(L'Equipe)

Pourquoi Xavi fait partie des 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde

10 juin - 14 juin : dans exactement quatre jours, débutera le Mondial 2018 en Russie. Jusqu'au coup d'envoi, FF vous livre, par ordre alphabétique, sa liste des 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde. Quatre-vingt dix-septième épisode avec Xavi.

Son histoire avec la Coupe du monde

Si le Ballon d’Or FF 2010 est revenu dans les mains de Lionel Messi pour la deuxième fois consécutive, son coéquipier au Barça Andrés Iniesta (2e) et le Néerlandais Wesley Sneijder (4e) pouvaient prétendre à la prestigieuse récompense individuelle. Mais un autre formidable milieu de terrain aurait pu obtenir sa place aux côtés des Platini, Van Basten et autre Beckenbauer au Panthéon du football. Finalement troisième du classement cette année-là, le métronome Xavi a véritablement sublimé le jeu du Barça mais surtout celui de la Roja lors de la Coupe du monde organisée en Afrique du Sud. Chef d’orchestre de la sélection de Vicente Del Bosque, le petit milieu de terrain fut un formidable passeur au service du collectif lors de cette édition. Toujours dans le bon tempo - comme il l’a démontré en permanence au cours de sa carrière -, avec des transmissions chirurgicales. Des qualités qui n’ont certainement pas été étrangères au titre glané par l’Espagne, où il est apparu comme le principal pourvoyeur de ballon pour David Villa. Moins dribbleur que son compère Andres Iniesta, sa qualité de touche de balle et sa vision du jeu ont constitué un art au cours de cette dix-neuvième Coupe du monde. Une forme d’apothéose pour le Catalan, déjà présent dans la sélection espagnole pour les Coupes du monde 2002 et 2006, mais qui malheureusement achèvera son histoire avec le Mondial par la petite porte. De nouveaux favoris au tournoi 2014 au Brésil, les Espagnols se font gifler d’entrée par les Pays-Bas (1-5) avant d’enchaîner une deuxième défaite de suite face au Chili (0-2), mettant rapidement fin au rêve du milieu de décrocher une deuxième étoile consécutive. Xavi, qui n’a disputé que le premier match, a alors décidé de mettre un terme à son aventure avec la sélection, mais restera à jamais comme l’un des plus grands joueurs que la Roja ait connu.

Le moment marquant

Son corner excellement bien frappé pour la tête victorieuse de Carles Puyol en demi-finale face à l’Allemagne (1-0) fut un modèle du genre, mais sa passe décisive pour le but décisif de David Villa contre le Portugal de Cristiano Ronaldo au stade des huitièmes de finale constitue l’un des épisodes forts de la Coupe du monde sud-africaine. À l’origine du quatrième but du futur attaquant du Barça - il en inscrira cinq dans la compétition - Xavi trouve un relais avec Xabi Alonso dans la moitié de terrain portugaise. Le joueur du Real Madrid effectue une passe éclair pour Andrés Iniesta, positionné à l’entrée de la surface de réparation, et après un une-deux rapide joué avec Fernando Llorente, le n°6 de la Roja adresse une passe de l’extérieur du droit au métronome blaugrana. À cet instant, le monde entier fut témoin de l’incroyable intelligence de jeu de Xavi. Ayant observé le départ de la course de David Villa, placé sur le côté gauche de la surface, l’architecte catalan décale instinctivement d’une merveilleuse talonnade son compatriote, qui trompe Edouardo en s’y reprenant à deux fois. La classe à l’état pure.

Le chiffre : 91

Cette statistique suffit à elle seule pour démontrer l’extrême efficacité du jeu de Xavi. Au cours de cette Coupe du monde 2010, le milieu espagnol a affiché un taux hallucinant de 91% de passes réussies (544 sur 599 tentées), un pourcentage d’autant plus significatif que Xavi essayait de faire jouer son équipe vers l’avant. Le chef d’orchestre a également couvert une distance totale impressionnante de 80,2 kilomètres sur la compétition, soit une moyenne de 11,5 kilomètres par match.

L'archive de FF

Quelques jours après la décision du milieu de prendre sa retraite internationale, FF écrit : «Le style de jeu de l’Espagne, c’est lui. Cet ADN que le milieu a rigoureusement calqué sur celui de son club de toujours, le Barça, affichant tous les rudiments nécessaires à une circulation de balle sans faille, sans cesse à chercher la bonne solution, au bon moment. Mais le simple jeu ne suffit plus, là où Cruyff n’avait pas réussi à comptabiliser un seul trophée avec son équipe nationale malgré le succès de son "football total", Xavi en avait déjà gagné un, l’Euro en 2008, et ce goût de la gloire n’était finalement qu’un amuse-bouche. L’homme devenu une machine de guerre voulait désormais tout rafler, et notamment la Coupe du monde, deux ans plus tard, à l’issue déjà d’une saison incroyablement éprouvante pour lui avec son club. Malgré le changement de sélectionneur et l’arrivée de Vicente Del Bosque à la tête des champions d’Europe, le dispositif reste inchangé et Xavi garda le même rôle central au sein de la Roja. La touche technique apportée par le Barcelonais, accompagnée d’une excellente qualité de passe et d’une incroyable lecture du jeu, ont permis à l’Espagne de confirmer son statut de favori pour le titre mondial.

Malgré une défaite inaugurale en poules contre la Suisse, les Espagnols ont haussé leur niveau au même rythme que celui de Xavi, sacré "homme du match" face au Portugal et à l’Allemagne. Vainqueur, la domination de la Roja et de Xavi, troisième du Ballon FF 2010, à 30 ans, est incontestée. Encore plus quand celui-ci a soulevé un deuxième trophée de champion d’Europe, en 2012, réalisant un triplé historique. Mais, à 32 ans, ce nouveau triomphe annonçait déjà le crépuscule de la carrière internationale du Barcelonais, et la fin de l’âge d’or du football ibérique. Xavi, remplaçant en 2014, a-t-il manqué à l’Espagne qui a subi une telle déroute ? Difficile de répondre, mais il est indéfectiblement lié à période de gloire connue par la Roja. Remplacer l’homme qui a fait entrer l’Espagne dans la légende ne sera pas chose aisée…»

«Il est indéfectiblement lié à période de gloire connue par la Roja. Remplacer l'homme qui a fait entrer l'Espagne dans la légende ne sera pas chose aisée...»

Joffrey Pointlane