Soccer Football - World Cup Qualifiers Europe - Group D - France v Ukraine - Stade de France, Saint-Denis, France - March 24, 2021 France's Raphael Varane REUTERS/Christian Hartmann (Reuters)

Question(s) d'équilibre pour une équipe de France à la recherche d'un plan B

Prévisible, peu créative et sans énergie mercredi face à l'Ukraine (1-1), l'équipe de France doit trouver la bonne formule face à des adversaires qui l'attendent et savent de mieux en mieux comment contrecarrer son plan A.

Depuis le 14 novembre dernier, et ce match de patron remporté à Lisbonne face au Portugal (1-0), l'équipe de France a balayé quelques doutes. Son plan A, en 4-4-2 asymétrique, offre toujours des garanties collectives incontestables lorsque le niveau s'élève. Didier Deschamps a eu beau s'ouvrir à d'autres systèmes ces derniers mois (avec trois défenseurs centraux en septembre, puis un milieu en losange en octobre), cette organisation découverte durant la dernière Coupe du monde a toujours (logiquement) ses faveurs. Problème : face à des adversaires plus modestes, très regroupés et mieux familiarisés aux qualités et aux défauts de ce 4-4-2, malgré des profils plus déséquilibrants alignés, les Bleus patinent. Après la Finlande en novembre (0-2), l'Ukraine l'a démontré mercredi (1-1), même si ses trois tirs tentés seulement et la première demi-heure assez convaincante des Français auraient dû permettre d'éviter l'accident. Alors que se profilent deux déplacements, au Kazakhstan dimanche puis en Bosnie mercredi, le sélectionneur et son staff doivent vite établir leur plan B.

Voir aussi :
- Les notes des Bleus contre l'Ukraine
- Le milieu des Bleus en panne de créativité

Comment tirer le meilleur de Mbappé ?

L'émergence de Kingsley Coman et l'évolution de Kylian Mbappé ont forcément redistribué certaines cartes au moment de constituer le onze de départ des Bleus. Aligner les deux dragsters sur les ailes mercredi pouvait laisser croire à une créativité et une dangerosité renforcées, mais il n'en a rien été malgré la prestation encourageante du Bavarois côté droit. En face, son compère parisien a été cerné par la défense adverse, isolé de ses partenaires d'attaque et s'est parfois enfermé dans des initiatives individuelles. Au-delà de son positionnement de base, sensiblement identique à celui occupé au PSG, ce sont les zones d'activité de Mbappé qui sont à repenser, afin de pouvoir lui offrir de meilleures munitions, de l'espace et des solutions autour de lui. Pour mieux s'épanouir, il a besoin de davantage de liberté(s), d'autant qu'il ne deviendra sans doute jamais irréprochable dans son replacement et son activité sans ballon. Dans ces conditions, tout invite à le "recentrer" sans l'enfermer dans une position d'avant-centre pur qui ne lui correspond pas encore.

Comment varier l'animation offensive ?

Pour clore le chapitre Mbappé-Coman, le fait de ne pas avoir vu les deux hommes permuter -au moins ponctuellement- au Stade de France mercredi a été au mieux frustrant, au pire franchement irritant. Même si au-delà de leur cas, les Bleus ont globalement été trop peu capables de multiplier et coordonner leurs mouvements pour désorganiser une défense ukrainienne de plus en plus regroupée. Si Antoine Griezmann a encore arpenté le terrain en largeur comme en longueur, ses déplacements ont été annihilés par l'apathie de ses partenaires, notamment un Adrien Rabiot qui a attendu son replacement côté gauche pour fournir quelques courses verticales bienvenues. Fâcheux, d'autant que le Bianconero n'a pas non plus suffisamment pesé par son jeu de passes. En une demi-heure, Paul Pogba a ainsi réussi plus de passes vers l'avant (12/12) que lui en 90 minutes (11/13). Preuve que les solutions étaient trouvables bien que limitées entre les lignes, et que le Red Devil est toujours aussi indispensable dans ce registre. Le profil d'un Thomas Lemar, qui aime se réaxer pour participer à l'élaboration du jeu, est une piste à creuser, sans doute, pour rendre cette équipe de France moins prévisible et faire sauter le verrou face à des adversaires positionnés en bloc bas et compact.

Comment débrider les défenseurs centraux ?

Mais pour apporter plus de variété devant, encore faut-il que les premiers relanceurs se débarrassent de leur traditionnelle timidité. On n'a que trop vu, depuis plusieurs années, des circuits de passes monotones, latéraux, sans risque, de la part de défenseurs pourtant peu ou pas sous pression. Vous voulez un exemple type ? Face à l'Ukraine, Raphaël Varane a distribué 41 ballons (!!!) vers Benjamin Pavard, contre 5 chacun pour N'Golo Kanté, Adrien Rabiot et Paul Pogba. Un symbole du manque d'imagination du vice-capitaine français avec le cuir, toujours aussi réticent à l'idée d'aller fixer la première ligne de pression adverse pour tenter de la déstructurer. Mais le Madrilène est-il nécessairement celui qu'il faut blâmer, quand on assiste régulièrement à l'anesthésie de certains sous le maillot bleu (Kimpembe, Lenglet, Umtiti, Upamecano... en attendant Koundé) alors qu'il font preuve chaque week-end d'initiatives souvent brillantes balle au pied ? Pour continuer d'évoluer, il s'agirait de lâcher la bride, dans les consignes comme dans les actes, pour en tirer plus de bénéfices en bout de chaîne.