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(L'Equipe)
CM - Les 100 de FF

Paolo Rossi, nouvel épisode de nos 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde

23 mai-14 juin : dans exactement 22 jours, débutera le Mondial 2018 en Russie. Jusqu'au coup d'envoi, FF vous livre, par ordre alphabétique, sa liste des 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde. Soixante dix-neuvième épisode avec Paolo Rossi.

Son histoire avec la Coupe du monde

C'est l'œuvre d'une vie. Un parcours exceptionnel où défiance, doutes, progrès, explosion et apothéose se sont succédés en l'espace de quelques semaines. C'est l'histoire d'une renaissance et d'une rédemption, celle de Paolo Rossi, attaquant de la Nazionale qui a connu le purgatoire avant de dominer le monde en plein cœur de l'été 1982. L'histoire de "Pablito", roi de la douzième Coupe du monde, la première organisée en Espagne. Mais pour se retrouver sur les sommets, pour conquérir le titre suprême, l'attaquant italien a dû gravir des pentes quasi verticales, s'imaginant décrocher dans le vide à chaque instant. Notre homme revient de loin, très loin. Deux ans plus tôt, à la fin du printemps 1980, il avait été impliqué dans le scandale du "totonero", une sombre affaire de paris clandestins et de matches truqués. C'est le pendant illégal des paris sportifs officiels, le "Totocalcio", un peu comme le "dark net" avec le web, à une époque où Internet est encore confidentiel.

Qu'ils soient organisations "artisanales" ou véritables structures mafieuses, les systèmes de jeu pullulent à l'ombre des grilles officielles. Le petit monde du foot professionnel italien n'y échappe pas. Des dizaines de joueurs de Serie A et B tombent. Certains avouent leur participation au truquage des matches. Pas Paolo Rossi, qui, apparemment, n'a pas pris conscience des agissements de certains de ses coéquipiers de Perugia, club de l'élite où il a été prêté par Vicenza à l'été 1979. «J'ai vécu cela comme une injustice, nous dira-t-il dans une interview pour le livre "50 ans de Ballon d'Or", publié par France Football en 2005. Je n'ai jamais joué un sou sur des paris, jamais misé de l'argent au "Totocalcio", alors arranger des résultats de matches, ça ne m'a jamais effleuré l'esprit !». Cela ne l'empêche pas de se retrouver dans un tribunal, sur le banc des accusés. Paolo Rossi échappe aux poursuites pénales, mais pas à la punition infligée par la justice sportive : il écope de trois ans de suspension, ramenés à deux ans en appel, et doit dire adieu à l'Euro, organisé en juin 1980 en Italie. C'est une catastrophe pour celui qui est devenu l'une des stars du Calcio.
En 1978, notre homme évolue dans un registre d'attaquant complet, mobile, capable de peaufiner le jeu, de servir la dernière passe et de conclure les actions.
Deux ans auparavant, Paolo Rossi a disputé son premier Mondial. Attaquant révélé à Vicenza, deuxième de Serie A en 1977-78, et meilleur buteur (24 réalisations) du Championnat cette saison-là, il est l'unique joueur du club vénitien à participer à l'épreuve se déroulant en Argentine. Placée dans un "groupe de la mort" avec la France, la Hongrie et le pays organisateur, la Nazionale, guidée par Enzo Bearzot, séduit tout le monde, gagne ses trois matches et se qualifie pour le second tour. Dans une équipe au visage offensif, Paolo Rossi forme avec Roberto Bettega un super tandem d'attaque. Notre homme évolue alors dans un registre d'attaquant complet, mobile, capable de peaufiner le jeu, de servir la dernière passe et de conclure les actions. Il marque face à la France, en réponse à celui ultra rapide de Lacombe (36 secondes de jeu), le but égalisateur d'une équipe italienne qui l'emporte finalement 2-1. Rossi ouvre ensuite le score face à la Hongrie, dans un match, gagné 3-1, où Bettega a marqué une fois et tiré à trois reprises sur les montants ! Un Bettega qui signe l'unique but de la rencontre face aux Argentins, en conclusion d'un une-deux avec Rossi, qui lui a remis le ballon d'une talonnade.

Devenue favorite pour le titre, l'Italie va cependant marquer le pas au second tour, lui aussi sous la formule en poules. Dominatrice face à la RFA, elle doit se contenter d'un 0-0, puis bat 1-0 l'Autriche sur un but de Paolo Rossi. Sa place en finale va se jouer face aux Pays-Bas. Après avoir ouvert la marque, les Azzurri sont battus (1-2) sur deux tirs de loin de Brandts. Un sort identique leur sera réservé dans la finale pour la troisième place face au Brésil, Dino Zoff étant encore surpris par des tirs longue distance après l'ouverture de la marque par les Italiens. Quatre ans plus tard, Rossi retrouve donc la Coupe du monde. In extremis et sur la pointe des pieds. Sa suspension prenant fin en avril 1982, Paolo n'a pu jouer que trois matches de Championnat avec la Juve, qui l'a recruté entre-temps. Bearzot s'est rendu à un entraînement des Bianconeri pour lui parler entre quatre yeux. Après lui avoir fait jurer qu'il était innocent dans l'affaire du "totonero", le sélectionneur fait une promesse à l'attaquant toscan : «Je te porte en Espagne et je te ferai redécouvrir les cris et les applaudissements du public !» Il tiendra parole ; même si les choses vont se faire dans la douleur. De féroces polémiques perturbent la sélection italienne, et Paolo Rossi a même droit à des allusions pas finaudes sur ses relations avec son camarades de chambrée, Antonio Cabrini.

Une ambiance délétère, qui s'aggrave encore avec le début de compétition. Après un nul (0-0) de relative bonne facture face à la Pologne, l'Italie enchaine par deux 1-1 contre le Pérou puis le Cameroun, passant au tour suivant au nombre de buts marqués (2, contre un aux Lions Indomptables, qui ont aussi enregistré trois nuls). Lassée des attaques de la presse, la Nazionale a décrété un "silenzio stampa" et décide de s'isoler au maximum. «Toutes ces polémiques ont finalement soudé notre groupe, soulignera Rossi, des années plus tard. Nous étions conscients de nos capacités et nous n'attendions plus que le déclic. Il viendra avec la victoire face à l'Argentine.» En effet, dans un groupe de trois en apparence prohibitif avec l'Argentine et le Brésil, l'Italie se transforme et enclenche une série de victoires qui vont la porter jusqu'au sacre suprême. L'Albiceleste de Maradona est battue 1-2 au cours d'un match musclé où Rossi donne d'évidents signes de reprise. Mais c'est six jours plus tard que l'attaquant de la Juve offre le meilleur de lui-même : il marque à trois reprises dans une rencontre extraordinaire face à la Seleçao, au Sarria de Barcelone (voir le moment marquant). Le 3-2 permet à l'Italie de se qualifier pour les demi-finales où elle se joue (2-0) de la Pologne (privée de Boniek, suspendu) grâce à un doublé d'un Rossi en fusion. Le premier but est une volée devant la cage polonaise sur un coup franc d'Antognoni, le second -un bijou !- voit Conti accélérer couloir gauche et adresser une magnifique transversale à Rossi, qui marque de la tête au second poteau. En finale, les Italiens dominent la RFA 3-1 en se payant le luxe de rater un penalty (par Cabrini). C'est encore Paolo Rossi qui a ouvert la voie en marquant de la tête sur un centre de Gentile, avant que Tardelli puis Altobelli n'aggravent le score de très belle façon. Place aux célébrations sur la pelouse du Bernabeu puis à un retour triomphal dans la péninsule. Meilleur buteur (6 buts) et MVP du Mondial, Rossi remporte sans surprise le Ballon d'Or fin décembre 1982, s'installant sur la plus haute marche d'un podium où figurent également Alain Giresse (2e) et Zbigniew Boniek (3e).

Le moment marquant

Italie-Brésil, forcément ! Ce match du second tour du Mondial 1982 est tellement marquant pour Paolo Rossi qu'il s'en est inspiré pour le titre de son autobiographie : «ho fatto piangere il Brasile». Et Paolo Rossi a vraiment fait pleurer le Brésil en ce 5 juillet 1982, éliminant par son triplé une équipe qui se voyait déjà remporter la Coupe du monde, forte d'individualités exceptionnelles (Zico, Toninho Cerezo, Eder, Junior, Oscar, Socrates). Les Brésiliens ont gardé cette blessure à vif pendant des années, n'oubliant pas leur bourreau. C'est ce que raconte celui-ci dans son ouvrage : «je m'en suis rendu compte en allant au Brésil sept ans plus tard, pour la Coupe Pelé, Mondial des plus de 35 ans. J'ai eu droit à des insultes et à des jets de projectiles pendant les matches. Et un jour, un taxi, après m'avoir reconnu, m'a intimé l'ordre de descendre de son véhicule ! J'ai dû parlementer de longues minutes pour qu'il me ramène à l'hôtel...» Evidemment, Paolo Rossi ne regrette rien, fier d'avoir écrit avec ses coéquipiers une grande page de l'histoire du football italien. «Notre force, nous dira-t-il dans "L'Académie des Ballons d'Or" publiée en 1999 par FF, c'est que nous avons affronté les Brésiliens sans complexe. En conquérants !» L'Italie joue tête haute face à la Seleçao, ne reculant pas d'un centimètre. Mieux même, elle porte régulièrement le danger dans le camp brésilien. Le premier but italien nait d'un centre de la gauche de Cabrini que Rossi reprend de la tête, le deuxième d'un ballon chipé par "Pabilito" à Junior pour se présenter seul devant Valdir Peres, le troisième est une conclusion sans contrôle dans le développement d'un corner d'Antognoni prolongé par Tardelli. Le Brésil ne répondra que deux fois, pas une troisième. Abattu dans la surface brésilienne, Rossi aurait même pu obtenir un penalty, alors qu'en fin de match Antognoni marque un quatrième but, refusé pour un hors-jeu très très douteux. Qu'importe, la Seleçao est à terre et l'Italie en route vers son troisième titre mondial.

Le chiffre : 3

Les phases finales de Coupe du monde auxquelles a participé Paolo Rossi. Il y a les 7 matches et 3 buts en 1978 en Argentine, les 7 matches et 6 buts de 1982 en Espagne et l'expédition au Mexique en 1986 où "Pablito" n'a joué aucun match. «J'étais dans le groupe et cela a suffi à mon bonheur», glissera l'attaquant italien qui, un an plus tard, mettra un terme à sa carrière.

L'archive de FF

Dans son numéro du 7 juillet 1982, France Football salue ainsi l'exploit de Paolo Rossi face au Brésil, dans un article intitulé "la rédemption du grand pénitent" : « Et ce fut l'enchantement. Presque l'extase. Une super Squadra Azzurra préparée et motivée en conséquence, un spectacle grandiose, de la passion, de la couleur et, en prime, Paolo Rossi. Le Paolo Rossi que l'on redoutait de ne plus voir sur un terrain. Celui qui nous avait ébloui en Argentine et chaque fois qu'il avait porté le maillot de la sélection avant sa mise à l'écart, avant la dure sentence que l'on sait. Lundi soir à Sarria, Paolo était redevenu, comme sous l'effet d'une baguette magique, l'attaquant superbe et exceptionnel qui faisait à lui seul la force du Calcio en Argentine. Trois buts contre le Brésil ! La prouesse était de taille. Et pas n'importe quel but ! Non, trois buts magnifiques d'adresse, d'audace, de précision et de réalisme. Trois buts à la Rossi ! Médusés, assommés, Valdir Peres et ses frères ne s'en remirent jamais».
Roberto Notarianni
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