sanson (morgan) (J.Prevost/L'Equipe)
Ligue 1 - OM

Où en est vraiment Morgan Sanson, le milieu de terrain de l'OM ?

Arrivé à l'OM il y a bientôt trois ans, l'ancien international espoir semble encore en-deçà de ce que son fort potentiel pouvait laisser espérer. Malgré un début de saison en dents de scie, à l'image de son club, le milieu de terrain devrait prendre une nouvelle dimension cette année, et peut-être répondre enfin aux questionnements qui gravitent autour de lui.

Marvin Martin, Yoann Gourcuff ou encore Abou Diaby. Autant de milieux de terrain français qui, jeunes, laissaient entrevoir un talent immense et une éventuelle carrière, dans la durée, au plus haut niveau et avec l'équipe de France. Des jeunes pétris de talent qui, finalement, sont restés d'éternels espoirs et n'ont jamais pu franchir le cap de la constance dans les performances de calibre international. La faute, le plus souvent, à des blessures mais aussi, probablement, à un certain manque de force psychologique.

Des débuts en trombe chez les pros avant sa blessure

Est-ce le cas de Morgan Sanson ? Il est encore trop tôt pour en avoir le cœur net. Mais à 25 ans, le joueur de l'OM n'est pas au niveau auquel on l'attendait il y a quelques années, lorsqu'il se révélait en Ligue 1 sous les couleurs du Mans puis de Montpellier, ce qui poussait Willy Sagnol à l'appeler chez les Bleuets en 2013, à tout juste 19 ans. L'année suivante, il confirmait avec une saison 2014-2015 de nouveau très prometteuse (6 buts et 3 passes décisives), avant d'être freiné dans sa progression par une rupture des ligaments croisés du genou droit.
Une très longue rééducation et un ménisque douloureux qui l'ont longtemps écarté des terrains, puis une nouvelle excellente année 2016-2017 (4 buts et 12 passes décisives, meilleur passeur de Ligue 1) qui l'a vu s'envoler au cœur de l'hiver vers Marseille, avant d'enchaîner sur son meilleur exercice jusqu'à présent. Douze buts et trois caviars en 2017-2018, ainsi qu'une folle épopée jusqu'en finale de Ligue Europa. Mais les montagnes russes se sont poursuivies dans la carrière du Berrichon, qui fut décevant la saison dernière, tout comme le reste de son équipe.

Le renouveau sous AVB ?

Avec l'arrivée d'André Villas-Boas sur le banc de l'OM en mai dernier, tous les espoirs sont de nouveau permis pour Sanson et les Marseillais. Depuis le début du Championnat, il semble monter en puissance au sein d'une atmosphère à pression qu'il a désormais apprivoisée. Associé à un Valentin Rongier dont la vision de jeu et la qualité technique devraient s'accorder parfaitement avec son profil, l'ancien pensionnaire de la Mosson doit repartir de l'avant dans les mois qui suivent et enchaîner les bonnes performances.

Ce que ses anciens coaches pensent de lui

Arnaud Cormier (Le Mans 2009 puis adjoint à Montpellier en 2016)
«Sa progression est intéressante. Elle est constante et renforcée par le fait qu'il a démarré si tôt chez les professionnels. On a l'impression qu'il est là depuis déjà longtemps mais il est encore jeune. Au Mans, je savais qu'il deviendrait un très bon joueur de Ligue 1 dès qu'il s'étofferait physiquement, car il avait déjà l'intelligence de jeu, le coffre et la technique à 17 ans. Je l'avais d'ailleurs fait s'entraîner avec les pros dès 2011. Il était vraiment au-dessus du lot à ce moment-là. Ses choix de carrière sont judicieux et correspondent à la constance de sa progression. Jouer à Marseille, c'est très spécial et ça peut changer un homme. Le climat marseillais, l'enjeu, le besoin de performance, tout cela va être enrichissant pour lui dans sa capacité à être meilleur à long terme.
«Je pense que son meilleur poste reste tout de même relayeur»
Il a cette capacité à être le couteau-suisse du milieu de terrain, ce qui en fait un joueur indispensable. Je pense que son meilleur poste reste tout de même relayeur, car il doit garder cette faculté de casser des lignes avec ses prises de balles vers l'avant qu'il affectionne tant. Dans le système de l'OM, il doit être utilisé en relayeur avec une sentinelle derrière lui. Malgré sa très grave blessure au genou, il a réussi à garder son explosivité, son accélération et sa capacité à éliminer, ce qui n'est pas le cas de tous les joueurs qui subissent cette blessure. Aujourd'hui, il n'est pas loin de franchir la prochaine marche dans son évolution, à savoir devenir international et aller dans un club du top 15 européen. Et ça passera par une très grosse saison à l'OM cette année et l'année prochaine.»

Rolland Courbis (Montpellier 2013-2015)
«Pour moi, sa marge de progression est encore énorme. A 20 ans, il était au-dessus de tous les autres. Il a vraiment été freiné par cette blessure au genou. Cela l'a éloigné des terrains pendant un an, mais en vérité il a été diminué pendant au moins deux ans. Sans ces deux années de convalescence, il serait bien meilleur, même s'il est à un très bon niveau aujourd'hui. Si vous voulez qu'il soit à son meilleur niveau, il faut aussi l'utiliser dans la bonne zone, c'est-à-dire milieu relayeur gauche, pas à droite. Que ce soit dans un milieu à 3 ou dans un 4-2-3-1, il faut qu'il soit positionné sur la gauche. Quand on a Sanson, quel intérêt de mettre Strootman en 8 plutôt qu'en sentinelle devant la défense ?
Rolland Courbis fait entrer Sanson à la place de Niang, un soir de 204. (P.Lahalle/L'Equipe)
Rolland Courbis fait entrer Sanson à la place de Niang, un soir de 204. (P.Lahalle/L'Equipe)
«Il devrait faire des saisons à 10-15 buts et une dizaine de passes»
Je pense qu'en ce moment, il s'éparpille trop sur le terrain. Je le vois à gauche, à droite, derrière les attaquants ou devant la défense : il profite de sa caisse physique pour se rassurer en faisant des efforts mais du coup, il perd en efficacité. Il faut qu'il utilise son volume pour apporter le danger en attaque et être plus efficace dans les 30 derniers mètres. Il devrait faire des saisons à 10-15 buts et une dizaine de passes. Il doit mieux faire dans la finition et il en est largement capable. Rongier est le complément idéal pour lui. Ce sont deux 8 qui peuvent être des 10 avec le ballon et des 6 à la récupération. Sans oublier le petit Lopez qui est sous-coté selon moi. L'OM a un milieu de terrain vraiment intéressant. A 25 ans, Sanson devrait être facilement l'un des trois meilleurs joueurs de l'OM, pas l'un des six-sept meilleurs, comme en ce moment. Pour ça, il faut qu'il retrouve le calme et le sang-froid qu'il avait à Montpellier, surtout en attaque.»

Frédéric Hantz (Montpellier 2016)
«Je trouve qu'il a un très bon bilan à l'OM, il est déjà très performant et je suis sûr qu'il va encore s'améliorer. Il a une vraie stabilité dans sa progression depuis qu'il est parti du Mans. Je ne pense pas qu'il ait été vraiment freiné par son genou. Les blessures font partie d'une carrière. Il a su revenir et a continué de progresser à son rythme. Je vois une vraie évolution mentale chez lui, surtout dans la résistance à la pression, mais je pense qu'il peut encore passer un cap à ce niveau et il en a besoin pour vraiment s'imposer. Il faut aussi qu'il prenne plus de hauteur par rapport au jeu, qu'il ait plus de patience et de justesse dans l'avant-dernier et le dernier geste. Il faut qu'il soit meilleur dans la prise d'information et les passes à risques et l'OM a besoin de lui dans ce secteur.
«Cette année est un vrai test pour lui»
Aujourd'hui c'est le leader technique de l'OM, qui est orphelin de Payet et Thauvin. En ce moment, c'est vraiment le maillon fort de l'entrejeu marseillais. Contre Rennes (dimanche dernier, 1-1), j'étais au stade, c'était le meilleur joueur de son équipe. Il est plus vertical que Valentin Rongier et les deux se complètent très bien. Rongier peut orienter les premières passes avec sa grande qualité technique et Sanson ferait le relais entre le milieu et l'attaque. Quand il y aura une vraie connivence entre les deux, ils seront très performants. Cette année est un vrai test pour lui. Il a été excellent il y a deux ans, comme beaucoup d'autres, et moins bon l'année dernière, comme beaucoup d'autres. Aujourd'hui, Marseille connaît des difficultés et c'est dans ces moments que l'on peut passer un cap mentalement. Cet obstacle, s'il le surmonte, peut faire de lui un joueur de standing international.»
Justin Carayol
Réagissez à cet article
500 caractères max
ADS :