echouafni (olivier) (S.Mantey/L'Equipe)
Euro féminin 2017

Olivier Échouafni, sélectionneur de l'équipe de France féminine : «Capables de réaliser un bel Euro !»

En poste depuis septembre dernier, le sélectionneur des Bleues a accordé un long entretien à FF avant le début de l'Euro, dont la première partie est parue dans le dernier numéro. Il revient ici sur sa prise de fonction et ses découvertes du football féminin.

«Olivier, à votre arrivée, vous avez dû faire l'audit de cette équipe. Dans quel état avez-vous trouvé ce groupe ?
De par la fatigue accumulée ces derniers mois, on avait beaucoup de blessées lors des premiers rassemblements. J'ai fait des entretiens individuels parce que j'avais besoin d'apprendre à les connaître sur leur vécu. Il y a eu de bonnes choses, d'autres moins bonnes, leur ressenti était nécessaire. Pour le premier rassemblement, on avait deux matches contre le Brésil et l'Albanie mais j'ai pris le temps de discuter avec chacune des 23. Ça prend du temps mais c'était essentiel à mes yeux. Il fallait cet échange pour une bonne compréhension mais aussi se faire une idée précise.

Concrètement, ça s'était passé comment ?
Je les ai laissé parler. J'étais agréablement surpris qu'elles me fassent déjà confiance. Beaucoup se sont livrées.

Quelles furent les premières actions en interne, outre les discussions individuelles ?
J'ai été observer les douze clubs de l'élite. Dans mon fonctionnement, il n'y a pas que les clubs dont j'ai les joueuses qui comptent. Il y a aussi tous les autres avec des jeunes dans les autres sélections et qui a un moment taperont peut-être à la porte des Bleues. Le message, c'est que la porte de l'EDF est ouverte aux joueuses de D1 et D2, cela dépend de vos performances en clubs. À vous de vous faire remarquer.

«Je suis en contact avec tous les coaches de D1»

Qu'avez-vous retenu de tout ça ?
Les clubs comme Albi, Rodez et Soyaux ont un mérite incroyable avec des joueuses à double projet. Pendant que les autres se reposent, il y a des filles qui s'entraînent le soir dans la semi-pénombre, sur des terrains pas coupés, pas tracés parfois. Il faut aller à la rencontre des joueuses, des staffs. Je suis en contact avec tous les coaches de D1.
Qu'est-ce que la victoire en SheBelievesCup, face aux États-Unis, vous a apportés ?
Il y avait un trophée en jeu, devant leur public. Ça a marqué les esprits, et permis de donner confiance à notre groupe.
Beaucoup de jeunes joueuses talentueuses sont entrées dans le groupe depuis votre arrivée...
Mais elles ne doivent pas se reposer sur leurs lauriers. Par moments il y a un laisser-aller. Je serai là pour recadrer. Les anciennes doivent aussi leur montrer que cela ne se fait pas automatiquement.
Olivier Échouafni va connaître sa première grande compétition en tant que sélectionneur des Bleues. (A.Martin/L'Equipe)
Olivier Échouafni va connaître sa première grande compétition en tant que sélectionneur des Bleues. (A.Martin/L'Equipe)
«Les filles sont aussi des athlètes de très haut niveau. Elles font tout comme les garçons et veulent être entraînées comme eux»
Revenons à l'Euro : l'objectif immédiat, c'est vraiment d'aller chercher une médaille ?
Six mois avant la compétition, on a commencé à poser les fondations. Ce qu'on a vécu aux États-Unis (SheBelieves Cup) est une très bonne phase de travail dans le fonctionnement. On a été confrontés à de la compétition rapprochée, avec un match tous les trois jours, face aux meilleures nations du monde dans un environnement pas simple, les variations climatiques et parfois un peu hostile ! Finalement, on s'est très bien adaptés, le groupe comme le staff. Je sais qu'on est capables de réaliser un très bel Euro. À nous d'en être persuadé.
Qu'est-ce qui diffère dans votre travail avec le football masculin ?
Les filles sont aussi des athlètes de très haut niveau. Elles font tout comme les garçons et veulent être entraînées comme eux. Elles sont rigoureuses, disciplinées, très à l'écoute. Elles ont toujours un besoin de comprendre, c'est peut-être ça la différence. Pourquoi on va vers ça, avant une séance. C'est arrivé deux trois fois à l'entrainement et en match qu'elles me posent des questions. J'avais la réponse mais je ne voulais pas leur donner. C'était à elles d'aller la chercher. Et elles ont trouvé la solution. Elles ont besoin de comprendre pourquoi on met ça en place, alors on explique.

«Deux clubs français en finale de la Ligue des champions ? C'était historique et ça confirme le travail en amont»

Comment les rôles sont-ils répartis au sein du staff ?
J'ai la chance d'avoir un encadrement bien fourni en compétences et en expérience. Le fait qu'on travaille en symbiose rejaillira sur les performances des joueuses. J'ai deux adjoints, Peggy Provost plus en charge de la défense et Fred Née, qui s'occupe des attaquantes. Pour les gardiennes, Bruno Valencony. À la préparation physique, il y a Roger Propos. Au plan médical, on a le docteur Yann Fournier, qui était le doc de l'OL. La spécificité de ce staff, c'est sa mixité mais aussi qu'il ait connu le très haut niveau et venant de sports différents pour amener un vécu comme Armelle O'Brien, l'ex-kiné de Teddy Riner. On est également accompagné au quotidien au plan de la sécurité.
Que manque-t-il finalement aux Bleues pour aller au bout ?
C'est difficile à dire ! Il y a eu cette saison des satisfactions avec deux clubs français en finale de la Ligue des champions. C'était historique et ça confirme le travail en amont. J'espère qu'il y en aura d'autres. Il y a aussi des spécificités qui arrivent très vite dans le foot féminin comme les agents, l'aspect financier et contractuel. Des agents font miroiter beaucoup de choses. Ce que vivent les garçons, elles vont le vivre aussi. Il leur faut être vigilantes.»
Frank Simon
L'ensemble du dossier de quatre pages sur l'équipe de France féminine est à retrouver dans le numéro de France Football en kiosque ou en ligne ici.
Réagissez à cet article
500 caractères max