Oliver Kahn (L'Equipe)

Oliver Kahn (Allemagne), nouvel épisode de nos 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde

13 avril - 14 juin : dans exactement 62 jours, débutera le Mondial 2018 en Russie. Jusqu'au coup d'envoi, FF vous livre, par ordre alphabétique, sa liste des 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde. Trente-neuvième épisode avec Oliver Kahn.

Son histoire avec la Coupe du monde

A l’instar de Sepp Maier et Harald Schumacher, Oliver Kahn fait partie de la lignée des grands gardiens de but allemands ayant marqué la Coupe du monde. Son histoire dans la plus belle des compétitions de football débute pourtant timidement : il n’est que troisième gardien de la Nationalmannschaft en 1994 aux Etats-Unis, avant de devenir la doublure d’Andreas Köpke, le portier marseillais, lors du Mondial 1998 organisé en France. Mais la patience du gardien du Bayern Munich finit par payer : il est propulsé en tant que titulaire lors de l’édition suivante, en Corée et au Japon (2002). Et cette Coupe du monde asiatique va construire sa légende : il multiplie les exploits match après match sur sa ligne de but, et devient un élément essentiel du très beau parcours des hommes de Rudi Völler. Ses parades réflexes et ses relances au pied font des merveilles, mais Kahn s’illustre également par son visage dur, son caractère affirmé et son mental solide au sein d’un collectif où il est promu capitaine. Eliminant un à un ses adversaires, l’Allemagne finit par tomber en finale face au Brésil de Ronaldo, auteur d’un doublé. Mais Oliver Kahn est reconnu par ses pairs lors de ce tournoi, et élu meilleur joueur de la compétition. Il n’a cependant pas la chance de garder une seconde fois les cages allemandes lors de l’édition disputée à domicile en 2006, Jürgen Klinsmann lui préférant Jens Lehmann. Seul lot de consolation : il joue sa seule rencontre pour le match de la troisième place face au Portugal (3-1), qui va mettre un point final à son aventure en équipe nationale. Autoritaire, capable de tancer ses coéquipiers sur et en dehors du terrain, Oliver Kahn est connu pour son tempérament de gagneur et son refus obstiné de la défaite. Ces caractéristiques et ses exploits sur sa ligne ont fait de lui l’un des meilleurs joueurs allemands de son époque.

Le moment marquant

Excellent en 2002, Oliver Kahn va cependant se trouver au cœur des critiques lors de la défaite face à la Seleçao en finale (0-2). Après une première période âprement disputée entre les deux formations, la rencontre se débride dans le second acte. Une tête de Jeremies enlevée in extremis par Edmilson sur corner (46e), un coup franc de Neuville qui heurte le poteau de Marcos (49e) : l’Allemagne avait laissé passer sa chance. Et le Brésil ouvre le score sur une bévue du gardien du Bayern... Ronaldo, actif sur le front de l’attaque, récupère un ballon dans les pieds d’Hamann dans la moitié de terrain allemande, et transmet à Rivaldo qui déclenche une frappe des vingt mètres. Kahn se couche et essaie de capter le ballon, mais le relâche. Il n’en fallait pas plus à Ronaldo, qui, à l’affût, en suivant le tir de son coéquipier, pousse le cuir au fond des filets (1-0, 67e). Un deuxième but de l’attaquant brésilien, qui signera au Real Madrid un mois plus tard, anéantit définitivement les espoirs allemands (2-0, 79e). Et celui d’Oliver Kahn, qui ne rejoindra pas Sepp Maier comme unique gardien du Bayern Munich (avant le titre de Manuel Neuer en 2014) à devenir champion du monde.

Le chiffre : 1

Soit le nombre de but encaissé par Oliver Kahn lors de cette Coupe du monde asiatique, avant la finale face au Brésil. Seul Enrique Ballestero (Uruguay, 1930) et Gordon Banks (Angleterre, 1966) avaient réussi à ne concéder qu’une seule réalisation avant la finale (puis par la suite Gianluigi Buffon en 2006).

L'archive de FF

Peu avant la demi-finale face à l’Italie en 2006, FF revenait sur la polémique qui avait enflammé l’Allemagne au sujet de la décision de Jürgen Klinsmann de propulser Jens Lehmann titulaire dans les cages allemandes au lieu d’Oliver Kahn : «L’image est puissante, émouvante, et l’Allemagne aime à se la passer en boucle. Oliver Kahn passe la main dans les cheveux de Jens Lehmann, lui dit des mots doux, lui serre son poing ganté. Jens écoute, un sourire indéfinissable aux lèvres. Cela se passe avant la séance des tirs au but contre l’Argentine. Fin de la guerre des goals. L’avant-veille, «Oli» Kahn était venu pour expliquer une fois de plus sa souffrance, palpable quand on le regardait l’autre jour, avant le huitième de finale contre la Suède à Munich, toiser son stade, son public : "Comprenez-moi. Je suis un être humain. N’est-il pas normal de souffrir lorsqu’on vous empêche d’exercer votre métier ? Je connais ma valeur. Alors, je suis frustré ; je ne peux pas le nier". Alors, ce geste, ces mots de bonne chance vont passer à la postérité : "Lorsque j’ai vu ces images à la télévision après la rencontre, cela m’a profondément touché, disait Friedrich. La situation n’est pas facile pour Oliver. Mais il fait preuve de caractère. C’est le plus expérimenté et le plus titré d’entre nous"».