vahirua (pascal) (L'Equipe)
Que deviens-tu ?

Pascal Vahirua, entre deux eaux

Après être retourné à l'AJ Auxerre, l'ancien international français entraîne aujourd'hui l'équipe B de Tefana, à Tahiti.

Pascal Vahirua est un homme infidèle. Tiraillé entre deux amours, deux localités, deux passés. Il ne peut choisir. À sa gauche, Auxerre, sa terre d'accueil. À sa droite, Tahiti, sa terre natale, où il vit à nouveau depuis un an et demi. Toujours investi dans sa passion du ballon rond. L'ancien attaquant de l'AJA travaille à l'AS Tefana, récent champion de Polynésie. À quelques encablures d'une mer diaphane, il est à la tête des U15 et de l'équipe B, engagée en Ligue 2. Le niveau n'est pas comparable à l'Europe. Mais l'essentiel est ailleurs. « C'est le partage avant tout, transmettre, donner à une île à laquelle je tiens énormément. Je suis né là-bas. J'ai eu ma première licence là-bas. Cela fait partie de moi. » Pêle-mêle, il dénonce pourtant le manque de confiance et d'ambition, le tempérament local. « Certains joueurs pourraient évoluer à l'extérieur (NDLR : hors de la Polynésie). Mais il y a le tempérament “à la cool” qui les freine. Il n'y a pas d'exigence, de volonté d'avancer. C'est ce que j'essaie de combattre. » Fort de son vécu, il intègre un maximum de jeunes dans son équipe réserve. Avec succès : elle a fini la saison invaincue.

Le grand frère

Il y a peu, l'ex-Caennais se lovait auprès de son autre amour, à Auxerre, où il a tout connu. Treize années passées à l'AJA. Des trophées (Coupe de France 1994, Coupe Gambardella 1986), l'Europe et l'équipe de France (22 capes). Il se devait d'y retourner au crépuscule de sa carrière pro. Un juste retour des choses. Il y avait encore un pied-à-terre. Comme s'il se doutait qu'il y ferait un jour un nouveau crochet. « C'était l'occasion de rendre à cette ville ce qu'elle m'avait donné. » En 2002, il signe une licence amateur à Auxerre. Non pas dans le club de sa figure tutélaire, Guy Roux. Mais au Stade Auxerrois, en Division d'Honneur. « C'était une manière de boucler la boucle. On débute comme amateur, on devient ensuite professionnel et, à la fin, on redevient amateur. » Ses adversaires reconnaissent le virevoltant ailier qu'il fut. « Ils avaient la rage. C'était une motivation supplémentaire pour eux. » Sur ces entrefaites, il envisage l'avenir. Il passe ses diplômes d'entraîneur. Et s'investit au sein de la mairie icaunaise. Il se rend dans des quartiers de la ville pour animer des activités de football. De précieux souvenirs lui restent encore en mémoire. « Je me rappelle d'un tournoi remporté avec une équipe de quartier alors que l'AJ Auxerre était en lice. »

Fan de Yaya Sanogo

L'AJ Auxerre, justement, finira par arriver à lui. En 2005, il prend en charge les U17. Il cornaque des jeunes que si bien l'AJA sait former. « Yaya Sanogo était au-dessus athlétiquement et footballistiquement. Et, surtout, il était d'une sérénité et d'une sagesse... » Pourtant, l'aventure s'arrête brusquement en 2013. Vahirua l'a encore mauvaise. « Je suis parti en vacances, et quand je suis revenu, une autre personne avait été engagée à ma place. Je n'ai pas de regrets, parce qu'aujourd'hui je suis bien à Tahiti. Mais quand vous avez joué durant douze ans à l'AJA, puis travaillé dans le staff pendant huit ans... Ça fait beaucoup. » Désarçonné, il revient chez lui. À Tahiti. Il s'accorde quelques mois de répit, pour mieux digérer, avant de s'engager avec Tefana. Aujourd'hui, la France métropolitaine ne lui manque pas. À quarante-neuf ans, il s'éclate à jouer à la pétanque, à faire du ski nautique, à découvrir les fonds marins. Loin de l'AJ Auxerre. Il dit ne plus communiquer avec les dirigeants bourguignons. Enfin, presque. À demi-mot, il avoue parler à des « gens du club ». Difficile d'oublier son amour de toujours.

Nick Carvalho
Réagissez à cet article
500 caractères max