jacquet (aime) pires (robert) (RONDEAU/L'Equipe)
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«Muscle ton jeu Robert» : Robert Pirès raconte la scène mythique avec Aimé Jacquet des «Yeux dans les Bleus» lors de la Coupe du monde 1998

Ce 27 novembre, Aimé Jacquet fête ses 77 ans. Pour l'occasion, FF.fr a joint Robert Pirès, histoire que le champion du monde 98 nous raconte la mythique phrase prononcée par son sélectionneur il y a vingt ans : «Muscle ton jeu Robert.» Une phrase qui continue de le suivre...

«"Muscle ton jeu Robert ! Muscle ton jeu Robert. Si tu ne muscles pas ton jeu, fais attention. Je t'assure, tu vas avoir des déconvenues parce que tu es trop gentil." Vous vous souvenez forcément de cette scène...
Je la connais par cœur. Je ne sais pas pourquoi il m'a sorti cette phrase qui vient de nulle part ! C'est ça qui est marrant. Il faudrait lui poser la question. Au fond de moi, je m'étais demandé : "Mais attend, pourquoi il me dit ça ?" Quand tu revisionnes la scène, tu vois qu'il parle tranquillement et dès qu'il arrive à moi, je ne sais pas pourquoi, mais il s'énerve.
Au point de mal le prendre à l'époque ?
Non, pas du tout. Il a voulu jouer le rôle de sélectionneur et de protecteur. Avant la Coupe du monde, il en prenait plein la gueule, il était un peu notre bouclier. A ce moment, il avait décidé de faire une réunion simplement avec les joueurs offensifs, que ce soient les milieux ou les attaquants. Et face à moi, son intonation est montée d'un cran (Il rit.). C'était surtout pour me mettre en garde sur ce qu'il risquait de m'arriver justement si je n'étais pas méchant, dans le bon sens du terme. Une mise en garde par rapport à ce que je pouvais faire et à ce que je pouvais apporter.
 
Que voulait-il vous faire comprendre ?
En gros, c'était "si tu continues comme ça, tu vas droit dans un mur." Le message était simple, clair, précis. En fait, Aimé avait établi une hiérarchie. Il avait son équipe type, avec ses remplaçants. Et par rapport à nous, les remplaçants, il souhaitait qu'on soit concernés pour qu'il puisse faire appel à l'un de nous à n'importe quel moment, dans n'importe quel match. Avec l'objectif de nous faire comprendre : "Les gars, attention, vous êtes peut-être sur le banc, mais je compte sur vous si vous rentrez. Et si vous rentrez, il faut faire la différence." C'était pour nous mettre dans le bain, au cas où. Je pense qu'il a réussi.
 
Cette phrase vous avait-elle servi ?
Franchement, non... Je n'ai jamais changé ma nature et ma façon de jouer. Et, au final, je n'ai jamais musclé mon jeu ! Je n'ai pas voulu aller contre-nature et ce n'était pas dans mon ADN d'être "méchant" ou de changer quoique ce soit dans ma façon de jouer. Et même en partant par la suite pour l'Angleterre.
«Vingt ans après, les gens me la ressortent. C'est un truc de dingue»
En avez-vous déjà reparlé avec Aimé Jacquet ?
Jamais ! Pourtant on s'est revus pour des événements avec France 98 mais on ne l'a jamais évoqué.
 
Entendez-vous encore souvent cette phrase ?
C'est une phrase assez culte. Vingt ans après, les gens me la ressortent. Honnêtement, c'est un truc de dingue.
 
Quel est le dernier exemple en date ?
Il y a quinze jours. A Londres, j'ai rencontré des Français dans la rue. On a commencé à parler et il y en a un qui m'a demandé : "Alors, finalement, Robert, est-ce que tu as musclé ton jeu ?" Comme ça (Il se marre.). J'ai rigolé. Ça m'a toujours fait rire. Les gens ne l'ont pas oublié. J'ai déjà vu des t-shirts et des sweats avec "Robert, muscle ton jeu". C'a tellement marqué les esprits...»
Timothé Crépin
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