FF - France-Suède

Qui es-tu, John Guidetti ?

Avant de devenir le meilleur ami de Layvin Kurzawa et l'attraction du Celtic, John Guidetti est passé par bien des chemins. De Stockholm à Glasgow, en passant par Nairobi ou Manchester, l'attaquant au caractère bien trempé, présenté comme le successeur de Zlatan Ibrahimovic, a toujours été animé par un but : «Devenir le meilleur joueur du monde».

Elle a débuté il y a à peine 22 ans, mais la vie de John Alberto Guidetti a déjà tout d’un roman. Né à Stockholm, parti vivre au Kenya entre 10 et 14 ans (son père travaillait pour un projet éducatif à Nairobi), repéré par Manchester City une fois rentré au pays, l’un des attaquants les plus prometteurs de sa génération refait surface depuis deux mois après deux ans de galères. Arrivé en prêt au Celtic début septembre, Guidetti y a déjà inscrit 9 buts en 10 apparitions et été sacré joueur du mois d’octobre par la Scottish Premier League. Des performances qui lui ont permis de retrouver la sélection A suédoise, qui affronte la France au stade Vélodrome ce mardi. «En Ecosse, c’est la star montante, confirme Anthony Andreu, milieu de terrain de Hamilton et meilleur buteur du Championnat. C’est un super joueur, tu sens qu’il peut être dangereux à tout moment. Ce n’est ni le plus rapide, ni le plus costaud, mais il a le sens du but.»
(Reuters)
(Reuters)
Le public français a découvert ce joueur aux origines italiennes et brésiliennes (par ses grands-parents paternels) le mois dernier, lorsqu’il avait ''rendu'' son chambrage à Layvin Kurzawa à la fin du fameux barrage retour à l’Euro Espoirs entre les deux sélections (4-1). John Guidetti, c’est un personnage au caractère bien trempé («sur le terrain, je n’ai pas du tout eu l’impression que c’était une tête de con», tempère Andreu), mais surtout un joueur pétri de talent, pour qui Roberto Mancini avait fait des pieds et des mains afin de le conserver en 2011, alors qu’il s’apprêtait à quitter Manchester City. Quelques mois plus tard, Ronald Koeman avait qualifié de «phénoménal» le gamin de 20 ans qui enfilait les buts sous ses ordres avec le Feyenoord Rotterdam.

Avril 2012, l'anniversaire maudit

Car c’est aux Pays-Bas que la carrière professionnelle de celui qui ne cache pas vouloir «devenir le meilleur footballeur du monde» a décollé, lors de la saison 2011-2012. Débarqué en prêt au mois de septembre, Guidetti est alors vite devenu une référence en Eredivisie, marquant 20 fois en 23 apparitions, dont un triplé lors du Klassiker face à l’Ajax (4-2).
(L'Equipe)
(L'Equipe)
«J’allais devenir le plus jeune joueur de l’histoire de la Suède à jouer un Euro, prétendant à débuter chaque rencontre aux côtés d’un grand joueur comme Zlatan Ibrahimovic, confiait-il dans un entretien au Guardian, en janvier 2014. Je volais. Tout était génial…» Jusqu’à cette maudite soirée d’avril célébrant son vingtième anniversaire. A minuit, il se sent mal et quitte la fête, avant de souffrir de maux d’estomac durant une dizaine de jours. Ce n’est que le début des galères, puisque le jeune homme se rend compte qu’il n’a plus aucun équilibre et que sa jambe droite est paralysée ! Une simple intoxication alimentaire serait à l’origine du mal : en agissant dans son estomac, les anticorps de Guidetti auraient également attaqué son système nerveux, selon les médecins.

«On pleure tous, mais quand les larmes sèchent, on devient plus fort»

Sa guérison est longue et sa progression est stoppée net. Il ne rejouera qu’au mois de janvier 2013 avec l’équipe réserve des Citizens, avant de devoir se faire opérer d’un genou trois mois plus tard… S’il a retrouvé l’intégralité de ses moyens physiques depuis un an, John Guidetti n’a évidemment rien oublié de ces deux années compliquées. Sur son bras droit s’affiche un tatouage où on peut lire les paroles d’une chanson de l'artiste jamaïcain Tarrus Riley : «On pleure tous, mais quand les larmes sèchent on devient plus fort.» Fan de musique, l’attaquant a d’ailleurs affiché ses talents de rappeur il y a quelques jours en compagnie de son coéquipier au Celtic, Virgil van Dijk (à 0'59'').
Après sa carrière, il veut retourner vivre au Kenya
A Glasgow, Guidetti revit. Car faire trembler les filets est la seule chose après laquelle il court. «Marquer devant 50 000 personnes, c’est incroyable. C’est la meilleure sensation au monde», assurait-il lors de sa présentation. Personnage atypique, le joueur de 22 ans a répété plusieurs fois qu’il comptait retourner vivre à Nairobi une fois sa carrière terminée : «Là-bas, je me suis développé sur et en dehors du terrain. Et croyez-moi, c’est le plus bel endroit au monde.»

Zlatan, grand frère et père fouettard

En attendant, il espère suivre les traces de deux de ses plus illustres compatriotes : l’idole de Celtic Park, Henrik Larsson, et le meilleur buteur de sa sélection, Zlatan Ibrahimovic. Avec ce dernier, Guidetti possède d’ailleurs quelques points communs, notamment la puissance de sa frappe (voir plus bas). Et le fait de n’avoir jamais la langue dans sa poche : «Je parle beaucoup et je dis ce que je pense, lâchait-il au Guardian en janvier dernier. Je suis allé aux Pays-Bas en disant que j’allais marquer 20 buts, et je l’ai fait. Tu es blessé pendant deux ans et tu vois des gens dire ''Il n’est rien''... Ces gens qui disaient que je n’y arriverais pas, ils vont le regretter.» Et peu importe s’il ne devient pas prophète en son pays : «Croyez-moi, Zlatan, les gens ne l’aiment que depuis peu de temps. Avant, personne ne l’aimait. En Suède, il n’est pas permis de se faire des éloges à soi-même.»
«J'ai lu l'autobiographie de Zlatan. C'est un des seuls livres que j'ai lus. En fait, c'est le seul livre que j'ai lu !»
Au printemps dernier, le géant parisien avait invité celui qu’on présente comme son successeur à accumuler du temps de jeu plutôt que des phrases chocs. Avant de louer ses progrès la semaine passée en conférence de presse : «Il joue et marque des buts, c’est bien qu’il laisse ses pieds parler pour lui. Peut-être m’a-t-il écouté » Guidetti, lui, n’a pas l’intention de changer : «A trois ans, j’étais un petit con arrogant, et je suis toujours un petit con arrogant aujourd’hui.» Ce qui ne l’empêche d’avoir un grand «respect» pour son aîné. «J’ai lu son autobiographie. C’est un des seuls livres que j’ai lus. En fait, c’est le seul livre que j’ai lu ! Est-ce qu’un jour j’aurais le mien ? J’en suis très loin.» Le roman attendra, mais un nouveau chapitre pourrait tout de même s’écrire ce mardi au stade Vélodrome.
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