(L'Equipe)

Pelé (Brésil), nouvel épisode de nos 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde

10 mai - 14 juin : dans exactement 35 jours, débutera le Mondial 2018 en Russie. Jusqu'au coup d'envoi, FF vous livre, par ordre alphabétique, sa liste des 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde. Soixante-sixième épisode avec Pelé.

Son histoire avec la Coupe du monde

La fabuleuse épopée de Pelé en Coupe du monde ne ressemble à aucune autre. Et pour cause, le Roi est toujours le seul joueur au monde à avoir remporté trois fois la plus prestigieuse des compétitions, sur les quatre éditions qu’il a disputées. Considéré comme un grand espoir au Brésil, il fait partie de la Seleçao de Vincente Feola pour la Coupe du monde 1958 en Suède. Blessée juste avant la compétition, la pépite brésilienne fait ses grands débuts lors du troisième match aux côtés de Garrincha contre l’URSS, et ne quittera plus le onze de départ auriverde. Il effectue tour après tour des performances de classe mondiale : but victorieux contre le Pays de Galles (1-0), triplé face à la France de Raymond Kopa et Just Fontaine (5-2), avant de signer un doublé en finale contre le pays hôte suédois (5-2). Il devient champion du monde (six buts en quatre matches), le premier titre du Brésil, et connait alors une véritable médiatisation à son retour au pays, où il enchaîne couvertures de magazines et interviews pour la presse. Ce titre permet quelque peu au peuple brésilien d’oublier la terrible désillusion du Maracanaço survenue huit ans auparavant.

Devenu un titulaire indiscutable en équipe du Brésil, Pelé participe à sa seconde Coupe du monde en 1962, au Chili. Ce rendez-vous, bien débuté par une victoire contre le Mexique et notamment un but de la star brésilienne, ne sera pas dans la même lignée que le premier. Au cours du deuxième match de poule, qui oppose la Seleçao à la Tchécoslovaquie, le joueur de Santos se blesse tout seul musculairement mais est obligé de rester sur le terrain jusqu’à la fin du match, les remplacements n’étant pas encore, à cette époque, autorisés. Sa blessure est sérieuse, à tel point que le n°10 ne prend part à aucun autre match du tournoi, et laisse son Brésil s’en remettre au talent de l'insaisissable Garrincha. Les Auriverde retrouvent une nouvelle fois les Tchécoslovaques de Josef Masopust en finale et triomphent (3-1), remportant leur deuxième titre consécutif. La célébrité de Pelé croît de victoire en victoire, de titre en titre, et d’année en année.

Elle ne lui attire cependant pas seulement les faveurs du public et des médias. Rapidement, l’attaquant de Santos va devenir la cible des défenseurs du monde entier. Il fait face régulièrement aux blessures - Pelé joue un nombre incroyable de matches entre 1962 et 1966 - consécutives à sa surexposition ou aux agressions des joueurs adverses. Des problèmes amplifiés lorsque le Brésil, fort de ses deux titres, pense que le Mondial 1966 en Angleterre est déjà acquis. Dès le premier match contre la Bulgarie, il est agressé plusieurs fois par Zhechev, sans que l’arbitre ne le sanctionne. Si Pelé marque l’un des deux buts décisifs pour la victoire (l’autre étant inscrit par Garrincha), le staff brésilien décide de le préserver pour le match suivant contre les Hongrois, qui s’imposent (3-1). Dos au mur, Vicente Feola décide de titulariser Pelé lors du dernier match décisif contre le Portugal. Le pire est à venir. Eusebio marque rapidement, Pelé termine la rencontre blessé aux tacles assassins de Joao Morais et le Brésil, double tenant du titre, est éliminé.

Suite à cet échec, Pelé ne reviendra en sélection qu’en 1968. A l’orée de la Coupe du monde disputée au Mexique, le Brésil de Mario Zagallo, coéquipier du Roi lors des deux premiers titres du Brésil, est l’un des favoris du tournoi. Un statut qu’il va parfaitement assumer, emmené par son leader charismatique. Pelé a balayé la déception anglaise en marquant d’une pierre blanche ce rendez-vous aztèque, ponctué de magnifiques buts, de crochets dévastateurs, de gestes qu’il va inventer, et dont lui seul a le secret. A chaque rencontre, la Seleçao inscrit au moins trois buts - exceptée celle face à l’Angleterre de Bobby Moore (1-0) - et emporte tout sur son passage pour soulever une troisième fois la Coupe Jules-Rimet, triomphe qui lui permet de garder définitivement le trophée. Pelé, auteur de qautre buts, a rayonné par sa classe et son talent hors du commun. Si le succès de 1958 était celui d’une génération historique - celle des Garrincha, Didi, Vava, Nilton Santos, Gilmar -,  celui glané douze ans plus tard est le sien, une édition qui révèle à elle seule l’empreinte laise par le Roi dans l’histoire de la Coupe du monde, et dans l’histoire du football tout court.

Le patron de l'équipe de 1970, au Mexique

Le moment marquant

Ils sont nombreux, trop nombreux. Son triplé contre la France et son doublé en finale face aux Suédois en 58, sa blessure au Chili, ses nombreuses agressions en Angleterre sont déjà des épisodes marquants de la carrière de Pelé en Coupe du monde. Mais un choix plus judicieux se porterait sur ses gestes et actions mémorables lors du rendez-vous aztèque en 1970 : son "but arrêté" par le légendaire Gordon Banks, son coup de boule face à la Nazionale en finale qui a mystifié Enrico Albertosi, son lob raté mais mythique sur Ivo Viktor, le gardien tchécoslovaque. Mais le 17 juin 1970, le stade de Guadalajara est le témoin du dribble le plus fou du Roi. Face à l’Uruguay, en demi-finale, Pelé, lancé en profondeur par Tostao, tente et réussit un grand pont magistral sur le portier de la Céleste, Ladislao Mazurkiewicz, sans même toucher le ballon. Mais le numéro 10 brésilien a trop redressé son tir, et ne parvient pas à marquer, le cuir finissant à quelques centimètres du poteau droit uruguayen. Le raté le plus célèbre de l’histoire, mais la feinte du siècle.

Le chiffre : 3

Le Roi Pelé est le seul joueur de l’histoire à avoir été sacré trois fois champion du monde. Il a disputé les finales en Suède et au Mexique, alors qu’il s’est blessé lors du premier match de la compétition chilienne en 1962. 3, c’est aussi son nombre de buts inscrits en finales de Coupe du monde, record qu’il partage avec son compatriote Vava, l’Anglais Geoff Hurst et le Français Zinedine Zidane. Pelé est également l’un des quatre seuls joueurs - avec Vava, Paul Breitner et Zinédine Zidane - à avoir marqué lors de deux finales d’un Mondial. Un autre chiffre aurait pu lui être accordé, le 17. En effet, le Brésilien est devenu champion du monde en 1958 à 17 ans et 249 jours, devenant ainsi le plus jeune champion du monde de l’histoire.

L'archive de FF

Peu avant la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud, FF revenait sur le génie de Pelé mais également sur son côté altruiste lors du Mondial 70 : «Et si c’était ça, le plus belle feinte de Pelé ? Evidemment, lors de ce Mundial, il y eut ses traditionnels buts (4) et ses inévitables gestes insensés : une tentative de lob de 50 mètres face au Tchécoslovaque Viktor ; une esquive géniale pour un grand pont sur le gardien uruguayen Mazurkiewicz. Un raccourci en trompe l’œil, en vérité. Car au Mexique, «O Rey» a davantage été là où l’on ne l’attendait pas. On connaissait le scoreur, on vit surtout le passeur ; on imaginait l’éternel soliste, on eut droit à l’altruiste. Meilleur distributeur du tournoi avec six offrandes, le «Roi» aura profité de son ultime rendez-vous planétaire pour montrer l’étendue de son registre. Un challenge en forme de nécessité, aussi. Car, à presque trente ans en ce mois de juin 1970, sous un cagnard de plomb qui plus est, Pelé n’a plus tout à fait la même explosivité que dans sa prime jeunesse, même s’il reste une sérieuse référence sur le plan physique, témoin sa détente phénoménale sur le premier but en finale. Intelligemment, le Brésilien modifie donc son jeu. Un exemple ? En finale, face à une Italie surclassée et épuisée par sa demi-finale marathon face à l’Allemagne (4-3 a.p.). Pelé ne tente pas un seul dribble, une stratégie incroyable pour l’un des plus grands funambules du siècle. En revanche, il ne ménage ni sa peine, ni son coup d’œil pour ouvrir des brèches aux copains (28 occasions créées sur l’ensemble de la compétition), si prompts à s’engouffrer dedans, à l’image de ce dernier décalage du «Roi» pour le but de Carlos Alberto. Un cadeau à son capitaine, un cadeau à l’histoire du jeu».

Joffrey Pointlane