font plus vraiment peur sur leur propre scène nationale depuis longtemps. Ce jeudi après-midi, le Stella Club d'Adjamé (CIV), qui vit passer des cadors tels que Dié Fonéyé, Saint Joseph Gadji Celi, Abdoulaye «Ben Badi» Traoré, feu Léon Gbizié et plus récemment le Milanais Frank Kessié, défie l'ASEC en Coupe nationale. Descendu en D2 depuis quelques saisons, le Stella a remporté la deuxième édition de la Coupe de la CAF en 1993. Aujourd'hui, les «Magnans» se battent pour accrocher l'une des deux places pour remonter parmi l'élite et s'extirper de l'anonymat.

Fort heureusement, le destin sportif du club a été confié à Gervais Rigo, digne héritier de feu Wollé Basile en matière de formation et de pédagogie sportive. Mais la lutte pour la montée en D1 est très compliquée. Le Stella côtoie en D2 le Stade d'Abidjan, vainqueur de la Coupe des clubs champions africaine 1966, relégué la saison dernière. Une fois tombé à l'étage inférieur, il n'est pas simple d'exister tant sur le plan sportif que financier. Médiatiquement, ces entités historiques disparaissent quasiment des gazettes. Comme effacées. Injuste et cruel.

Ne pas reproduire les mêmes erreurs

Au Nigeria, plusieurs anciens cracks, qui firent trembler les cadors de l'époque, ont sombré. Les BCC Lions de Gboko, finalistes de la C2 1991 ? Tombés dans les championnats amateurs. Les Shooting Stars d'Ibadan, deuxièmes vainqueurs de la Coupe des coupes (1976) ont chuté en D2 nationale, où évoluent aussi les Stationery Stores de Lagos, autres légendes des années 1970. On est sans nouvelles récentes des Ranchers Bees de Kaduna, finalistes de la C2 1988, où débuta un certain Daniel Amokachi. Mais l'exemple le plus frappant vient du Cameroun. Triple champion d'Afrique (1971, 1978, 1980), le Canon de Yaoundé, alias «Kpa Kum», traîne sa tristesse en Elite Two, l'antichambre de D1 nationale, depuis sa relégation en 2017. Champion pour la dernière fois en 2002, le club rouge et vert a disparu de l'avant-scène au pays des champions d'Afrique.
Ces quelques exemples donneront, c'est à espérer, du grain à moudre aux dirigeants de clubs africains actuels.
Lui qui aimait tant défier ses grands rivaux du Tonnerre de Yaoundé ou encore de l'Union de Douala, a désormais pour adversaires l'AS Matelots et l'AS Etoa Meki. Vainqueur de la C2 1975 - c'était en finale contre le Stella d'Adjamé -, le Tonnerre de Yaoundé (alias TKC), autre géant camerounais, a fini par remonter en D1 à la dernière intersaison. Mais les temps sont durs pour l'un des anciens clubs de Roger Milla. Ces quelques exemples donneront, c'est à espérer, du grain à moudre aux dirigeants de clubs africains actuels. Qui sont en grand danger dès lors qu'ils sont gérés par un président-mécène tout puissant, capable à tout moment de changer d'avis et de retirer ses billes. Et de laisser le club dépérir jusqu'à sa mort sportive. Le maintien de l'institution doit prévaloir sur les intérêts personnels. Privilégier la continuité aux coups ponctuels est tout aussi important. Renforcer ou rénover les biens matériels (bureaux, siège, terrains d'entraînement). Ne pas négliger la base de supporters ni même les anciens joueurs, éducateurs et dirigeants. Bref, respecter l'histoire passée du club afin de ne pas insulter l'avenir...
Frank Simon 
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