(L'Equipe)
Que deviens-tu ?

Pascal Cygan, retour aux source

Aujourd'hui entraîneur des U15 à Lille, l'ancien défenseur d'Arsenal rêve de s'asseoir sur le banc de l'équipe.

Difficile de résister à son premier amour. Les années passent mais il est toujours là, quelque part dans un coin de la tête. À quarante ans, Pascal Cygan, lui, n'a d'yeux que pour un club. «Un jour, j'aimerais bien entraîner le LOSC.» Le natif de Lens y a passé ses plus belles années. Entre 1995 et 2002, il en était même le taulier de la défense. Mais il le sait: le chemin est encore long avant de réaliser son rêve. En attendant, Cygan fait ses gammes...àLille, justement. Le grand chauve est l'entraîneur des U15 depuis août. «À mon arrivée, peu de jeunes me connaissaient. Mais quand ils ont découvert que j'avais joué avec Henry, Bergkamp, Pirès à Arsenal (NDLR: 2002-2006) ou à Villarreal (2006-2009), mon discours passait beaucoup mieux.» Ce glorieux passé ne lui sert pas seulement de légitimité. Arsène Wenger, Manuel Pellegrini, autant de noms synonymes de beau jeu. Sous leurs ordres dans les années 2000, le natif de Lens a pu s'imprégner de leurs préceptes. Et tente aujourd'hui de s'en inspirer. «Ils avaient pour objectif de ressortir balle au pied... Même si vous ne gagnez pas, bien jouer est primordial.» Et jusque-là, le succès est au rendez-vous. L'équipe est leader de sa poule.Mais, de son propre aveu, gérer un groupe d'adolescents est parfois délicat. «Il faut se répéter, les éduquer, se substituer au rôle des parents.» Ces derniers, justement, l'agacent. Leur omniprésence étouffe des joueurs en pleine croissance. «Ils conseillent mal leurs enfants. Quand on est entraîneur, on est constamment critiqué. Alors que notre seul intérêt, c'est d'avoir les meilleurs dans son équipe, rien de plus.»

La révélation à Carthagène

À l'entendre, Cygan est déterminé à atteindre son rêve. Pourtant, rien ne le prédestinait à devenir entraîneur. Pendant sa carrière de footballeur, cette idée l'effleurait à peine. Mais à Carthagène, son dernier club, l'ancien défenseur central a une illumination. «L'entraîneur Juan Ignacio Martinez m'avait demandé d'encadrer les jeunes de l'effectif. J'y ai pris goût. Ç'a été le déclic.» Dès lors, tout s'enchaîne. Encore joueur de L2 espagnole de 2009 à 2011, le défenseur passe ses premiers diplômes d'entraîneur. Aussitôt sa carrière terminée, en2011, Cygan se lance dans le grand bain. Il prend les rênes de l'équipe B d'Alquerias, un club partenaire de Villarreal. Sa première expérience en tant que meneur d'hommes. «C'est un autre métier que celui de footballeur. Là, je devais faire passer mon message à une vingtaine de personnes.» L'aventure durera six mois.

Le goût de l'effort

Cygan profite ensuite du soleil espagnol mais s'impatiente. Il plie bagage, direction la France. Pour se rapprocher du LOSC, déjà. Des discussions sont bien lancées avec Lille, mais elles échouent. Finalement, en août 2013, il signe à l'ES Wasquehal comme... directeur sportif. Pour s'occuper. «Je discutais un jour avec mon ami Michel Docquiert, alors manager général du club. Il a appris que j'étais libre et m'a proposé de devenir directeur sportif. Le poste d'entraîneur était pris.» L'expérience est mitigée. La vie de bureau l'ennuie. Le terrain lui manque. Quelques mois plus tard, les U15 lillois le sortiront de sa lassitude. Aujourd'hui « jeune retraité », Cygan peut s'adonner à ses passions. «Je joue souvent au poker avec des amis. J'aime la compétition et l'adrénaline. Miser des jetons au risque de tout perdre... C'est comparable à l'excitation d'évoluer devant 40 000 personnes.» Mais rien ne vaut la fatigue, la transpiration et l'effort physique. «Arrêter d'aller à l'entraînement n'était pas facile. Je me suis rendu compte qu'il me manquait quelque chose. Je joue donc au padel (un sport dérivé du tennis) et je me suis mis à courir, alors que je détestais ça. Pour des sportifs comme moi, c'est comme une drogue!» Pas autant que le LOSC, cependant.
 
Nick Carvalho
Réagissez à cet article
500 caractères max