Maurizio Sarri et les Napolitains défient le Feyenoord en Ligue des champions mardi. (Reuters)
Ligue des Champions - Groupe F

Naples : Ce que Maurizio Sarri a emprunté à Pep Guardiola, entraîneur de Manchester City

Un jeu léché, du spectacle et des buts : le Napoli est une des plus belles équipes d'Europe du moment. Son entraîneur Maurizio Sarri puise ses inspirations chez son homologue espagnol et esthète du ballon rond, Pep Guardiola.

«Je n'échangerai jamais Sarri pour Guardiola». L'affirmation du président napolitain Aurelio de Laurentiis, un brin provocatrice, résume assez bien l'optimisme ambiant dans la cité parthénopéenne : Maurizio Sarri est l'homme idéal pour mener Naples à ses objectifs. L'ancien banquier, nommé meilleur entraîneur d'Italie l'an dernier et encensé par la presse nationale, a gagné la reconnaissance de ses pairs pour son beau jeu. Et il y a dans son Napoli un peu de l'ADN des équipes entraînées par Pep Guardiola.

Le schéma de jeu est le premier point commun entre les deux techniciens. Dans son équipe, Sarri dispose une pointe basse (Jorginho) derrière deux milieux relayeurs, Allan et Hamsik, chargés d'animer le front de l'attaque avec le trident Callejon-Mertens-Insigne. Si Pep Guardiola a diversifié sa tactique au Bayern puis à Manchester City, le 4-3-3 reste un de ses grands classique, tant il en a usé lors de sa période barcelonaise (2008-2012). Autre notion chère à l'Espagnol, que l'on retrouve dans le jeu du Napoli : «l'homme libre», dont la mobilité et la disponibilité sont les maîtres-mots.


Jeu de position et sortie de balle

Pour son président, Maurizio Sarri est «un studieux, mais pas un théoricien du football. Il met en pratique ce qu'il étudie, c'est en cela qu'il est extraordinaire». Comme Guardiola, Sarri a le goût pour la géométrie d'une équipe : sa façon de construire les actions, sa façon de se déplacer. Le jeu prôné par les deux entraîneurs est le même : un jeu de position résolument porté vers l'offensive. Les passes sont courtes, et les mouvements des joueurs offrent de multiples connexions possibles au porteur de balle. Ce style est basé sur quelques principes incontournables : la possession de balle, et le grand soin porté à l'organisation défensive, que Guardiola a héritée de l'ancien entraîneur du Milan AC Arrigo Sacchi. Ce dernier expliquait d'ailleurs à la Gazzetta dello Sport : «Sarri et Guardiola ne pensent pas que le football est seulement un esprit de combat, mais aussi de la passion et de la créativité, où la beauté du jeu aide et amplifie la victoire.» Pour les deux coachs, la manière et le résultat sont compatibles.
Pep Guardiola en personne a commenté le travail de Sarri sur le banc du Napoli : «C'est très simple, Naples est la formation qui joue le mieux au foot en Italie. Plus globalement, Naples est selon moi l'une des trois meilleures équipes d'Europe en matière de qualité de jeu. L'équipe défend à quarante mètres de sa surface de réparation, comme le faisaient les équipes de Sacchi. La façon dont ils jouent quand ils n'ont pas le ballon est aussi fantastique.»

La construction des attaques va de pair avec une bonne sortie de balle pour Sarri. Les longues ouvertures sont proscrites ou presque, le danger se construit dès la relance du gardien. C'est une des qualités du gardien des Skyblues Ederson, et Reina a la même implication à Naples. Cette façon de jouer requiert de bonnes qualités techniques chez les joueurs, y compris en défense.
Pep Guardiola a toujours eu sous ses ordres des latéraux très impliqués dans les phases offensives (Dani Alves au Barça, Joshua Kimmich au Bayern Munich, Benjamin Mendy à Manchester City, entre autres). Des latéraux modernes, en somme. Une vision calquée par Maurizio Sarri dès ses bagages posés au pied du Vésuve, en 2015. Il a réfléchi à la participation offensive de ses défenseurs, avec une charnière centrale propre à la relance, et des latéraux, Ghoulam et Hysaj, hautement impliqués dans la construction des actions. Leurs montées permet aux ailiers (notamment à Insigne) de rentrer vers le centre du terrain. Ils offrent des décalages et apportent le danger par les centres.

Au-delà du technicien, un meneur d'hommes

Malgré tout son bagage tactique, un grand entraîneur ne le serait pas sans des qualités humaines. Là aussi, Guardiola et Sarri ont une similitude. Celle d'un entraîneur très charismatique. Chacun à leur manière, en costard cravate pour Guardiola ou en jogging et cigarette au bec pour Sarri. À la seule nuance, et pas des moindres, que Sarri n'a jamais coaché des joueurs de la trempe de Lionel Messi ou Andrés Iniesta, que Guardiola a entraînés. Arrigo Sacchi l'a expliqué, à l'Equipe : «Naples n'a pas de top player, mais des joueurs qui progressent en permanence. Avec Maurizio Sarri, c'est le jeu qui améliore les individualités, et pas l'inverse.»

Les deux coachs ont la capacité à faire naître l'adhésion chez leurs joueurs, à leur faire comprendre que leur méthode est la meilleure des voies. D'ailleurs, les cadres comme Mertens ou Insigne n'ont pas cédé aux sirènes des cadors européens cet été. Preuve que la méthode vaut le détour du côté de Naples.

Jérémy Nédélec
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