Pak Doo-ik (L'Equipe)

Pak Doo-ik (Corée du Nord), nouvel épisode de nos 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde

8 mai - 14 juin : dans exactement 37 jours, débutera le Mondial 2018 en Russie. Jusqu'au coup d'envoi, FF vous livre, par ordre alphabétique, sa liste des 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde. Soixante-quatrième épisode avec Pak Doo-ik.

Son histoire avec la Coupe du monde

Entre Pak Doo-ik et la Coupe du monde, ça a été une histoire courte mais intense. En 1966, la Corée du Nord a marqué les esprits en Angleterre. Pourtant, ces joueurs inconnus en Europe n’étaient pas promis à la gloire dans ce Mondial. D’autant plus que l’aventure débutait mal pour les coéquipiers de Pak Doo-ik, milieu de terrain, sèchement battus par l’Union soviétique (0-3). Cette-dernière était beaucoup plus puissante physiquement. La formation asiatique a préféré l’approche Sud-américaine du Chili, quelques jours plus tard. Dans les derniers instants de la rencontre, Pak Seung-zin égalisait (1-1) et permettait à la Corée du Nord de croire en l’exploit. Un succès contre l’Italie des Rivera, Mazzola et autres Facchetti, lors du dernier match de la phase de groupes, et c’était la qualification pour les quarts de finale. Les Italiens tombaient à la surprise générale (1-0) et le héros se nommait Pak Doo-ik (voir ci-dessous).

Les nouveaux chouchous de Middlesbrough n’étaient pas loin de récidiver en quarts de finale, à Goodison Park. A la 25e minute de jeu, le tir de Pak Doo-ik était contré par un défenseur mais Yang Seung-kook avait bien suivi pour marquer un troisième but (3-0, 25e). Seulement, le Portugal renversait totalement la situation, notamment grâce à un quadruplé de l’inévitable Eusébio (3-5). C’était la fin d’une incroyable épopée pour la Corée du Nord et le dernier match de Pak Doo-ik dans une Coupe du monde. A son retour, le milieu de terrain aurait été confronté à la dure réalité politique de son pays, contraint à travailler comme un ouvrier forestier. Dans Le match de leur vie -un documentaire sorti en 2002 et réalisé par le britannique Daniel Gordon- Pak Doo-ik et six autres joueurs revenaient sur cette formidable aventure. A l’occasion d’une projection, ils avaient fait leur retour à Middlesbrough trente-six ans plus tard. En outre, Pak Doo-ik avait été choisi pour porter le flambeau olympique à Pyongyang en 2008.

Le moment marquant

Qui pouvait croire que la Corée du Nord allait éliminer l’Italie ? Le 19 juillet 1966, c’était un véritable tremblement de terre qui se produisait à l’Ayresome Park de Middlesbrough. A la 42e minute de jeu, Pak Doo-ik envoyait une frappe croisée du pied droit à l’entrée de la surface, Enrico Albertosi était battu (1-0). L’unique but d’une rencontre rapidement devenue historique. «La nuit dernière, Pak Doo-ik a provoqué une des plus grandes explosions dans le monde du football. Il a marqué le but qui a chassé les Italiens de la Coupe du monde», pouvait-on lire dans le Daily Express, le lendemain du succès nord-coréen. L’Italie avait tout tenté pour revenir dans la partie mais la formation asiatique avait su faire le dos rond. Une qualification surprise pour une équipe qui gagnait le cœur des fans britanniques, séduits par la détermination et la fraîcheur de ces inconnus.

Le chiffre : 1

Il suffit parfois de peu de choses pour se faire une place dans l’histoire de la Coupe du monde. Il a fallu un but à Pak Doo-ik, le seul qu’il a marqué en quatre matches dans la compétition.

L'archive de FF

A trois jours du coup d’envoi de la Coupe du monde 1994, FF revenait sur ces joueurs qui avaient marqué la compétition. Dans cette édition du 14 juin, il y avait forcément une place pour Pak Doo-ik. «Militaire, comme tous ses équipiers de la sélection de Corée du Nord, qui était, en fait, l'équipe de l'Armée rouge nationale, le major Pak Doo-ik était dentiste à l'infirmerie d'une caserne de Pyongyang. Si, finalement, c'est lui qui mordit dans la légende, plutôt que l'avant-centre Pak Sun-jin, pourtant auteur de trois buts lors de la World Cup 1966, dont un doublé, en quart, contre le Portugal, c'est parce que ce milieu de terrain travailleur et anonyme eut le bonheur d'inscrire le but resté le plus tristement célèbre en Italie, ce coup de tonnerre qui élimina la Squadra Azzurra à Middlesbrough (1-0) : dos au but à l'entrée de la surface d'Albertosi, il reçoit un long ballon dégagé par sa défense, pivote et frappe instinctivement la boule de cuir qui part en pleine lucarne. La surprise du tournoi faillit d'ailleurs ne pas rester isolée puisqu'en quart, face au Portugal, ces mêmes Coréens mèneront 3-0 avant d'être battus 5-3. Quant à Pak Doo-ik, rendu célèbre par son exploit, il en tirera les bénéfices plus tard, devenant sélectionneur national mais ne parvenant jamais, malgré ses efforts, à transmettre à ses poulains le secret d'une aussi belle et fulgurante réussite...»

Clément Gavard