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Moussa Sissoko : «Deschamps, je sais qu'il m'aime bien»

Sans faire de bruit, le joueur de Newcastle est devenu un incontournable de l'équipe de France, au point d'être surnommé par certains «le chouchou de Deschamps». Pour FF, il s'en explique.

«Vous n’avez plus quitté la liste de Didier Deschamps depuis deux ans. Quel sentiment vous anime à chaque fois que vous recevez une convocation ?
Je suis toujours très heureux d’être sélectionné. Pour moi, ça représente beaucoup, je suis Malien d’origine, mais la France c’est mon pays, je suis né ici. Le fait de pouvoir porter ce maillot est quelque chose d’énorme et une chance. C’est toujours une fierté dès que je vois mon nom sur la liste. Quand j’étais gamin, ma vie tournait autour du foot. La semaine, j’étais tous les jours avec mon ballon. Je voulais être footballeur professionnel. Je n’avais que ça en tête. J’ai commencé à cinq ans, je me suis accroché, j’ai tout fait pour réussir.
 
Comment tout a débuté?
J’ai commencé le foot à Aulnay-sous-Bois (93), ensuite, en benjamins, je pars jouer deux ans au Red Star. Comme c’était loin de chez moi et que je rentrais très tard à chaque fois, je suis alors revenu à Aulnay. Ensuite, c’est un ami de mon oncle qui m’a appelé et qui m’a dit qu’un recruteur de Toulouse m’avait remarqué. Il voulait me voir un jour sur une détection à Paris. Malheureusement, le jour de cette détection, je me suis réveillé en retard et je n’y suis pas allé ! J’étais dégoûté, c’était LA chance. Mais ma déception s’est transformée en bonheur car dans la journée, j’ai reçu un appel qui me disait d’aller directement à Toulouse pour faire un essai. J’ai passé quatre jours sur place et en rentrant chez moi, j’ai reçu un courrier qui me disait que c’était bon. Je suis arrivé là-bas à treize ans. Ma carrière était lancée.

«Je n'ai pas besoin d'être dans la lumière »

Quel souvenir gardez-vous de votre première convocation chez les Bleus?
C’était avec Domenech, face aux Iles Féroé (10 octobre 2009, 5-0). A l’aller, je suis resté en tribunes, mais au retour, à Guingamp, j’ai joué dix minutes je crois (NDLR: Dans ce match qualificatif pour le Mondial 2010, il a en fait remplacé Jérémy Toulalan à vingt-huit minutes de la fin). J’avais vingt ans et me retrouver aux côtés des Thierry Henry, William Gallas, Nicolas Anelka, tous ces grands noms, pour moi c’était beau. Ces joueurs, c’était des idoles et m’entraîner et jouer avec eux était quelque chose d’immense. J’étais dans un rêve.
 

Une belle victoire de la France pour la première de Sissoko

Vous fréquentez l’équipe de France depuis presque six ans mais on a l’impression de très peu vous connaître. Vous recherchez l’anonymat ?
Je cherche à progresser sur le terrain, c’est tout. Je n’ai pas besoin d’être dans la lumière, d’avoir une grosse notoriété, ce n’est pas quelque chose qui est primordial pour moi.
 
Il y a une chose que le grand public sait sur vous : vous regardez «Les feux de l’amour»...
(Il éclate de rire) Je l’avais dit dans une interview quand on m’avait demandé ce que je faisais après l’entraînement. J’avoue que quand je rentrais chez moi, je regardais ce feuilleton que j’aime depuis toujours.
 
C’est quoi votre quotidien en dehors du foot?
Je suis casanier. Je vais à l’entraînement et ensuite je reste chez moi, je regarde la télé, j’accueille des amis, mon fils vient de temps en temps, ma famille également. Je ne suis pas quelqu’un qui sort beaucoup. J’essaie d’avoir tout chez moi pour rester relax et tout faire à la maison. Je joue aux jeux vidéo, j’ai également plein de films. Je vis ma vie normalement.
Moussa Sissoko lors de sa première cape chez les Bleus en 2009. (L'Equipe)
Moussa Sissoko lors de sa première cape chez les Bleus en 2009. (L'Equipe)
Vous fuyez la lumière?
Non, quand on me demande de venir devant la presse, je viens. Je ne veux pas y aller tout le temps mais je sais que parfois c’est bien de le faire, de dire ce qu’on pense et ce qu’on ressent. Mais je ne veux pas me montrer sans cesse. J’aime être dans mon coin.
 
Qu’avez-vous prévu de faire du 10 juin au 10 juillet 2016?
(Il sourit) J’espère que j’aurais avant cela réalisé une bonne saison avec Newcastle pour espérer être dans cette liste pour l’Euro. Rien n’est sûr.
 
Vous doutez ?
On ne peut jamais être sûr à 100%. Je sais de quoi je suis capable. Je pense que le staff, le coach et les joueurs me font confiance, c’est pour ça que je suis régulièrement appelé. Mais on n’est jamais à l’abri de rien. À moi d’être performant et montrer que j’ai envie d’y être car beaucoup de joueurs espèrent faire partie de cette liste.
 
Vous avez coché cet événement depuis longtemps ?
Avoir disputé la Coupe du monde 2014 au Brésil, c’était déjà fantastique pour moi. Là, je peux avoir la chance de jouer l’Euro chez nous, ça va être grandiose. C’est pourquoi c’est forcément dans un coin de ma tête.

Son but à la Coupe du monde 2014 face à la Suisse (5-2)

«Je ne triche pas»

Sur les 23 présents à ce rassemblement de septembre, mine de rien, vous êtes le huitième plus capé (30 sélections). Ce chiffre fait-il de vous un élément essentiel du groupe ?
Etre le huitième plus capé, ça me fait plaisir. Les gens savent comment je suis : je ne triche pas, c’est ce que j’ai toujours fait, c’est comme ça que je suis dans la vie. C’est pour ça aussi que le sélectionneur fait appel à moi. Je me suis toujours donné à fond, même si ça m’est arrivé d’être moins bon.
 
Moussa Sissoko, fidèle soldat de Deschamps, c’est une bonne définition?
Il faudrait poser la question au coach.
 
Certains vous surnomment le «chouchou de Deschamps».
Ah ? C’est la première fois que je l’entends. (Il rigole) Personnellement, je sais qu’il m’aime bien. Mais il blague avec tout le monde.
 
On parle plus de votre état d’esprit irréprochable que de vos performances sur le terrain. Ça vous agace ?
Ce qui peut se dire ne m’atteint pas. Je sais ce que je peux apporter, je fais mon job, après basta.
 
Vous apportez quoi à ce groupe au juste ?
Je suis quelqu’un de joyeux, qui aime la bonne humeur. J’aime bien charrier.
«Regardez ceux qui jouent à mon poste: il y a Blaise (Matuidi) qui fait des choses extraordinaires au PSG, Paul (Pogba) qui est merveilleux à la Juventus et Morgan (Schneiderlin) qui est maintenant à Manchester United...»
En 29 sélections vous avez été titularisé 15 fois. Remplaçant une fois sur deux, ça vous va ?
Je suis à la place où je mérite d’être. Comme tout le monde, je voudrais disputer tous les matches bien sûr. Mais que ce soit cinq minutes, une heure ou quatre-vingt dix minutes, je suis toujours content de jouer.
 
Jamais frustré ?
En équipe de France, on ne peut pas être frustré. Si c’était comme ça à Newcastle, j’aurais un autre discours...
 
D’après vous, que vous manque-t-il pour gratter davantage de temps de jeu en équipe de France ?
Aujourd’hui, regardez ceux qui jouent à mon poste: il y a Blaise (Matuidi) qui fait des choses extraordinaires au PSG, Paul (Pogba) qui est merveilleux à la Juventus, Yohan Cabaye qui vient de signer à Crystal Palace et Morgan Schneiderlin qui est maintenant à Manchester United... Par rapport à moi, ils jouent tous dans des grands clubs.
 
Jouer à Newcastle freine votre ascension chez les Bleus ?
Non, ce n’est pas ça. Attention, je suis bien à Newcastle, mais ce n’est pas un club du Big Four...  Et je n’oublie pas que d’autres milieux jouent dans de plus grands clubs que le mien et ne sont pas appelés. A moi de faire encore plus pour peut-être prétendre à une place de titulaire.
 
Croyez-vous qu’un jour vous parviendrez à décrocher cette place de titulaire ?
Oui, j’y crois.

«En Angleterre, je suis plus coté qu'ici. Peut-être car ils me connaissent plus que les Français...»

Pensez-vous être reconnu à votre juste valeur ?
Sérieusement ? Je n’y prête pas du tout attention. Si personne ne m’aime dans le monde du foot, ça ne va pas me déranger. Ça ne va rien changer à ma vie et à mon jeu. Tout ce qui est autour, je ne m’en préoccupe pas, je reste dans ma bulle. Je sais qu’en Angleterre, je suis plus coté qu’en France. Peut-être que c’est parce que les Anglais me connaissent plus que les Français...

Vous aimeriez que ce soit l’inverse ?
Pas forcément... J’ai eu la chance de faire de très belles choses dès mon arrivée à Newcastle et c’est pour ça, je pense, que le football anglais m’a rapidement adopté. Mais je n’ai pas besoin d’être reconnu en France pour être meilleur sur le terrain.
 
En juin dernier, vous disiez qu’il allait falloir prendre la bonne décision pour votre avenir. La bonne décision était donc de rester à Newcastle ?
(Il rigole) Ça aurait pu être le bon moment de partir. Il y a eu des discussions avec le club qui m’a dit qu’il était contre un départ.
 
La garantie du temps de jeu à un an de l’Euro a été un critère pour ne pas forcer un départ ?
Le sélectionneur l’a dit et l’a répété, il faut jouer. Je l’ai pris en compte.
Sissoko s'est senti
Sissoko s'est senti "rapidement adopté" outre-Manche sous la tunique des Magpies. (L'Equipe)
Mais quelle était votre envie ?
Je la garde pour moi...
 
Une réponse qui traduit une frustration ?
Non, pas du tout. Je suis bien là-bas, j’ai la chance de jouer tous les week-ends, d’évoluer dans un stade fantastique. Ce qu’il me manque, c’est de jouer les premiers rôles. Maintenant, à mon sens, on a fait un très bon recrutement. Il y a une belle équipe cette année pour faire une bonne Premier League. On sait que ça va être compliqué pour terminer dans le top 5. Mais si on termine sixièmes, septièmes ou huitièmes avec Newcastle, je serais très heureux.
 
Avez-vous eu des offres cet été ?
Oui. Il y a eu des clubs... Mais Newcastle a mis son veto.

«Combien je vaux ? Pourquoi pas 100 millions !»

Vous avez évoqué cette situation avec le sélectionneur ?
Non. Son rôle, c’est de nous coacher. Mais si j’avais eu une hésitation entre deux ou trois clubs, je lui aurais sûrement demandé son avis.
 
Pas marre de regarder la Ligue des champions à la télé ?
J’aimerais la connaître très rapidement. Cette perspective me booste pour espérer y être un jour.
 
Vous avez négocié une sortie l’été prochain ?
C’est encore loin. J’ai des ambitions mais je vais d’abord penser à faire un bon Championnat et un bon Euro, que j’espère gagner avec l’équipe de France. Et à ce moment-là, j’aurai tout le temps de la réflexion.
 
Quel regard portez-vous sur la folie dépensière des clubs anglais cet été ?
C’est incroyable. Quand je vois certains mouvements, je me dis que c’est énorme. Certains transferts m’étonnent...
 
Vous dites-vous que certains auraient pu faire un effort à votre sujet?
Ils auraient pu (il sourit).
 
Combien vaut Moussa Sissoko sur le marché ?
Alors ça... Si j’étais président de club, pourquoi pas 100 millions (il rigole) ! On voit beaucoup de choses sur le marché des transferts aujourd’hui...» 
Timothé Crépin à Clairefontaine-en-Yvelines 
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