Nils Liedholm (L'Equipe)

Nils Liedholm (Suède), nouvel épisode de nos 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde

22 avril-14 juin : dans exactement 53 jours, débutera le Mondial 2018 en Russie. Jusqu'au coup d'envoi, FF vous livre, par ordre alphabétique, sa liste des 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde. Quarante-huitième épisode avec Nils Liedholm.

Son histoire avec la Coupe du monde

C'est une autre époque, celle d'avant les réseaux sociaux et les attachés de presse personnels. Celle où les retraités du ballon rond n'avaient pas de contrat d'exclusivité avec une chaîne de télévision ou un grand quotidien et vous ouvraient sans hésitation la porte de leur domicile. Pour rencontrer Nils Liedholm, il fallait juste sortir des grandes métropoles et se diriger dans la province d'Alessandria, au Sud du Piémont, sur des terres de vignobles. Plus précisément à Cuccaro, où, une fois sorti du village, on arpentait une colline et l'on se dirigeait vers la Villa Boemia, la propriété du «Barone», le Baron, surnom que portait depuis des lustres le plus Italien des Suédois, monument du football des deux pays, joueurs d'exception puis entraîneur innovateur. Un personnage haut en couleur, d'une classe naturelle et d'une affabilité peu commune. Un formidable conteur d'histoires, avec qui, une fois visité l'exploitation vinicole où sa famille produisait un «Barbera» à son nom, l'on avait beaucoup parlé de tactique, de découverte d'immenses talents (de Bettega à Antognoni, en passant par Paolo Maldini, Bruno Conti et Franco Baresi). Il avait évidemment été question du footballeur, entre les années au pays et sa longue histoire d'amour avec l'Italie et le Milan AC en particulier.

Sur la Coupe du monde, Nils Liedholm avait surtout tenu à saluer la très grande qualité du tournoi de 1958, organisé en Suède et qui le vit participer à la finale. «Un beau souvenir que cette deuxième place, même si je suis plus attaché à notre médaille d'or aux Jeux Olympiques de Londres, dix ans plus tôt.» Une remarque qui mérite de s'y arrêter car les premiers JO de l'après-guerre vont influer sur sa carrière et celle d'une génération hyper talentueuse : la gloire et l'argent en Italie pour la plupart des médaillés de 1948. Mais, en conséquence, un retour de bâton drastique pour ce qui est de leur relation avec la sélection suédoise : plus question de jouer en équipe nationale pour ceux qui avaient choisi le professionnalisme hors de Scandinavie ! Ainsi, les Gunnar Nordahl, Gunnar Gren, Nils Liedholm allaient disparaitre des convocations des «Blagult» après 1949. Et c'est donc sans son formidable trio, reconstitué au Milan AC et dénommé «Gre-No-Li» pour l'éternité, que la Suède ira se classer troisième du Mondial 1950 au Brésil et ne se qualifiera pas pour l'édition suivante, en Suisse. Un véritable crève-cœur car il s'agit véritablement de trois joueurs hors du commun : Gren et sa technique d'orfèvres, son sens du jeu supérieur, ses accélérations, ses dribbles et ses talonnades ; Liedholm le cerveau, élégant et appliqué, passeur de grandissime qualité; Nordahl, le bison des surfaces, une force de la nature à la puissance dévastatrice et à la capacité réalisatrice sensationnelle. Ils ne joueront jamais de Coupe du monde ensemble. La fédération suédoise décide en effet trop tard de revenir sur le véto aux joueurs évoluant à l'étranger.

Consciente qu'elle doit rappeler ses meilleurs éléments si elle veut bien figurer au Mondial qu'elle organise en juin 1958, elle fait marche arrière un an plus tôt. Gunnar Gren est le premier à revenir (en mai 1957), alors que Liedholm ne l'imite qu'à quelques semaines de la Coupe du monde. Nordahl ne sera pas du voyage car il s'estime trop vieux pour un telle compétition. Pourtant, Gren a un an de plus que lui et Liedholm juste un de moins. Mais le style du quintuple meilleur buteur de Serie A nécessite une débauche d'énergie titanesque et lors de la saison 1957-58, sa dernière, Nordahl n'a presque pas joué avec la Roma. «J'aurais vraiment beaucoup apprécié que nous puissions jouer tous les trois ensemble devant notre public, nous glissa Nils Liedholm, lors de notre visite à Cuccaro. Mais, vous savez, cette équipe avait de toute façon fière allure, avec Gunnar Gren, bien sûr, mais aussi des éléments très technique s et talentueux comme Hamrin, Simonsson et Skoglund. Devant, nous étions particulièrement redoutables !» Après avoir battu au premier tour 3-0 le Mexique et 2-1 la Hongrie, puis fait 0-0 avec le surprenant Pays de Galles de John Charles, les Suédois dominent l'URSS en quarts (2-0) et viennent à bout de l'Allemagne en demi-finale (3-1). En finale à Solna, capitaine Liedholm et les siens ouvrent la marque et résistent plutôt bien pendant toute la première période (1-2 à la pause), mais ne peuvent retenir la Seleçao d'un Pelé déchaîné, qui s'impose 5-2 et enlève son premier titre mondial. «J'avais été très impressionné par Pelé, nous confiera le «Baron», mais surtout par Garrincha et ses dribbles envoutants !» Paroles en or venant d'un expert en la matière !

Le moment marquant

L'illusion ne dura que quelques minutes (six pour être exacte), mais elle fut douce au public suédois. Nous sommes à la 3e minute de la finale face au Brésil lorsque, depuis le côté droit, Agne Simonsson sert Nils Liedholm ; posté juste devant la surface. Ce dernier efface Bellini sur le contrôle du ballon, évite le tacle d'Orlando puis crucifie Gilmar d'une frappe du droit près du poteau droit du gardien de la Seleçao. Liedholm sera ensuite à l'origine du but de Simonsson, à dix minutes de la fin. Entre temps, les Suédois auront vu s'abattre sur eux l'ouragan Pelé, avec notamment un but d'anthologie, celui du temporaire 3-1.

Le chiffre

5. Le nombre de matches de Liedholm au mondial suédois. Celui-n'aura manqué qu'une rencontre, la troisième du premier tour face au Pays de Galles (0-0) où les Suédois, déjà qualifiés avaient fait tourner l'effectif. Il a compté deux buts à son actif, l'un, un penalty, lors de son entame du tournoi face au Mexique, l'autre en finale contre le Brésil. De retour pour ce mondial à domicile, Nils n'avait plus joué en sélection depuis 1949 (18 matches et 10 buts au cours de ses trois premières années en équipe de Suède). Il prendra sa retraite internationale après la finale de 1958, sur un bilan de 24 capes et 12 buts, bien modeste en regard à son immense talent.

L'archive de FF

Dans son édition du mardi 1e juillet 1958, France Football met en avant la prestation de Nils Liedholm en finale face au Brésil, deux jours plus tôt. «Dans le naufrage de Solna, Liedholm a surnagé» titre notre hebdomadaire, qui explique : «Comparé à son vis-à-vis sud-américain, chaque Suédois doit éprouver aujourd'hui une sorte de complexe... qui mettra du temps à s'effacer. Pourtant, certains d'entre eux ont fait ''quelque chose''. C'est surtout à Nils Liedholm que nous pensons en parlant de ces hommes. Le maître à jouer de Milan a eu le mérite de donner le ton à son équipe dès le coup d'envoi, puis d'ouvrir le score dès la 5e minute avec une sûreté, un calme et une précision admirables.»

Une fois la Seleçao remis sur les rails, Liedholm a continué à se démener pour infléchir le cours du match. FF poursuit : «Au milieu de partenaires frappés par la classe adverse, Liedholm a tenté l'impossible à sa manière, celle d'un footballeur d'une clairvoyance exceptionnelle. Mais on ne peut rien si autour de soi la défaite est soudain considérée comme un évènement inévitable. Liedholm a été dans ce cas. Il a tout essayé puis s'est incliné, permettant toutefois à Simonsson d'atténuer un peu la déroute suédoise. ''Nous avons reçu une bonne leçon, mais malheureusement nous ne pourrons guère en tirer d'enseignements, car les Brésiliens ne sont pas des footballeurs comme les autres'', a-t-il conclu. N'empêche que dans le naufrage de Solna, Liedholm est celui qui a le mieux défendu un prestige suédois en péril.»
Roberto Notarianni