Hirving Lozano of Mexico during the friendly match between Belgium and Mexico on November 10, 2017 at the Koning Boudewijn stadium in Brussels, Belgium. *** Local Caption *** (L'Equipe)
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Portrait d'Hirving Lozano (PSV Eindhoven), le prodige mexicain qui séduit toute l'Europe

Grand espoir du football mexicain, Hirving Lozano (22 ans) fait des débuts remarqués avec le PSV Eindhoven. L'occasion pour FF.fr de retracer le parcours du prodige, du club de Pachuca à la sélection nationale.

Si vous êtes un fervent adorateur du Football Manager, nul doute que le nom d'Hirving Lozano doit vous faire écho. Il faut dire que le jeu vidéo a eu du nez : voilà plusieurs opus que l'attaquant mexicain s'érige comme une des pépites du football mondial. Bientôt, la réalité pourrait rattraper la fiction. Transféré au PSV Eindhoven l'été dernier, Lozano casse la baraque, en club comme en sélection, depuis le début de la saison. Une ribambelle de buts, une adaptation effectuée sans encombres et une véritable fougue sud-américaine : tous les ingrédients sont là pour que le Mexicain donne la pleine mesure de son talent.

Le «flaquito» de Pachuca

Mexique, été 1995. Le moral du pays est en berne, alors que la crise économique du peso mexicain fait rage et que le conflit au Chiapas connaît un regain de tension. Dans ce marasme, Hirving Lozano vient au monde un 30 juillet à Mexico. Le pays ne le sait pas encore, mais celui-ci deviendra l'un des plus grands espoirs de son football. Rapidement, le jeune garçon rêve d'une belle carrière dans le monde du ballon rond et fait ses premières gammes à Pachuca. Le berceau du football mexicain voit alors arriver un enfant «flaquito» (maigrichon en français), que ses parents n'hésitaient pas à accompagner tous les jours à l'entraînement, bravant les cent kilomètres de distance qui séparent la Bella Airosa de la capitale du pays où ils résident. «Ces derniers ont fait des efforts significatifs et lui ont procuré un accompagnement très important, confirme Andrés Fassi, vice-président du club. Jusqu'à ce qu'il intègre nos structures et commence à vivre au centre de formation. A l'époque, c'était quelqu'un de très introverti, timide, mais le fait de commencer dans notre école de foot lui donnait beaucoup d'espoir». Dans sa vie professionnelle, Lozano est irréprochable. Décrit comme quelqu'un de «discret et terre à terre» par Juan Carlos Osorio, son entraîneur avec l'équipe du Mexique, le jeune attaquant ne s'interdit pas, en coulisses, quelques blagues assumées. «Il peut se montrer très agité, très farceur, précise Ignacio Suarez Mercado, journaliste pour le journal Record. A 12 ans, lors d'un tournoi à Veracruz, il avait cherché à effrayer ses coéquipiers qui l'avaient alors surnommé Chucky (en référence au célèbre film d'épouvante, ndlr). Depuis, c'est resté».
Sa timidité apparente cache également un fort caractère. A Pachuca, Lozano veut gravir les échelons plus vite que la musique, et n'hésite pas à le faire savoir. Sur le terrain, déjà, où il montre une volonté et une agressivité détonante, mais aussi en dehors, lorsque celui-ci se sent bridé par ses formateurs. «Un jour, plusieurs jeunes avaient été s'entraîner avec l'équipe première mais Hirving n'avait pas pu car il était considéré trop faible physiquement. Il avait déboulé dans mon bureau et m'avait dit qu'il trouvait ça injuste, qu'il méritait de s'entraîner avec les professionnels, se souvient Andrés Fassi. Mais à la fin de la conversation, il m'a dit : ''Je vais redoubler d'efforts, ça doit vouloir dire qu'il me manque quelque chose''. Six mois plus tard, il jouait avec l'équipe première et n'en est jamais redescendu».

Grand frère, blessures et premiers titres

Lozano n'oublie pas d'où il vient pour autant. Il continue de rendre visite aux jeunes du centre de formation et leur donne des conseils, ses vêtements et ses crampons, notamment aux plus petits qui font leurs débuts à l'académie. «Hirving avait des discussions particulièrement motivantes avec eux, sur la réalisation des rêves, sur le fait d'y croire pour y parvenir, raconte Andrés Fassi. Où il est né, où il s'est révélé, il ne l'a jamais oublié. Et c'est son parcours qui lui a donné cette légitimité pour parler aux plus jeunes». Ignacio Suarez abonde en ce sens : «Il est le joueur le plus représentatif de l'institution Pachuca. Le club a les meilleures infrastructures du football mexicain avec l'Université du football, qui prépare non seulement les joueurs sportivement mais aussi académiquement, de l'école primaire au secondaire. Et Lozano a accompli quasiment tout ce cycle».
«Il a reçu 20 points de suture, on voyait son os. Mais lui voulait reprendre dès le lendemain»
Une fois arrivée en équipe première, la machine est lancée et rien ne pourra l'enrayer. Avec le club mexicain, l'attaquant d'1,74m participe à 120 matches en trois saisons et demi et inscrit 31 buts. Il fait parler sa force de caractère lors de son premier match de Championnat, inscrivant le but de la victoire face au club America (0-1) devant 30 000 supporters en furie. Mais la rançon du succès est cruelle : Lozano se fait découper par les défenses adverses match après match. «Parfois, je comptais neuf ou dix fautes commises rien que sur lui», se souvient Ignacio Suarez. En mars dernier, le défenseur de Tijuana Michael Orozco lui ouvre la cheville, forçant le jeune joueur à sortir précocement. «Il a reçu 20 points de suture, on voyait son os. Mais lui voulait reprendre dès le lendemain. Lorsqu'il a fait son retour 15 jours plus tard, il avait la même agressivité, le même désir de défier son adversaire, et ça prouve son caractère», souligne Andrés Fassi. La blessure, plus impressionnante que grave, ne l'empêche pas de finir la saison sur des chapeaux de roues. Quelques mois après la victoire du club en première division, Lozano remporte la Ligue des champions de la CONCACAF et délivre la passe décisive qui permet à Pachuca de l'emporter sur les Tigres d'André-Pierre Gignac. Il n'en faut pas plus pour faire saliver plusieurs écuries du Vieux Continent.

Le PSV, ce tremplin

«Tout le monde s'accordait pour dire qu'il allait partir en Europe. Ce n'était qu'une question de temps. Son habileté, sa rapidité, sa capacité à prendre le meilleur dans les duels en faisaient un joueur rare et convoité, explique Ignacio Suarez. Ce qui a surpris à son arrivée au PSV, c'est ce déferlement de buts. C'est vrai que c'était un buteur régulier à Pachuca, mais délivrer des passes était sans doute sa plus grande qualité». Lozano, après une longue réflexion avec la direction du club mexicain, opte pour les Pays-Bas et le PSV Eindhoven, qui a terminé à la troisième place en Championnat. Selon Andrés Fassi, son poulain avait également des touches au Portugal et en Espagne, mais il a décidé de faire confiance à «une institution qui a formé de grands joueurs». Un choix payant, puisque l'attaquant marche sur l'eau en Eredivisie. Auteur de 10 buts et 5 passes décisives en 14 matches de Championnat, il est l'un des principaux artisans de l'excellent début de saison du club hollandais, confortablement installé dans le fauteuil de leader. Une adaptation vitesse grand V qui peut paraître surprenante, au regard de son jeune âge et de la rupture brutale avec son pays natal. Pas pour Ignacio Suarez : «C'est quelqu'un de très fort mentalement. Il a été recruté par Pachuca quand il avait 11 ans, il a dû déménager, quitter la maison familiale, ses parents et ses trois frères. C'est peut-être pour ça qu'il a su s'adapter à son nouvel environnement aussi facilement. Et c'est un gars stable, marié et père de deux enfants. C'est quelqu'un de mature et responsable».
Hirving Lozano célèbre son but face à la Russie lors de la Coupe des confédérations 2017. En attendant le Mondial en juin prochain (L'Equipe)
Hirving Lozano célèbre son but face à la Russie lors de la Coupe des confédérations 2017. En attendant le Mondial en juin prochain (L'Equipe)
La sélection mexicaine, qui a fait appel à lui pour la première fois en février 2016, compte elle aussi sur son jeune talent, notamment en vue du Mondial en Russie. Suite à son doublé face à la Belgique en novembre dernier, le quotidien espagnol El Pais le considérait comme «le footballeur du moment». Depuis le Mexique, son mentor de toujours, Andrés Fassi, le voit surtout comme le footballeur de l'avenir : «De même que Messi avec l'Argentine ou Ronaldo avec le Portugal, Hirving est l'un des joueurs sur lesquels le Mexique compte le plus aujourd'hui. Ca fait 35 ans que je suis dans le foot, j'ai occupé de nombreux postes et j'ose dire que dans les deux ou trois années à venir, grâce à sa capacité d'autocritique, il fera partie des dix meilleurs attaquants au monde». De quoi faire bondir les futurs opposants du Mexique au Mondial. Quoi de plus logique lorsqu'on est surnommé Chucky ?
Antonin Deslandes
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oskare68 16 déc. à 17:06

Ces nouveaux cracks poussent comme des champignons ces temps-ci.A vous entendre ceux sont tous de futurs ballons d'or.Tu parles..