menes (pierre) (L'Equipe)
Pierre Ménès : «Ce n'est pas le palmarès qui fait la qualité d'un consultant»
Vous avez été 17 775 à participer à notre sondage pour désigner votre meilleur consultant. Avec 16% des voix, Pierre Ménès, qui intervient sur Canal+, arrive deuxième. S'il n'est pas un consultant proprement dit, le chroniqueur de la chaîne cryptée a sa vision bien à lui de ce métier.
Sa position dans ce classement : «Je vais le becter Di Méco !»
«Ça ne me dérange pas que l'on me définisse comme un consultant. Mais entre Di Méco qui doit commenter 80 matches par an sur BeIn, et moi qui en ai fait neuf sur Canal+ pour la Premier League, c'est différent. Si on faisait le vote du chroniqueur, je serais premier. Mais, en même temps, je suis un peu seul. Entre guillemets, je suis un peu désavantagé. Je suis de très très loin celui qui commente le moins de matches. À l'arrivée, dans l'esprit des gens, c'est un handicap. À la limite, ça me fait plaisir d'être deuxième parce que ça veut dire que les gens me mettent un peu dans cette catégorie. Après tout, je suis le seul qui n'a jamais joué au foot. J'arrive quand même à être deuxième ! Maintenant, je vais le becter Di Méco ! On ne va pas se laisser bouffer par un Marseillais quand même ! Sinon, il y a longtemps que j'ai intégré le fait que j'étais clivant. Je ne sais pas si c'est le but numéro 1 d'être apprécié. Ce que je recherche, c'est intéresser. Je sais que je m'adresse en grande partie à des gens qui sont supporters, qui n'ont donc pas tout le temps le recul et l'objectivité nécessaires pour juger ce que je dis. Je pourrais dire du bien de tout le monde, mais ça deviendrait très rapidement peu intéressant.»
Ses qualités : «Je fais de l'humour, sinon ce ne serait pas moi»
«La franchise. J'espère un peu d'expertise quand même ! Et l'humour. L'humour, ce n'est pas le plus important, mais je suis comme ça, je ne me force pas, je suis un déconneur dans la vie donc je le fais transparaître à l'antenne. À partir du moment où je suis franc, je fais de l'humour, sinon ça ne serait pas moi.»
Ses défauts : «J'ai peut-être tendance à m'acharner sur Cavani»
«J'ai mes têtes de turc. Dès que j'ai quelqu'un dans le pif, j'ai peut-être une tendance à m'acharner. Cette année, c'est Cavani, mais on a dû mal à me prouver que j'ai tort. À Canal+, on ne me dit jamais rien. On est là pour ça, on jouit d'une totale liberté d'expression. Ces défauts me valent des passes d'armes à distance avec les acteurs du football français, des joueurs, des dirigeants, des entraîneurs. C'est le prix à payer pour mon style. Mais on peut ne pas être d'accord sur tout et ne pas se fâcher.»
Pierre Menès en plateau au bord du terrain avec Dominique Armand. (L'Equipe)
Ses habitudes de travail : «J'essaie aussi d'avoir une vie»
«Je regarde les matches, encore, encore et toujours. En gros, sur une journée de Ligue 1, j'observe six matches. Les trois du dimanche, celui du vendredi, du samedi, et en général, je ne regarde pas le multiplex parce que tu vois un peu de tout mais surtout rien. Je préfère choisir un match, et s'il est vite plié je change. Ce n'est pas que je m'oblige à en regarder autant, mais à partir du moment où j'ai un avis tranché sur les tactiques, les joueurs, la moindre des choses c'est de visionner les rencontres. Cette année, j'aurai vu tous les matches de Lyon, de Marseille et de Paris par exemple. Presque tous ceux de Monaco. Mais je ne regarde pas tout parce que j'essaie aussi d'avoir une vie. Je prends l'exemple d'une semaine européenne : mardi et mercredi, Ligue des champions ; jeudi, Ligue Europa ; vendredi, samedi et dimanche, Ligue 1. Tu as du foot tous les soirs. Souvent, ça me saoule, le foot, c'est chouette quand les matches sont de qualité. Je me réjouis plus de voir Barça-Bayern que Évian-Reims samedi, même si je vais le regarder. À part ça, je ne lis pas trop la presse. Je trouve ça assez polluant. J'essaie de me faire mon avis par moi-même. Je regarde et écoute assez peu les émissions de débats.»
Sa vision du consultant d'aujourd'hui : «Il faut que ce soit une valeur ajoutée»
«Je pense à ce fameux débat débile sur la légitimité du consultant. Je prends un exemple : Laurent Blanc, à une époque, a effectué quelques commentaires de matches sur France 2. Il a arrêté tout de suite parce qu'il se trouvait trop nul. Je peux d'ailleurs louer sa lucidité. Pourtant, c'est Laurent Blanc, champion du monde, champion d'Europe, qui a joué à Barcelone, Manchester, Milan, Marseille. Il avait la légitimité. Malheureusement, on pense trop que le palmarès du joueur fera la qualité du consultant. Ça n'a rien à voir. À Canal, Habib Beye est quelqu'un qui monte et qui m'impressionne beaucoup, il a une moins belle carrière que d'autres consultants qui sont sur d'autres chaînes et qui n'ont rigoureusement rien à dire à part enfoncer des portes ouvertes. Le consultant, il faut que ce soit une valeur ajoutée. J'ai commenté neuf matches de Premier League, je n'ai jamais été joueur donc j'essaie d'avoir un autre apport à mon niveau avec un style plus percutant qui est le mien. Tout en faisant attention à être plus proche du jeu, à faire des analyses tactiques. Même si noyer les gens de statistiques n'est pas le but du jeu. Les stats, on leur fait parfois dire tout et n'importe quoi. Ce que j'aime bien, ce sont les consultants qui ont des partis pris tactiques. Éric Carrière est contre le 4-4-2 en losange, même si c'est quelque chose qui marche très bien à l'Olympique Lyonnais cette saison, mais il explique pourquoi. Je n'aime pas la défense à trois, car pour moi, ça n'existe pas, c'est une défense à cinq. Et quand ce n'est pas le cas, ça devient très problématique, on le voit avec l'OM. Après, si c'est juste pour avoir un mec qui a des titres ronflants mais qui n'a rien à dire... Sur BeIn, Omar Da Fonseca, il n'a pas eu une carrière étourdissante, mais il a créé un style sur la base d'un enthousiasme ou des choses comme ça. Du coup, il est agréable à entendre. Avant toute chose, on veut faire passer un bon moment aux gens.»
Son consultant préféré : «Platini me bluffait»
«Que l'on parle de cela, ça me permet d'avoir une pensée émue pour Patrice Dominguez (NDLR : décédé au mois d'avril), je l'appréciais beaucoup. Pour moi, le meilleur consultant de tous les temps, c'était Michel Platini. Ce n'est pas qu'il analysait le jeu, mais il nous expliquait ce qui allait se passer dans le quart d'heure qui suivait, ça me bluffait totalement. Aujourd'hui, je ne vais pas choisir un mec de Canal ou de BeIn... N'importe lequel de mes choix serait remis en cause. Mais je trouve que les quatre qui sont cités (Da Fonseca, Dugarry, Carrière, Di Méco) méritent d'être dans les cinq premiers.»
Timothé Crépin
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