bernard (quentin) (V. Michel/L'Equipe)
Ligue 2 - Brest

Quentin Bernard (Brest) : «Furlan ? Une main de fer dans un gant de velours»

Quentin Bernard est un épicurien dans l'âme. Tant dans son couloir gauche où il affectionne le goût de l'effort que quand il ouvre une bonne bouteille de vin. Entre un entraînement et un goûter associatif, le boute-en-train du Stade Brestois s'est confié, avec fraîcheur et sincérité, sur sa saison remarquée, ses liens avec Furlan et ses espoirs d'élite.

«À six journées de la fin du Championnat, le Stade Brestois (62 pts) est deuxième avec sept points d'avance sur le troisième (Troyes, 55pts). Ca sent bon la montée ?
Ca sent bon en effet ! Avec les gars, on commence forcément à en parler un peu. Mais on reste concentrés. Pendant deux années, on est restés sur notre faim en ratant le coche pour pas grand chose. Cette fois, on ne veut vraiment pas se louper.

Après deux saisons et demi à Brest (arrivé au mercato d'hiver en 2016 de Dijon), vous avez désormais trente ans. Quel est votre rôle dans le vestiaire ?
Je suis clairement le boute-en-train du vestiaire (rires). J'aime beaucoup rigoler, chambrer. Je vais avoir trente balais mais j'ai toujours gardé mon âme d'enfant. J'ai beaucoup de recul sur le métier que je fais. Mon job, c'est quand même de faire un foot tous les matins avec mes copains. Je ne comprendrai jamais ceux qui viennent à l'entraînement en rechignant.

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À part vous, quels sont les plus gros chambreurs de l'équipe ?
Gaëtan Charbonnier, Mathias Autret, Julien Faussurier, ils sont pas mal aussi... Mais je suis le number one ! Même Jean-Marc Furlan contribue. Le staff est bon public. On a un beau groupe de débiles (rires). Mais, au-delà de ça, le vestiaire est très uni. Il n'y a pas de clan. Les remplaçants poussent les titulaires. Une vraie bande de gagnants. Je n'ai jamais vu une telle cohésion de groupe.

«Je suis du genre à m'ouvrir une bonne bouteille de vin»

Vous aimez rigoler sur Twitter aussi où vous êtes très actif ...
Je suis sur les réseaux sociaux pour deux raisons. D'abord, parce que je suis loin de ma famille et j'aime leur faire partager des vidéos du vestiaire pour montrer mon quotidien. La deuxième raison, c'est qu'on est très soudés avec nos supporters. On les a soutenus sur Twitter mi-mars quand ils avaient été interdits de déplacement à Lorient. Une semaine avant, on prend 2-5 à domicile (contre Valenciennes) et ils ont mis une ambiance de feu. Ca crée une émulsion et permet d'avoir un rapport plus direct avec eux.
Vous semblez beaucoup relativiser quant à votre carrière professionnelle...
Il faut faire la part des choses. Je viens juste d'être papa et pour mon enfant, que je revienne du match en ayant gagné 3-0 ou en ayant pris une valise, il n'en a rien à secouer. Puis, sans ma vie perso à côté, le foot me gonflerait. Je suis du genre à faire un beau resto ou à m'ouvrir une bonne bouteille de vin de Bourgogne, surtout quand j'étais à Dijon.
«J'aime faire le bon décalage, faire la bonne passe au bon moment.»
Revenons au terrain où vous enchaînez les bonnes performances. Quelle est votre principale qualité dans le jeu ?
Physiquement, je ne vais pas très vite. Donc je ne suis pas un feu follet. Moi, j'aime faire le bon décalage, faire la bonne passe au bon moment.

Vous êtes même décisif cette année (quatre passes décisives en Ligue 2). C'est gratifiant ?
Au début de ma carrière, à Niort ou à Dijon, on ne m'a pas donné les clés pour réussir le centre juste. Il n'y avait pas de méthode de travail. Résultat : j'ai dû faire trois passes décisives en six saisons professionnelles. Depuis que je suis à Brest, j'ai appris à centrer au bon moment, notamment pour Gaëtan Charbonnier. L'année dernière j'en fais cinq, cette année quatre. Je suis plus juste dans la dernière passe.

Voir Pascal Gastien (son premier coach à Niort entre 2008 et 2015, NDLR) être élu meilleur entraîneur de Ligue 2 en 2018 par France Football a dû vous faire plaisir...
Ca ne serait que moi, je lui donnerais le titre tous les ans. J'avais une relation particulière avec lui. Il m'a connu gamin et c'est lui qui m'a fait franchir toutes les étapes. C'est un technicien hors pair. Il se ressemble avec coach Furlan. Ce sont des entraîneurs qui passent leur vie au travail... Des perfectionnistes ! Sans lui, il n'y aurait pas de Quentin Bernard au haut niveau. Je ne le remercierai jamais assez. Il a changé ma vie.
Vous avez aussi tissé des liens forts avec Jean-Marc Furlan...
Hors Pascal Gastien, si je devais retenir un coach, c'est Jean-Marc Furlan. Il est attachant, c'est une main de fer dans un gant de velours. Il sait être carré quand il faut, être proche de ses joueurs, faire passer le bon message et garder tout le monde en osmose. C'est un très bon communiquant. Puis, il a ce côté bon vivant du Sud-Ouest, j'aime ca. Le vestiaire est unanime.

Quelle est sa méthode de travail ?
Cela se base sur beaucoup de travail physique. Je ne me suis jamais autant entraîné qu'à Brest. Dans la semaine, on fait deux entraînements basés sur le travail physique bien que quasiment toujours avec le ballon. C'est très rare en France. C'est un véritable passionné du jeu, de Cruyff, de Guardiola... Il se documente énormément pour développer son jeu de possession.
Vous avez déjà goûté à la Ligue 1 avec Dijon en 2015. Que retenez-vous de cette expérience ?
Elle est mitigée car j'ai fait seulement sept matches. Après c'était mon rêve de gamin de jouer contre l'OM, Saint-Etienne... Mais la fin a été brusque, les dirigeants dijonnais ont voulu me dégager et m'ont manqué de respect. Si je pouvais y regoûter dans des conditions différentes, ca serait génial. Après, vaut-il mieux peu jouer en Ligue 1 ou s'éclater en Ligue 2 ? Je ne sais pas. On y réfléchit en ce moment avec ma femme.

Après plus de 200 matches de Ligue 2, pensez-vous avoir le niveau pour bien figurer dans l'élite ?
Sur les matches que j'ai joués, je n'ai pas été ridicule. Mais les dés étaient pipés à Dijon en Ligue 1 donc je n'ai pas eu beaucoup l'opportunité de montrer mon niveau. J'aimerais en avoir une nouvelle, même si ce n'est pas une fin en soi.
«Avec Johan Gastien, on veut monter un bar à vin avec tapas et fromage, à La Rochelle.»
Espérez-vous que ce sera avec le Stade Brestois ?
J'aimerais, vraiment ! Mais je pense que ça ne sera pas avec Brest... Le club ne m'a toujours pas fait de proposition de prolongation aujourd'hui. Et personnellement, je ne sais pas si je voudrais rester au club sans Jean-Marc Furlan (qui aurait annoncé son départ à ses joueurs selon RMC Sport, NDLR). Maintenant, je pense au présent et je veux accrocher cette belle accession avec les copains pour faire la fête avec nos supporters. On verra pour mon avenir après.

Vous arrivez dans la dernière partie de votre carrière. Quels objectifs vous fixez-vous ?
Je suis toujours resté en France. Si j'ai l'opportunité de partir à l'étranger, ça pourrait être une belle aventure tant humaine que footballistique, avec une autre langue, une autre culture. Mais ça, il ne faut pas le noter, ma belle-mère ne va pas trop aimer (rires).

Et après votre carrière sportive ?
Ca fait peur car c'est comme une petite mort en fait. Je ne prendrai plus jamais autant de plaisir qu'aujourd'hui. Mais la vie est encore longue. Le secteur de la diététique m'intéresse. Sinon, j'ai un autre projet. Avec Johan Gastien (ancien coéquipier à Niort, Dijon et Brest, aujourd'hui à Clermont Foot, NDLR), on veut monter un bar à vin avec tapas et fromage, à La Rochelle. Le problème, c'est que si on y arrive, nos femmes vont nous quitter !»
Propos recueillis par Augustin Audouin
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