Culture foot

Quand R2-D2 joue au foot

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Quand R2-D2 joue au foot

Du 19 au 23 juillet se déroulera en Chine la Coupe du monde des robots. Une seule équipe française y participera. Rencontre avec Olivier Ly qui a piloté le projet.

À l’heure où toutes les écuries de Ligue 1 ou de Ligue 2 préparent la saison à venir, il en est une à Talence, dans la banlieue bordelaise, qui répète inlassablement ses gammes, règle le moindre détail. Mais ici, pas question de parler d’aérobie, de récupération ou de travail foncier. On parle d’algorithmes, d’intelligence artificielle ou encore de capteurs sensoriels. Car, loin des regards, dans l’intimité du laboratoire bordelais de recherche en informatique (LaBRI), Olivier Ly, enseignant à l’université de Bordeaux, et ses six compagnons d’aventure n’ont qu’un but : remporter enfin la Robocup, en Chine, du 19 au 23 juillet, plus précisément, à Hesei, à 300 kilomètres à l’ouest de Shanghai.
L'équipe d'Olivier lors de l'édition 2014.
L'équipe d'Olivier lors de l'édition 2014.
Seul représentant français depuis 2011, ils espèrent faire mieux que leur place de quart-finaliste obtenue en 2014 au Brésil. «Chaque année, cette manifestation accueille plus de 2 500 informaticiens de 30 pays qui travaille dans le domaine de la robotique, explique Olivier Ly. Il existe plusieurs tournois, comme Robot at home où le but est de faire accomplir aux robots des tâches domestiques bien précises. Mais l’épreuve centrale demeure l’épreuve de foot dédiée aux humanoïdes de petite taille (NDLR : 60 ou 90 centimètres, figure également au programme un tournoi pour robots à roue). La première édition remonte déjà à 1996, à Osaka, au Japon.»

Battre des humains d'ici à 2050

Objectif avoué d’un tel rassemblement : être capable d’ici à 2050 de mettre sur pied une équipe de robots capable de battre une équipe humaine. «On en est loin, confie avec un grand sourire Olivier Ly. Vous savez, nos petits protégés ont encore une démarche assez saccadée et ne vont pas très vite. Nous devons en fait relever deux challenges. D’abord, celui de la motricité ; ensuite, celui de l’intelligence artificielle, c’est-à-dire être capable de doter nos humanoïdes d’un raisonnement footballistique entre guillemets. Pour cette édition, par exemple, nous les avons équipés d’une plante des pieds qui devraient leur permettre de mieux sentir le terrain.» Car les organisateurs, dans le but de faire avancer la recherche, pimentent un peu plus chaque année les règles de la compétition.
Ainsi, pour cette édition, les cousins éloignés de R2-D2 devront évoluer sur de l’herbe artificielle. «Cela complique la donne, confirme Olivier Ly. Ce sol un peu mou va gêner les déplacements. Nos humanoïdes ont l’habitude de se mouvoir sur des billards, des sols bien durs. Mais ce n’est pas la seule difficulté à laquelle nous nous heurtons. A l’heure actuelle, on sait parfaitement donner naissance à un joueur d’échecs capable de battre un humain. Mais, pour des robots footballeurs, la donne est totalement différente. Se pose en effet deux problèmes majeurs. D’une part, celui de la vue des humanoïdes. Certes, ils sont équipés de caméras mais ils ne disposent que d’une vision partielle du jeu, du terrain, de ses quatre partenaires et du but. D’autre part, si les échecs peuvent être traduites par des combinaisons logiques, en football, ce n’est pas la même donne. On peut programmer certaines séquences de jeu, comme peuvent d’ailleurs le faire de vrais entraîneurs avec leur équipe, mais tout n’est pas écrit d’avance. Au foot, l’intuition, la prise d’initiative individuelle, humaine est encore difficile à traduite en robotique. Nous entrons alors dans le domaine des probabilités avec tout l’aléatoire que cela comporte. Mais les choses avancent. Par exemple, l’an dernier, les robots à roue, qui ne connaissent pas les problèmes de mobilité et vont plus vite que nos petits humanoïdes, ont fait 3-3 contre des humains.»

La Chine grande favorite

Et quand on demande au chercheur quelles sont les chances de succès de nos petits Tricolores, il répond tout de go : «Nous sommes une petite structure. Nous ne partons qu’à sept. Les Allemands, par exemple, alignent au total quinze équipes, dont pas moins de trois dans notre tournoi. Les Japonais, eux, comptent une vingtaine de personnes pour chouchouter leurs petits protégés. Mais tout est possible.» Alors, là aussi à la fin ce sont les Allemands qui gagnent ? Apparemment non, car depuis deux ans l’université chinoise de Zhejiang dans la province de Shanghai a remporté le titre.
 
Laurent Crocis 
 
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