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Grand Format

Pour ses 70 ans, Carlos Bianchi se raconte avec passion : «J'ai dit non au Real Madrid et au Barça»

Ancien goaleador passé par Reims, le PSG ou Strasbourg et entraîneur à succès en Argentine, Carlos Bianchi fête ses 70 ans. L'occasion de retracer sa vie avec le football. Toujours avec passion.

Il se préparait à fêter cela en famille. C'est depuis son Argentine que Carlos Bianchi a répondu à FF ce jeudi pendant une grosse demi-heure. Lui qui vit à Paris avec sa femme est rentré spécialement dans son pays pour souffler ses soixante-dix bougies entouré de ses proches. Avant de revenir en France dans quelques jours. Né en 1949, Bianchi a rallié l'hexagone au début des années 70. Le pays a alors découvert un buteur hors-pair, plusieurs fois meilleur réalisateur du Championnat sous les couleurs de Reims et du PSG. Plus que jamais attaché au Velez Sarsfield, Bianchi a ensuite connu le succès sur les bancs avec le Velez et Boca Juniors. Avant de se retirer définitivement en 2014. Pour FF, il revient sur plusieurs moments forts de sa vie avec le football au détour de plusieurs anecdotes, avec franchise et passion.

Ses 14 capes en sélection argentine

«J'ai porté le maillot de la sélection à quatorze reprises entre 1971 et 1972, mais pas toutes comme titulaire. J'ai marqué sept buts. Mais je n'ai pas vraiment de grands souvenirs malheureusement. J'ai inscrit trois buts lors d'une coupe au Brésil. Ce n'est pas un regret. Vous savez, il y a tellement de choses plus importantes dans la vie que je n'avais pas envie de me faire de souci pour ça.»

Reims, ses premiers pas en France

«Même si je vis en ce moment à Paris, Reims est une ville où j'ai vécu dix ans. Ça représente beaucoup pour moi. À l'époque, je n'avais rien signé mais j'avais donné ma parole. Pour moi, la parole est plus importante qu'une signature. C'est quelque chose de sacré. J'aurais pu aller ailleurs, surtout en Espagne. J'ai joué deux matches de coupe des Alpes. On a gagné les deux rencontres sur le score de 4-1. À chaque fois, j'ai marqué deux buts. Je n'avais toujours pas signé de contrat avec le Stade de Reims. Et c'est là que les Espagnols sont encore venus me chercher pour la troisième fois. Mais j'avais donné ma parole. Un an plus tard, après avoir terminé meilleur buteur du Championnat, le Real Madrid m'a contacté. Mais j'avais encore cinq ans de contrat à Reims. Je n'étais pas quelqu'un d'incorrect donc je n'ai pas fait d'histoire. J'ai dit non au Real, comme j'avais dit non au FC Barcelone la saison précédente. Aujourd'hui, n'importe quel joueur évoluant en France qui est ciblé par le Real Madrid fait un chantier pas possible pour s'en aller. Les époques ont changé. La parole n'existe presque plus. Moi, je suis né à la vieille. Je suis content d'avoir connu les années que j'ai vécues à Reims. Je me souviens d'un match face au PSG en 1974. On a gagné 6-1. J'ai marqué les six buts. Je ne savais pas que j'étais capable d'inscrire six buts dans un match. C'est la vérité. C'était mon boulot. Ils ne m'avaient pas recruté pour faire des petits ponts mais pour marquer des buts.»
Carlos Bianchi a débuté son aventure en France à Reims. C'est aussi en Champagne qu'il mettra un terme à sa carrière de joueur. (L'Equipe)
Carlos Bianchi a débuté son aventure en France à Reims. C'est aussi en Champagne qu'il mettra un terme à sa carrière de joueur. (L'Equipe)

Un départ "politique" au PSG

«Ç'a été un hasard d'y être allé : il me restait deux ans de contrat avec Reims. En plus, en fin de saison précédente, on était parvenu à jouer la finale de la Coupe de France (NDLR : défaite 2-1 face à Saint-Étienne). On n'avait pas une mauvaise équipe. Mais ce départ a été une décision politique. Le maire de Reims, Jean Taittinger, qui était en place depuis vingt ans (NDLR : dix-huit exactement) a vu son mandat s'arrêter. Aux élections, un maire communiste, Claude Lamblin, a été élu et a affirmé que la mairie ne donnerait plus de subventions au club et qu'il fallait donc vendre des joueurs. Pour lui, le seul capital du Stade de Reims, c'était moi.
«J'étais content d'aller à Paris, surtout avec un président extraordinaire comme Daniel Hechter»
Daniel Hechter, le président du PSG, a été au courant de ça et il est venu me chercher. J'ai été vendu pour 1,5 million de francs. J'étais content d'aller à Paris, surtout avec un président extraordinaire comme Daniel Hechter. C'était un Monsieur. Qu'il soit président a beaucoup compté dans ma décision d'aller au PSG. Il avait la parole, et c'était le plus important pour moi. J'ai passé deux années dans un club qui souffrait beaucoup à l'époque parce qu'il n'y avait pas beaucoup d'argent. Il y avait de bons joueurs mais, et je ne sais pas pourquoi, nous n'avons pas obtenu de meilleurs résultats. En 1977-78, on a terminé onzième et treizième en 1978-79. Personnellement, ça s'est bien passé puisque j'ai marqué 37 puis 27 buts et j'ai terminé meilleur buteur du Championnat. Je n'ai jamais prêché pour l'individuel mais pour le collectif. Malheureusement pour nous, nos résultats n'allaient pas avec ma réussite donc je n'étais pas satisfait à 100%.»
En France, Carlos Bianchi aura fait énormément trembler les filets mais n'aura pas remporté le moindre trophée. (L'Equipe)
En France, Carlos Bianchi aura fait énormément trembler les filets mais n'aura pas remporté le moindre trophée. (L'Equipe)

À Strasbourg, le conflit avec Gilbert Gress

«J'avais encore deux ans de contrat. Monsieur Borelli (NDLR : le successeur de Hechter) m'a dit que je devais honorer mon contrat, mais je lui ai répondu que le club n'était pas très professionnel. J'aimais beaucoup le sens du professionnalisme. Depuis que je suis né et que j'ai arrêté les études à quatorze ans, j'ai géré ma vie comme un professionnel du football. J'avais trente ans, cela faisait seize ans que j'avais une mentalité de professionnel. Je savais très bien ce que c'était. Donc quand je vois des choses qui ne le sont pas, ça ne va pas avec moi. Il y avait des décisions qui n'étaient pas prises. Donc je suis parti. Aujourd'hui, je ne travaille plus comme entraîneur pour la simple raison que je ne suis pas certain de pouvoir être à 1000% impliqué dans le football. À Strasbourg, cela ne se passe pas très bien parce qu'il (NDLR : Gilbert Gress, l'entraîneur) a voulu changer ma façon de jouer. J'ai été le meilleur buteur de France au cours de cinq de mes six années. Je n'ai pas été meilleur buteur une année parce qu'on m'avait cassé la jambe (1974-75). Si moi j'étais Mbappé aujourd'hui, où me feriez-vous jouer ? À ma place ! Donc si vous m'achetez, vous ne devez pas changer ma façon de jouer. À Strasbourg, il souhaitait que je sois dans la zone du milieu défensif adverse, en demi-pointe. C'était son problème (à Gilbert Gress), pas le mien.»

Un coéquipier qui l'a impressionné

«Mustapha Dahleb était un phénomène. Lui, il savait tout faire avec un ballon, quitte parfois à en faire un peu trop. Il avait une qualité technique incroyable, une qualité de frappe incroyable.
«Aujourd'hui, je ne sais pas s'il y a un Dahleb en Ligue 1»
Je vais vous dire : aujourd'hui, je ne sais pas s'il y a un Dahleb en Ligue 1. Sur le terrain, on se connaissait très bien, je savais ce qu'il allait faire et il savait comment me trouver. Comme joueur, il n'a pas eu la possibilité d'être reconnu à sa juste valeur. Je peux vous assurer que c'était un joueur avec des qualités qu'on ne voyait pas très souvent.»

Le succès sur le banc de Boca Juniors

«Ce sont des choses incroyables. Dans le monde, Boca est quelque chose d'immense. Ce n'est pas seulement en Argentine. Dans tous les pays d'Amérique, aux États-Unis, en Australie, au Japon... Boca est un club différent des autres du point de vue de la passion. Je suis né à Velez, je suis supporter de Velez, mais c'est bon de reconnaître que Boca Juniors est unique. (Au sujet des deux victoires en Coupe Intercontinentale en 2000 face au Real Madrid et en 2003 face au Milan AC) On a quasiment eu la même équipe pendant deux ans et demi. Contre le Real, les joueurs ont réalisé un match extraordinaire.
«Certains disent que j'ai fait grandir Boca Juniors mais Boca Juniors était déjà très grand avant que j'arrive»
En face, il y avait Figo, Hierro, Guti, Raùl, McManaman, Makelele, Casillas, Roberto Carlos... Avec Del Bosque comme entraîneur. Humblement, on a réussi à être champion du monde. Il est arrivé quelque chose qu'on ne prépare jamais : on a marqué deux buts en moins de dix minutes (NDLR : doublé de Palermo aux 2e et 5e minutes de la partie). Certains disent que j'ai fait grandir Boca Juniors mais Boca Juniors était déjà très grand avant que j'arrive. Les titres vous donnent davantage de renommée. Je suis content d'avoir aidé Boca à être plus grand.»
Bianchi sur le banc, un style qui a souvent conquis les Argentins. (Shajor / PikoPress/PikoPress)
Bianchi sur le banc, un style qui a souvent conquis les Argentins. (Shajor / PikoPress/PikoPress)

Son attachement viscéral au Velez Sarsfield

«Velez se trouvait à un kilomètre de chez moi. Je suis devenu supporter de Velez parce que je m'habillais tous les jours avec ce maillot (NDLR : Il a été joueur entre 1967 et 1973 et entre 1980 et 1984). J'ai eu une belle carrière, j'ai été champion à l'âge de dix-neuf ans, en 1968, avec Velez. En 1993, j'habitais à Paris, je suis rentré en Argentine pour entraîner ce club. On n'aurait jamais imaginé tout ce qu'on a vécu pendant plus de trois ans (1993-1996). On a été trois fois champion d'Argentine, on a remporté la Copa Libertadores et on a été champion du monde (NDLR : Coupe Intercontinentale 1994 remportée face au Milan AC). L'équipe de Milan, celle de Capello, a gagné 4-0 face au Barça de Cruyff en finale de la Ligue des champions 1994 ! Quand on réfléchit bien, c'est incroyable car on disait que l'équipe de Cruyff était le football parfait. Mais le Milan l'a emporté 4-0. Nous, lors de la finale de la Coupe Intercontinentale, on allait jouer contre cette équipe-là ! Un humble club d'un petit quartier de Buenos Aires. Et on les a battu 2-0. On ne l'imaginait tellement pas.»

Son triple refus d'entraîner l'Argentine

«Ce n'est pas un regret parce que c'était ma décision. J'ai dit trois fois non. Le fils de Julio Grondona, l'ancien président de la Fédération argentine (1979-2014) et ancien vice-président de la FIFA, a récemment dit : "Bianchi a toujours été le candidat numéro 1 de mon père." J'ai toujours refusé parce que j'avais des valeurs morales, des valeurs importantes pour moi dans la vie, une façon d'être qui n'allait pas correspondre à la sélection. J'ai dit non en 1998, en mars, juste avant la Coupe du monde en France ; puis en 2004 et en 2006.»

Le football lui manque-t-il, cinq ans après avoir arrêté d'entraîner ?

«Non, je suis très bien avec ma femme. Nous sommes propriétaire de notre temps. Il arrive un jour dans la vie où il faut être propriétaire de son temps. On passe nos journées à travailler, notre vie à répondre à des obligations. Quand on n'est pas très loin du bout, cela fait plaisir de vivre sa vie à sa façon. Je voyage, je me promène, je découvre des endroits que je ne connais pas, je passe des moments avec les gens avec qui j'ai envie de passer. On est très tranquilles à Paris. Comme je vous le disais, on aime bien voyager donc, à Paris, on est un petit peu au centre du monde.»
Timothé Crépin 
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christian.vigourt51 27 avr. à 15:08

Carlos Marga merci pour les bons moment que nous avons passer ensemble a Reims et a gueux et chez les amis a manger des fraisiers que nous avions parier ce sont de formidable souvenirs si tu lis ces mots ont vous embrasse sans oublier Mauro et Brenda

Charbey 27 avr. à 10:57

Quel joueur ! Quel entraîneur ! Un homme bien.

liomel_ducati 26 avr. à 23:28

M. Gress ne voulait pas te faire jouer en demi pointe, mais il voulait que tu reviennes défendre ( comme le faisait Gemmrich et les autres attaquants qui étaient champions avec Strasbourg en 79). C’est exactement ce que demande Deschamps à Giroud, et Laurey à Ajorque. Facile de mettre ton incapacité à marquer sur le dos des autres, car as tu encore été aussi bon buteur après ton passage à Strasbourg ?

CoeurRougeetBlanc 26 avr. à 22:11

Ah Carlos, mon idole. J'en avais presque pleuré lorsqu'il est parti de Reims à Paris, car je suis supporter de Reims.Oh ce match au Parc des Princes entre une entente Reims-PSG contre Barcelone. J'entends encore cette dramatique fracture... Avec Carlos, nous aurions peut-être été champion de France, ou tout au moins sur le podium. Monsieur Bianchi, vous avez tout mon respect.

SaintPatoche 26 avr. à 15:10

Un vrai rebelle Mr Bianchi !!Bon anniversaire !

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