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Pierre Gasly : «Les détails nous accompagnent partout»

Jeunes talents expérimentent problématiques similaires. Dans le cadre d'un dossier consacré à Kylian Mbappé, c'est de ce constat-là que FF est parti pour interroger une nouvelle génération de sportifs au sujet du champion du monde. Deuxième épisode avec Pierre Gasly, pilote de Formule 1.

20 avril à Dubaï. Voilà déjà plusieurs semaines que le plus jeune Français de l'histoire à être monté sur un podium de Formule 1 doit se contenter d'un appartement émirati pour sa préparation. «Il y a pire, je n'ai pas à me plaindre», lance-t-il serein, souriant et détendu, seulement déçu de ne pas pouvoir propulser son Alpha Tauri aux quatre coins de la planète. Entre deux parties de Call of Duty ou deux séances individuelles avec Pyry Salmela, son préparateur physique, Pierre Gasly a pris le temps de répondre à nos questions, offrant quinze minutes de son temps pour donner son point de vue sur le quotidien d'un athlète. Avec le sien comme exemple, forcément, et celui de Kylian Mbappé comme perspective. En filigrane de l'entretien, il y a l'importance des détails, tellement précieux en Formule 1 comme en football, et tout le contexte extra-sportif qui entourent ceux qui font le sport français d'aujourd'hui et de demain.
 
«En quoi la recherche des détails permet à un sportif d'aller grappiller des petites secondes ?
Dans tous les sports, à partir du moment où on est à un très haut niveau, on arrive à un seuil où tout le monde est talentueux. Si on veut se démarquer et faire la différence par rapport aux autres, on ne peut rien laisser au hasard. Et c'est là que tous les détails rentrent en compte. Ils peuvent être techniques, sportifs, extra-sportifs... Et c'est là où la vraie différence va se faire. En Formule 1, les 20 pilotes sont capables d'aller très très vite. Et en football, il y a énormément de joueurs qui vont être capables d'atteindre un niveau exceptionnel. Mais après, l'être tout le temps, l'être dans les moments importants et être constant dans sa performance, ça se gagne dans tous les détails du quotidien et de la préparation.
 
Par rapport à la préparation globale, les détails, c'est une part marginale ?
Il n'y a pas de chiffre ou d'heures. Je ne peux pas dire aujourd'hui, par exemple, que je passe trois heures par jour sur les détails de ma préparation. Je pense que c'est plus global ou général, et trouver ce qui fonctionne pour soi. Les détails, ce qu'ils veulent dire, c'est la nutrition, l'hygiène de vie, la récupération, à quel point on est prêt à pousser tous ces paramètres-là à l'extrême. La récupération, ce n'est pas juste dormir huit heures par nuit, par exemple. Et c'est entre chaque performance, entre les week-ends, avoir des plans pour le décalage horaire... Il y a plein d'aspects, et en F1, ça passe également par de la préparation en simulateur, de la préparation physique... Les détails nous accompagnent partout. Ensuite, c'est juste à quel point on pousse cette préparation pour être à 110% de notre potentiel avec constance.
«Ma préparation mentale, c'est mon environnement...»
Au niveau de la préparation mentale, comment tu fonctionnes ? On parle souvent de visualisation.
J'en ai fait un peu et j'en fais toujours. Après, ce n'est pas quelque chose que je fais constamment. Mais sinon, comme la plupart des athlètes je pense, j'ai un psy que je vois depuis tout petit via la fédération. Mais pour moi, ça concerne surtout mon environnement, notamment les personnes qui m'accompagnent. C'est avec eux que ma préparation mentale se fait. Je n'ai pas une personne dédiée, c'est plus sur l'environnement. Mon coach, déjà, avec qui je passe 280 jours à l'année. Il a un impact important là-dessus et il essaye de se concentrer pour que je sois le plus prêt possible mentalement.
 
On parle beaucoup de l'environnement positif de Kylian. L'idée, c'est de créer un contexte compétitif...
C'est tout à fait ça. C'est important aujourd'hui, surtout dans le sport de haut niveau car il y a énormément de choses extra-sportives à gérer. Mais il ne faut pas oublier que la chose la plus importante, la principale chose qu'on nous demande en tant qu'athlète, c'est d'arriver au stade ou sur la piste et d'avoir la tête pour livrer la meilleure performance possible. Ce qui est compliqué, avec toutes les demandes, l'extra-sportif, c'est d'être à 100% le jour J. C'est là que l'encadrement est ultra important pour faire en sorte que l'on soit dans les meilleures conditions possibles.
Pierre Gasly, ici sur le podium au Brésil la saison passée. (Bearne/XPB/PRESSE SPORTS/PRESSE SPORTS)
Pierre Gasly, ici sur le podium au Brésil la saison passée. (Bearne/XPB/PRESSE SPORTS/PRESSE SPORTS)
Zlatan Ibrahimovic dit souvent qu'un joueur de football, c'est comme une F1. Qu'il lui faut la meilleure essence, les meilleurs pneus, la meilleure stratégie, le meilleur mental... Est-ce que tu te retrouves un peu dans cette comparaison ?
Je pense que oui, il y a de ça. En étant joueur de football professionnel, surtout à ce niveau-là, ce qu'on leur demande, c'est l'excellence. Être au top partout et ne rien laisser au hasard. Il y a un niveau de compétition toujours plus élevé et de plus en plus tôt. On le voit d'ailleurs avec Kylian.
 
En foot, on dit souvent qu'un joueur “sort de son match”. La concentration, c'est quelque chose qui se travaille ?
Ça se travaille, et c'est sûr qu'on essaye de le travailler le plus possible. À 370 km/h, la concentration... (il coupe) Disons qu'on ne peut pas se permettre d'avoir un écart. (rires) Il y a l'instinct de survie qui rentre en jeu, avec un niveau d'adrénaline et de concentration qui est très élevé par rapport à la vie courante. Je ne le retrouve dans aucune autre chose. Mais en tant que sportif en général, le jour sans existe. On va être moins précis, moins constant... Cela arrive à tous les athlètes. On reste des humains. Et il y a des journées où, pour X raison, on va être moins bien.
 
À quel point la fatigue mentale compte ?
C'est sûr que c'est très influent. Il y a la fatigue physique qui provient des efforts, des entraînements, des matches qui s'enchaînent... Mais souvent, ce qu'on ne voit pas dans le sport, car on ne voit que ce qu'il se passe à la télé, c'est tout le travail, les demandes et les efforts avant/pendant/après. Et c'est ça qui est important : sauver le maximum d'énergie. On est demandé à droite, à gauche, partout, et il faut se préserver pour la compétition car ça peut vite devenir épuisant et gaspiller de l'énergie par rapport à de la performance pure.
 
Par rapport à Kylian, qu'est-ce qui te marque le plus ?
D'une, sa maturité. Par rapport à l'âge auquel il est arrivé en Ligue 1 et ce qu'il a pu prouver par rapport à d'autres joueurs largement plus âgés. De deux, physiquement. Je dirais déjà sa vitesse, car c'est l'une de ses qualités premières. Et puis sa force à s'imposer si tôt. Non seulement à Monaco et au PSG mais aussi en équipe de France.»
 
Antoine Bourlon
 
L'intégralité du dossier consacré à Kylian Mbappé est à retrouver dans le nouveau numéro de France Football. À retrouver lundi en version numérique à partir de 18h en cliquant ici, ou mardi en kiosques.
 
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