Soccer Football - World Cup - France Training - Ekaterinburg Arena, Yekaterinburg, Russia - June 20, 2018   France's Hugo Lloris during training   REUTERS/Andrew Couldridge (Reuters)
Bleus

Patron discret mais respecté : retour sur la trajectoire d'Hugo Lloris, qui va franchir la barre des 100 sélections en équipe de France

Ce sera un moment forcément spécial pour lui : face au Pérou, ce jeudi, Hugo Lloris va disputer son centième match en équipe de France. À 31 ans.

L'anecdote relève du symbole. Plus tard, sur sa terrasse niçoise avec vue plein pot sur la Méditerranée, Hugo Lloris pourra raconter à ses filles qu'il a vécu sa centième sélection en Asie. Ses deux enfants lui répondront sans doute qu'il vieillit mal, que la Russie est bien en Europe. La remarque vaudra précision, camembert bleu au Trivial Pursuit. Ce Mondial 2018 comptait une ville, la plus à l'Est des onze sites concernés, qui se trouve géographiquement hors d'Europe. Ekaterinbourg est à dix-sept kilomètres de la balise qui symbolise la frontière virtuelle entre les deux continents sur ce territoire géant qu'est la Russie. C'est là, au pied de l'Oural, qu'Hugo Lloris va dépasser le mur du cent pour se projeter dans une autre galaxie face au Pérou.

La fiche d'Hugo Lloris

Dans le club des champions du monde 98

Le gardien des Bleus basculera dans une nouvelle dimension où gravitent les légendes que sont les champions du monde 98 comme Lilian Thuram, le recordman des capes (142), Thierry Henry (123), Marcel Desailly (116), Zinédine Zidane (108), Patrick Vieira (107) et son actuel sélectionneur, Didier Deschamps (103) qui souhaite sûrement que son capitaine le dépasse pendant ce Mondial. Le gardien deviendra donc face aux Incas le seul joueur qui n'a pas été sacré voici vingt ans, à intégrer ce cercle fermé des «centenaires». Il le fera également pendant le plus grand évènement dont puisse rêver un joueur professionnel. «C'est une immense fierté personnelle d'atteindre ce chiffre, avoue l'ex-Niçois qui a débuté sa carrière chez les Bleus le 19 novembre 2008 face à l'Uruguay (0-0). Cette barre est symbolique. Mais elle reste secondaire aujourd'hui dans une telle compétition. Je suis plus concentré sur notre performance collective et individuelle. Il faut surtout préserver la dynamique avec une victoire et ne pas penser au reste.»

Un palmarès plutôt faible

Critiqué en préparation, et même depuis presque un an et cette «boulette» en Suède (1-2), le père de famille de 31 ans est bien entré dans cette Coupe du monde qui est aussi sa cinquième phase finale personnelle et la quatrième avec le brassard au biceps. Il a été un des meilleurs joueurs contre l'Australie à Kazan (2-1). En première période, le capitaine de Tottenham a sauvé ses coéquipiers - et Tolisso d'un but contre son camp - sur un arrêt réflexe.

Les notes de France-Australie

L'ancien Lyonnais est déjà dans le coup comme il l'avait été à l'Euro 2016 avec probablement un de ses matches référence face à l'Allemagne en demi-finales (2-0). Le capitaine tricolore n'avait malheureusement pas été au bout de son rêve en étant le premier à soulever le trophée au Stade de France avec cette défaite face au Portugal (1-0 a.p.). Avec treize saisons au plus haut niveau, dont dix ans de présence en équipe de France, l'ancien Aiglon n'a pas de palmarès à rallonge. Une seule petite Coupe de France avec l'OL, un titre de Champion d'Europe U19 avec les Bleuets, point barre...

«C'est un grand gardien, un grand capitaine, un grand professionnel»

Mais il collectionne les accessits, ces chiffres qui marquent les esprits à défaut de trophée sur la cheminée. En devenant centenaire, il portera également le brassard pour la 76e fois contre le Pérou pour sa troisième Coupe du monde et son dixième match dans l'épreuve. Son dauphin, DD, est loin derrière (54). «C'est fort ce qu'il fait, souligne Blaise Matuidi, son vice-capitaine en EDF avec Raphaël Varane. Sa carrière parle pour lui. Il a duré de par ses qualités, de par ce qu'il met en place au quotidien. C'est un grand gardien, un grand capitaine, un grand professionnel. Il est écouté. Cent sélections, ce n'est pas rien. Ça démontre qu'il a été constant. Chapeau Hugo !» Lloris a l'estime de Deschamps, qui ne lui a jamais retiré le brassard confié par Laurent Blanc alors que l'ex-Lyonnais n'avait que 23 ans en 2010 juste après Knysna, mais également d'un groupe qu'il a vu se renouveler avec déjà plusieurs générations. Si beaucoup le trouvent parfois lisse, notamment en conférence de presse d'avant-match, il sait s'imposer en interne. Sinon, il ne durerait pas comme ça chez les Bleus mais également chez les Spurs où Mauricio Pochettino en a fait aussi son boss. «Hugo est respecté par tout le monde, assène Raphaël Varane, son bras droit tricolore. On cherche souvent des patrons, mais c'est lui le patron ! Ce n'est pas un leader qui va constamment donner de la voix mais quand il parle, il est écouté et respecté. Il possède un vécu considérable. C'est un capitaine discret, qui n'attire pas la lumière, qui ne cherche pas à être mis en avant. Cent sélections, ce n'est pas rien !»

Lire : cinq moments marquants d'Hugo Lloris en équipe de France
«On cherche souvent des patrons, mais c'est lui le patron ! Ce n'est pas un leader qui va constamment donner de la voix mais quand il parle, il est écouté et respecté.» Raphaël Varane.
Dans l'histoire des gardiens tricolores, des soixante-dix-sept qui se sont succédés à ce poste, Hugo Lloris pointe tout en haut des statistiques devant Fabien Barthez (87 sélections) mais très loin devant Joël Bats (50), son ancien mentor lyonnais, qui lui a donné tout son savoir, et qui complète ce podium des portiers les plus capés. Et s'il n'a sans doute pas marqué l'histoire comme eux, il n'est pas trop tard pour écrire la légende en Russie. Avec les Bleus dans le cent.
François Verdenet, à Ekaterinbourg
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