Andrézieux a fait tomber l'OM en 32es de finale. (A. Réau/L'Équipe)
Coupe

Pourquoi les Petits Poucets sont une spécificité française

Viry-Châtillon et Noisy-le-Grand, pensionnaires de Régional 1 (6e division), vont vivre les 16es de finale de la Coupe de France dans la peau des petits poucets. Dans les autres pays, les épopées des petits clubs en Coupe existent peu, voire pas du tout.

Cette saison, sept clubs de National 2 (4e division) - Les Herbiers, Andrézieux, Sète, Saint-Pryvé-Saint-Hilaire, Bergerac, Croix, Vitré - un club de N 3 (5e division), Bastia, et deux clubs de Régional 1 (6e division) - Noisy-le-Grand et Viry-Châtillon - vont participer aux 16es de finale de la Coupe de France. La doyenne des compétitions françaises est la Coupe nationale du top cinq européen qui offre le plus de chance aux petits clubs, amateurs ou non, d'aller loin. Explications.

En France, un format propice aux exploits

En France, tous les clubs ont théoriquement le droit de participer à la compétition, chaque ligue régionale a un quota élargi de clubs à inscrire et se charge d'organiser les tours préliminaires. Les clubs de L 1 n'entrent en compétition qu'au neuvième tour (32es de finale). Mais il n'y a aucune restriction pour le tirage des 32es : chaque club peut affronter tous les autres.
Les amateurs passés par la Ligue 1
Les petits clubs sont avantagés : à partir du 7e tour, la Fédération met en place le système des inversions de matches, ce qui permet à la plus petite équipe de toujours jouer à domicile si elle affronte un adversaire situé au moins deux divisions au-dessus d'elle. De plus, chaque tour se joue en aller simple, avec possibilité de prolongation puis tirs au but. Les chances de créer l'exploit sur un match sont bien plus élevées que sur une confrontation aller-retour, ou avec un match à rejouer en cas d'égalité.

En Angleterre, Cup élitiste et replays peu avantageux

Alors que plus de 6 000 clubs participent à la Coupe de France chaque saison, le nombre d'invitations est bien plus réduit en Angleterre. Cette saison, seuls 736 clubs ont été conviés. Les formations situées entre la 5e et la 10e division (celles évoluant en dessous ne participent pas) doivent passer par un système de qualification très complexe. Seuls 32 de ces équipes parviennent au 1er tour, lors duquel les clubs de D 3 et D 4 font leur entrée en lice. Les clubs de Premier League ne concourent qu'à partir du 3e tour, et il n'y a pas le système d'inversion des rencontres. Par exemple, Everton a reçu Lincoln, club de D 4, au 3e tour cette saison (victoire 2-1), tandis que la rencontre aurait été inversée en France.
Aussi, la formule de replays, les matches à rejouer en cas d'égalité, ne favorise pas les plus petits, qui auraient eu une chance aux tirs au but sur un match unique. Les larges effectifs des clubs de Premier League permettent à tous les clubs de l'élite ou presque de franchir les premiers tours sans encombre. Depuis 1920, aucun club situé au-dessous de la D 2 anglaise n'a atteint la finale de la Cup. Depuis 1915, une seule « non-league team » (en dessous de la D 4) a atteint les quarts de finale : Lincoln (D 5) en 2017.
En 2017, Lincoln avait atteint les quarts, avant d'être sorti par Arsenal. (Presse Sports)
En 2017, Lincoln avait atteint les quarts, avant d'être sorti par Arsenal. (Presse Sports)

En Espagne, trop dur pour les petits

L'Espagne est encore plus élitiste, puisque seuls 83 clubs participent à la Copa del Rey : les 20 de Liga, les 22 de D 2, les cinq premiers des quatre groupes de D 3 et les trois meilleures équipes classées après la 5e place de D 3, ainsi que les 18 champions de D 4. Rien n'est fait pour donner un petit avantage aux clubs, puisque trois tours d'écrémage se disputent sans les clubs de Liga, qui n'arrivent qu'en 16es de finale.
La Fédération répartit les équipes pour que six clubs de D 2 et six clubs de D 3 ou D 4 arrivent en 16es. Mais lors du tirage au sort, les formations de D 3 ou D 4 restantes doivent forcément affronter un club de Liga qualifié en Ligue des champions ou en Ligue Europa ! Elles ont en plus le désavantage de jouer le match aller à domicile lors de leur double confrontation avec les ténors de Liga. Le Barça, l'Atlético et le Real ont ainsi disputé leur 16e contre des clubs de D 3 cette saison, avec match retour à la maison. Pour les petits, cela fait beaucoup trop pour aller loin.

En Italie, les petits ne comptent pas

Plus encore qu'en Espagne (oui c'est possible), la Coupe d'Italie laisse une place infime aux petites équipes, avec 9 formations de Serie D (4e division) et 27 de Serie C (3e division) seulement, pour défier les 20 de Serie A et les 22 de Serie B. Les équipes de Serie C et D s'affrontent lors du premier tour pour un premier écrémage, avant l'entrée en lice des clubs de Serie B à la phase suivante. Un 3e tour, avec les vingt qualifiés et les neuf moins bonnes équipes de Serie A ainsi que les trois promus permet de réduire encore le nombre de surprises, avant un 4e tour qui doit ne laisser que huit équipes qualifiées. Ces derniers survivants sont alors rejoints par huit têtes de série - les huit meilleurs clubs de Serie A de la saison précédente - qualifiés d'office pour les 8es de finale.
L'inégalité ne s'arrête pas là : les huit têtes de série ne peuvent pas s'affronter avant les quarts, puisque le tableau est intégral dès le début de la compétition. On retrouve ainsi généralement les huit cadors de Serie A dans le Top 8 de l'épreuve. Depuis cette saison toutefois, les huit têtes de série n'ont plus l'assurance de recevoir en 8es, ce qui était le cas par le passé. Mais la formule reste un enfer pour les petits.

En Allemagne, on laisse une chance aux petits, mais...

La Coupe d'Allemagne est, après la Coupe de France, celle qui offre le plus de possibilités aux clubs modestes et amateurs. Le nombre de participants est réduit à 64, avec 36 équipes qualifiées d'office, celles de Bundesliga, de D 2 et les quatre premiers de D 3. Vingt et un autres tickets sont attribués aux vainqueurs des Coupes régionales (Verbandspokal) disputées par les clubs de D 3 et divisions inférieures. Enfin, les trois places restantes sont données aux régions avec le plus de clubs, la Bavière, la Basse-Saxe et la Westphalie. Si la répartition de départ laisse une belle place aux « petits » (11 clubs de D 5 au 1er tour cette saison), le format beaucoup moins.
En effet, au 1er tour, les 64 équipes sont divisées en deux pots, selon leur niveau : les 32 meilleures d'un côté, le reste de l'autre. Les formations les plus modestes sont obligées de rencontrer des gros poissons d'entrée, contrairement à la Coupe de France, où il n'y a pas de pot par niveau à l'entrée en lice des clubs de L 1 et L 2, mais par zone géographique. Même si les matches se déroulent toujours sur le terrain des « petits », cela leur complique sacrément la tâche. L'opération est similaire au 2e tour, avec les équipes restantes du pot le plus faible, qui affrontent encore celles du pot le plus fort. Ce n'est qu'à partir des 8es que les distinctions par niveau pour le tirage disparaissent, mais généralement, les formations inférieures ont déjà été sorties. Cette saison, il n'y a plus de club évoluant en dessous de la D 2 en 8es.
Par le passé, deux clubs vainqueurs de leur Coupe régionale ont atteint la finale de la Coupe, le Hertha BSC II (D 3) en 1993 (les réserves de club pro ne peuvent plus participer désormais) et le FC Energie Cottbus (D 3) en 1997.
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