(D.R)
Les Français de l'autre Europe (2/5)

Passé par Monaco et Nice, Loïc Gagnon raconte son aventure en Slovaquie : «J'avais d'autres rêves...»

Toute cette semaine, FF part à la rencontre de ces Français évoluant dans des Championnats européens loin des projecteurs. Deuxième épisode avec Loïc Gagnon, en Slovaquie. (photo : Spartak Trnava)

«Loïc, à 25 ans, vous êtes sous contrat avec le Spartak Trnava, huitième du Championnat slovaque. Présentez-nous votre club en quelques mots...
Il fait partie des trois ou quatre meilleures équipes du pays. Ils font régulièrement le tour préliminaire de Ligue Europa. C'est un bon petit club qui a investi dans un nouveau stade très moderne, qui est celui de l'équipe nationale de Slovaquie. C'est un peu notre Stade de France à nous.

Vous êtes natif de région parisienne, quel a été votre parcours en France ?
J'ai échoué au dernier tour des sélections à Clairefontaine. Mais des recruteurs de l'Estac de Troyes sont venus me chercher. Je suis parti là-bas à treize ans, avant de rejoindre Monaco l'année suivante. J'ai côtoyé Guy Mengual, qui a insisté pour que je le suive à Nice derrière. J'avais beaucoup confiance en lui. J'ai fait toutes mes classes à l'OGC Nice pendant quatre ans. Jusqu'en CFA et le groupe professionnel avec Frédéric Antonetti puis Didier Ollé-Nicolle. Mais sans signer de contrat pro.
«L'agent que j'ai rejoint m'a dit que j'aurais un contrat de trois ans au LOSC, avec 20 000 euros par mois si je signais avec lui.»
Le club a-t-il fini par vous en proposer un ?
À dix-sept ou dix-huit ans, j'avais beaucoup de sollicitations d'agents qui me promettaient la lune. J'étais un peu chamboulé par tout ça, et j'ai fini par changer d'agent. Mais toutes ces promesses ne se sont jamais produites.

Quelle est la promesse la plus énorme qui vous a été faite ?
L'agent que j'ai rejoint m'a dit que j'aurais un contrat de trois ans au LOSC, avec 20 000 euros par mois si je signais avec lui. Il a dit ça les yeux dans les yeux à mes parents. Quand on vous dit ça, c'est normal qu'on dise oui. Il m'a aussi parlé de Belgique et d'Angleterre. Pourtant, je me sentais bien avec mon premier agent...  Mais je n'ai pas eu de chance, on m'a fait tourner en rond. Derrière, j'ai eu du mal à retrouver quelque chose. Je me suis retrouvé plusieurs mois au chômage.

Nice n'a pas cherché à vous garder ?
J'étais en fin de contrat, et je me suis dit que j'allais trouver des clubs. L'OGCN me reprochait certaines choses, que j'étais hautain, arrogant. Dans ma tête, je pensais déjà être arrivé alors que pas du tout, je devais encore travailler. Et j'ai surtout écouté cet agent qui me promettait ce contrat pro... Il faisait ce qu'il voulait de moi. Il m'a envoyé faire un essai à Sion, l'entraîneur là-bas était satisfait et voulait me faire signer mais ça ne s'est finalement pas fait, et encore aujourd'hui, je ne sais toujours pas pourquoi. J'étais dégoûté, ça m'a mis un gros coup au moral.

«Le Brésil : une tout autre vie, une tout autre manière de jouer au foot»

Qu'avez-vous fait pendant vos six mois de chômage ?
Rien, c'est ça le pire. J'essayais bien de m'entraîner par ci, par là pour garder la forme. Mais cela a été un combat mental. Je n'avais jamais connu d'épreuve aussi difficile dans ma vie. Ça m'a forgé. J'ai fini par signer à Ivry, en CFA. Ils souhaitaient me conserver par la suite, mais je voulais mieux. Derrière, ma copine de l'époque, rencontrée à Nice, est tombée enceinte. Étant à moitié au chômage, ce n'était pas simple. On a tout de même décidé de garder l'enfant, et je suis allé la rejoindre dans le sud. J'ai pris une licence à Cagnes-sur-Mer, en DH. C'était un sacrifice, je ne pouvais pas la laisser s'occuper seule du petit.

Retomber en DH doit être très frustrant pour vous...
J'ai fait six mois là-bas. À la trêve, un agent qui me connaissait depuis Nice me reconnait et me dit : "Mais qu'est-ce que tu fous là, en DH ? Ce n'est pas ta place". Il me propose d'aller au Brésil. J'étais perdu, je me suis dit que ça ne pouvait pas être mal. Avec l'accord de mon amie et de mes parents, j'accepte d'y aller. Je n'y suis resté que quatre mois. C'était un club de troisième division, une tout autre vie, une tout autre manière de jouer au foot. Je n'étais pas à ma place.

Y trouviez-vous, au moins, un avantage au niveau du salaire ?
Je n'étais pas à plaindre. C'était environ 2 000 euros par mois, contre 800 en DH. Mais je ne me voyais pas rester plus longtemps. Je ne suis pas arrivé à me fondre dans le moule.
«Sur le coup, je dis non, que c'est une folie d'aller là-bas, en Slovaquie ! Après le Brésil, ma mère n'était pas très favorable...»
Vous n'avez que 21 ans, et votre carrière est quasi au point mort...
Je voulais retrouver une CFA et tout déchirer, enfin ! C'est ce qui s'est passé à Villemomble (93), où l'entraîneur a compris mon parcours, m'a mis à l'aise et m'a aidé à reprendre confiance en moi. On m'a ensuite conseillé l'étranger, pour trouver un meilleur tremplin. Et on me propose une D2 slovaque pour briller quelques mois et retrouver petit à petit la lumière.

Acceptez-vous facilement ?
Sur le coup, je dis non, que c'est une folie d'aller là-bas, en Slovaquie ! Après le Brésil, ma mère n'était pas très favorable... Mais le discours de mon agent m'a plu. J'ai foncé, et ça s'est bien passé. J'ai fait six premiers mois de malade, j'ai été déterminé, j'ai repris goût au foot, comme avant, à Nice. Au bout de six mois, Zilina (D1) voulait m'acheter. Mais mon club a refusé. Je suis donc resté quasiment deux saisons en D2.

Cela a dû vous paraître un peu long...
Oui, mais j'étais vraiment déterminé.

Question langue, comment avez-vous fait ?
J'ai appris l'anglais. Le slovaque, je n'y arrive toujours pas. Mais ici, pas mal de personnes parlent l'anglais.

Depuis cet été, vous avez signé à Trnava, en D1 slovaque, comment cela se passe ?
Avant de signer, j'avais la possibilité de revenir en France, en Ligue 2, à Amiens. Mais je voulais faire mes preuves en D1 ici. Je ne sais pas si je le regrette, mais cela a été ma décision. Même si mon objectif reste de revenir en France. Jusqu'à la fin, je ne lâcherai rien pour y arriver, j'ai fait des erreurs de jeunesse, des mauvais choix. Car si j'avais été plus sérieux, plus assidu, plus humble, j'aurais pu être en Ligue 1 depuis un certain temps.

«Je n'ai sûrement pas été assez à l'écoute»

À quel moment avez-vous manqué de sérieux ?
Lors de mes années en stagiaire pro à Nice. Je n'ai sûrement pas été assez à l'écoute. Pourtant, j'ai eu de très bons formateurs comme René Marsiglia que j'admirais beaucoup. J'arrive encore à me rappeler de certaines choses qu'il m'a inculquées. Je pense aussi à Guy Mengual, mon mentor, comme mon deuxième père.

Revenons à la Slovaquie, comment se passe votre quotidien loin de la France ?
Je ne fais pas grand-chose d'autre que les entraînements. Je tente de peaufiner toujours plus mon anglais, je suis chez moi, je me repose, je lis beaucoup. Trnava est une petite ville sympa, calme, à vingt minutes de Bratislava, la capitale. J'ai déjà visité pas mal de choses, mais je ne me balade pas plus que ça.

«À Nice, j'ai pris la grosse tête»

Comment appréciez-vous le niveau du foot slovaque ?
C'est très physique. Il y a plus de joueurs techniques en France, mais l'intensité est bonne. Ça en fait un bon Championnat. Cet été, on a été éliminés au troisième tour préliminaire de Ligue Europa par l'Austria Vienne (NDLR : aux tirs au but). Jouer ce genre de match donne envie d'en donner toujours plus. Je me suis dit que c'était là que je voulais être. Ça me pousse à travailler toujours plus.

Quelle est la prochaine étape ?
Faire une très bonne saison pour ensuite, pourquoi pas, trouver quelque chose ailleurs. Si possible en France.

Lors de votre arrivée à Nice, si on vous avait dit que vous seriez en Slovaquie quelques années plus tard, qu'auriez-vous répondu ?
J'aurais dit non ! J'avais d'autres rêves.

De là à jalouser certains joueurs que vous avez côtoyés et qui sont aujourd'hui pros dans de meilleurs Championnats ?
Oui, j'y pense. À Nice, à seize ou dix-sept ans, on me répétait en permanence que j'allais être l'un des premiers à intégrer les pros. J'ai pris la grosse tête ensuite. Tout ça me paraît super loin. Mais je garde le moral. Je n'ai que 25 ans, je sais que je peux encore faire de belles choses. J'aime tellement le foot...»
Timothé Crépin 

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