Olivier Pickeu, ici lors du match du centenaire contre Arsenal, le 31 juillet. (J. Prévost/L'Équipe)
Ligue 1 - Angers

Olivier Pickeu (Angers) : « Vous imaginez bien que Jeff (Reine-Adélaïde) ne jouera pas contre nous »

Le manager général d'Angers s'est exprimé, ce mercredi, sur la stratégie du club, alors que Jeff Reine-Adélaïde s'apprête à signer à Lyon pour un montant record. Et avant la rencontre entre le SCO et l'OL, vendredi en L1...

La vente de Jeff-Reine Adélaïde à Lyon pour 25 millions d'euros (plus bonus et pourcentage à la revente) ne laisse pas indifférent à Angers. Le manager général du SCO Olivier Pickeu, quelque peu ému par ce départ, s'est expliqué ce mercredi pendant une demi-heure sur ce transfert, la fin du mercato et la stratégie du club.
Accord de principe entre Lyon et Angers pour le transfert de Jeff Reine-Adélaïde
« Vous allez donc perdre Jeff Reine-Adélaïde.
Il va là-bas (à Lyon) pour faire la visite médicale. Nous attendons le document officiel d'Arsenal. Ils ont quatorze jours pour nous répondre. Il y a une clause (de « match-up ») qui permet à Arsenal d'être prioritaire sur le rachat. Nous sommes dans l'obligation de les alerter, mais c'est administratif, formel. On a d'excellents rapports, on l'a vu lors du match du centenaire (1-1, le 31 juillet). Maintenant, ils doivent être en capacité de répondre pour qu'on puisse déclencher le transfert définitif.
Reine-Adélaïde ne pourra pas jouer contre vous ce vendredi ?
Concernant le match de ce week-end, vous imaginez bien que Jeff ne jouera pas contre nous. C'est un gentlemen's agreement que nous avons (avec l'OL), et cela nous paraît complètement normal.
La 2e journée de Ligue 1
Que pensez-vous du timing de cette opération, en pleine semaine avant Lyon-Angers, vendredi ?
Franchement, je pense que c'est du hasard. Lyon est sur Jeff depuis un bout de temps. J'avais rencontré Florian Maurice (recruteur de l'OL) au Championnat d'Europe Espoirs en Italie (en juin). C'est un secret de polichinelle que Lyon voulait Jeff. Maintenant, il y a eu beaucoup de changements à l'Olympique Lyonnais (cet été), un nouveau coach, un nouveau staff, et c'est ce qui a fait prendre du temps. Mais je ne pense pas qu'il faille chercher autre chose que cela.
« On a besoin d'accepter le transfert officiel et de se reposer les bonnes questions, d'imaginer ce groupe sans Jeff au milieu »
Il était impossible de retenir le joueur ?
Il y avait surtout une volonté de Jeff de rejoindre ce club. Le Championnat d'Europe Espoirs ne nous a pas aidés non plus... On aurait très bien pu attendre encore. D'autres clubs étaient venus aux renseignements. Mais il y avait la volonté d'accompagner le joueur dans son projet. En secret, nous espérions qu'il reste encore une année. Je crois que, tous les jours, on lui a envoyé des signaux pour qu'il soit sensible à tout cela. Mais il n'était pas dans cette énergie-là. Nous n'avons jamais réussi à aligner Jeff dans notre idée. Et Lyon a présenté toutes les conditions sportives et économiques. Le message (d'au revoir) que Jeff a envoyé ce matin auprès du groupe et du staff montre qu'il n'a pas triché. Il a répondu par son travail, son professionnalisme.
Cet été, deux joueurs avaient un bon de sortie (Flavien Tait, parti à Rennes, et Stéphane Bahoken, toujours présent). La porte est-elle aujourd'hui close pour d'autres départs ?
On essaye d'annoncer à nos concurrents la stratégie sportive. Si on commence à ouvrir les portes à tout bout de champ, ce n'est pas possible. Ce qui me paraît important c'est notre façon de travailler et l'échange que nous avons avec nos joueurs. Ici, ils viennent chercher une étape supplémentaire dans leur projet. Maintenant, quand le joueur a franchi le tremplin, il est difficile pour lui de rester. On a ouvert la porte avec Stéphane. On est toujours dans ce cadre-là. Mais il y a un exemple pour lui, c'est Karl Toko Ekambi, son coéquipier en sélection (au Cameroun). La première saison (2016-2017), Karl avait mis sept buts et avait été sollicité, mais pas pour le projet qu'il souhaitait. Il était venu nous voir avant la préparation pour nous dire : "J'aimerais encore faire une grosse année et laissez-moi partir la saison prochaine", ce que nous avons entendu. Aujourd'hui, Steph dit : "Je n'ai pas encore ce que je souhaite comme projet, je suis prêt à faire une nouvelle année". Ce n'est pas pour cela qu'on a dit qu'on arrêtait les négociations. Mais on est dans cet échange-là. Aujourd'hui, il s'entraîne, et se prépare à vivre une nouvelle saison au SCO. Maintenant, notre discours n'a pas changé avec lui. S'il y a une possibilité, il fait partie des joueurs avec lesquels nous avions un accord. Pourquoi ? Il y a un an, il était arrivé libre chez nous (de Strasbourg), et dans le cadre de notre accord, on avait dit que si la saison lui permettait de se montrer, on lui laisserait (la possibilité de partir).
Et pour Santamaria ?
On a fermé la porte. Je pense que c'est assez clair. Aston Villa a fait une offre importante, on a eu une discussion à bâtons rompus avec Baptiste pour lui expliquer l'importance qu'il avait dans notre projet et le fait que le bon de sortie était pour lui l'année prochaine. À la suite de notre échange, on s'est dit qu'on continuait l'aventure ensemble, sans frustration, et la bonne opportunité viendra.
Samedi, Stéphane Moulin disait qu'il avait vu un beau puzzle. Pour remplacer Jeff Reine-Adélaïde, ferez-vous avec une nouvelle pièce ou avec une pièce déjà existante ?
Je pense qu'on doit réfléchir un peu. Ce match, cette préparation nous ont donné tellement d'espoirs, que je pense que nous devons d'abord être en capacité à accepter ce départ (de Reine-Adélaïde). Bien entendu, nous avons travaillé avec la cellule de recrutement dans l'hypothèse d'un départ de Jeff, mais c'est trop chaud aujourd'hui. On a besoin d'accepter le transfert officiel et de se reposer les bonnes questions, d'imaginer ce groupe sans Jeff au milieu. À l'heure où je suis en train de parler, je ne peux pas dire autre chose que cela. On parle de puzzle. Le puzzle, ce n'est pas mettre une pièce de trop. C'est aussi trouver la bonne pièce manquante. Il faut qu'on arrive à avoir une grande clairvoyance pour se dire s'il faut prendre quelqu'un.
« Vous imaginez que le coach (Stéphane Moulin) est parti avec l'idée de préparer son équipe à Lyon avec Jeff Reine-Adélaïde »
Ce départ a-t-il perturbé la préparation de la rencontre face à Lyon, vendredi ?
Bien entendu. C'est beaucoup d'émotions. Des émotions administratives, et dans le vestiaire. Vous imaginez que le coach (Stéphane Moulin) est parti avec l'idée de préparer son équipe à Lyon avec Jeff Reine-Adélaïde. C'est pour ça que je dis qu'il faut prendre le temps de l'acceptation. C'est difficile de se projeter. On a un joueur qu'on n'a pas imaginé partir. J'ai besoin de discuter avec le coach de façon froide, lucide.
Tous ces départs, chaque année, n'est-ce pas frustrant ?
Ce sont les règles, les joies et les peines quand on travaille à Angers. On doit être en capacité à toujours les digérer. Il y a une frustration, mais la frustration doit nous permettre de bien travailler, non pas de lâcher.
Vous mettez-vous en danger sportivement ?
Il y a un curseur important, c'est le coach. Il souhaitait les joueurs qui sont là, il a eu les joueurs qu'il voulait, il est content de cette préparation. Maintenant, si demain je commence à ne plus me sentir en danger, il faut que j'arrête de travailler à Angers. À travers ce qu'il se passe là, tout le monde va appeler pour dire que ce qu'on a réalisé est fantastique. Mais on n'a pas le temps de se relâcher. On doit se demander comment continuer à progresser pour aller faire notre sixième année (de suite en Ligue 1).
À titre personnel, vous inscrivez-vous toujours sur la durée au SCO ?
Je suis très concentré sur le projet du SCO. Les sollicitations, ça fait partie du métier dans lequel j'évolue. Ma concentration, mon travail, c'est que le SCO 2019-2020 soit en capacité à continuer à réussir son projet. Il n'y a qu'une obsession, c'est comment réussir avec le club dans lequel je travaille depuis quatorze ans. Je me projette pour continuer. »
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