Soccer Football - Premier League - Newcastle United v Arsenal - St James' Park, Newcastle, Britain - August 11, 2019  Arsenal Managing Director Vinai Venkatesham and Arsenal Head of Football Raul Sanllehi after the match  Action Images via Reuters/Carl Recine  EDITORIAL USE ONLY. No use with unauthorized audio, video, data, fixture lists, club/league logos or
Grand Format

Raul Sanllehi et le nouvel ordre d'Arsenal

Homme discret et expérimenté, Raul Sanllehi a été l'un des protagonistes majeurs de l'été XXL des Gunners. Avec ce que ça implique comme changements radicaux dans l'organisation et la doctrine d'Arsenal. Portrait.

Du côté de l'Emirates Stadium, à écouter certains supporters d'Arsenal, «Don Raul» mériterait sa statue aux côtés des Thierry Henry, Denis Bergkamp et Arsène Wenger. Pourtant, le bonhomme n'a pas claqué 226 buts avec le maillot des Gunners. Il n'a pas non plus inscrit un but devenu légende face à Newcastle, et encore moins remporté le titre de champion d'Angleterre en restant invincible toute une saison. Mais en cet été 2019, alors qu'Arsenal s'apprête à attaquer une troisième saison d'affilée sans Ligue des champions, le nouveau directeur du football a redonné de la saveur à une période de transferts devenue hantise pour les fans du club londonien. A l'Emirates Stadium, où il est arrivé en février 2018, Sanllehi a avancé ses pions, dans l'ombre, pour faire grimper son influence suite aux départ d'Arsène Wenger, du directeur exécutif Ivan Gazidis et du chef du recrutement Sven Mislintat. Jusqu'à piloter, en compagnie des nouvelles têtes dirigeantes du club, le mercato le plus abouti et onéreux de l'histoire d'Arsenal.
Pourtant, avant cet été 2019, Raul Sanllehi ne disait pas grand chose de son travail et de sa personne au public des Gunners. «C'est une personne discrète, qui n'aime pas les interviews, les photos, qui se met toujours en retrait des caméras quand une nouvelle recrue est présentée», éclaire Sergi Solé, rédacteur en chef du journal catalan Mundo Deportivo. Depuis ses débuts dans le monde du ballon rond, le rebondi directeur du football, lunettes rectangulaires vissées sur le nez, n'a jamais accordé un mot dans la presse. Le bonhomme est un type de coulisses au carnet d'adresses incommensurable. Il entretient de bonnes relations avec la plupart des mastodontes européens, avec les agents les plus prépondérants de la planète foot mais aussi avec l'UEFA, devant laquelle il a porté le très controversé projet de Super Ligue européenne selon le Spiegel. En somme, le genre de personnage à l'influence tentaculaire qui manquait au club londonien pour élargir ses relations sur le marché des transferts.

Nike, le Brésil et «l'amitié» avec Neymar

Mais alors pourquoi avoir choisi Arsenal, un club en perte de vitesse et désespérément à la recherche d'un second souffle ? Dix-sept ans après ses débuts dans le monde du football, Raul Sanllehi «voulait relever un autre défi et assumer un statut de numéro un», croit savoir Sergi Solé. Assez différent de celui qu'il possédait au FC Barcelone, où il a travaillé entre 2002 et 2018, d'abord à la section marketing, puis au poste de directeur du football, où il était essentiellement chargé de négocier les contrats et convaincre les joueurs. Car Raul Sanllehi ne vient pas de l'univers du ballon rond. Il avait beau être un grand supporter du Barça et avoir pratiqué le foot à un niveau modeste, il ne connaissait rien de ses rouages avant de mettre un pied chez les Blaugranas. «C'est un mec très malin, très dégourdi, juge un ancien salarié du Barça. Il s'est forgé avec des personnalités du football comme Sandro Rosell (qu'il a côtoyé chez Nike, où il a travaillé pendant plusieurs années) et a perçu cela comme une opportunité d'évoluer dans un monde où il manque de bons gestionnaires et des mecs capables de bien négocier.» Parfaitement bilingue, Sanllehi a fait ses études à l'IESE, l'une des écoles de commerce les plus prestigieuses du monde. «Il a beaucoup de connaissances sur les finances, l'économie, la comptabilité, les lois fiscales de chaque pays... Il saurait parfaitement vous dire le taux d'imposition en Allemagne, en Italie, faire la conversion en brut et en net», développe Sergi Solé.
«C'est un mec très malin, très dégourdi. Il a vu une opportunité d'évoluer dans un monde où il manque de bons gestionnaires et des mecs capables de bien négocier» (Un ancien salarié du Barça)
Chez Nike, Sanllehi se fait ses premiers contacts et noue des relations en Amérique du Sud. Quelques années plus tard, alors au Barça, il supervise le développement de l'école du Barça Lujan en Argentine. Sous la houlette de «Don Raul» et avec les débuts fracassants de Lionel Messi, l'influence du club blaugrana grandit de l'autre côté de l'Atlantique. Le projet à venir ? S'implanter durablement au Brésil. Là aussi, Sanllehi sera en première ligne, aux côtés de Pepe Costa, un ancien employé de Nike, et d'André Cury, agent brésilien controversé et dont la société fut condamnée en 2015 pour fraude fiscale. Jusqu'en 2012, où il devient officiellement salarié du Barça, Cury entretient l'opacité sur son rôle réel. «Au Brésil, tout le monde assume le fait qu'il est le représentant officiel du Barça dans chaque transfert», lâche un journaliste local. Qu'importe, avec cet intermédiaire sulfureux, aperçu à la sortie de la Factory (le siège du PSG, ndlr) en compagnie de Pini Zahavi la semaine dernière dans le feuilleton Neymar, Raul Sanllehi développe son réseau au pays de la samba. Et il sera le principal protagoniste du transfert du prodige brésilien de Santos à Barcelone en 2013, au terme d'un travail de longue haleine auprès du joueur et de son père. «Il a travaillé avec l'entourage de Neymar, a voyagé avec la sélection du Brésil pour mieux connaître le personnage. Neymar et lui avaient une très bonne relation, ils étaient amis», rembobine Sergi Solé. Dès lors, Sanllehi deviendra l'intermédiaire officieux du Barça avec le clan Neymar. Et c'est sûrement ce qui lui coûtera sa perte d'influence en 2017, lorsque l'international auriverde manifestera son désir de quitter la Catalogne. «Certains dirigeants du Barça le pensaient responsable du départ de Neymar», poursuit Sergi Solé.

Diplomate mais franc du collier

Un couac qui n'a pourtant rien enlevé à la réputation de l'intéressé. Dans les arcanes du football, l'art du consensus est particulièrement dur à maîtriser. Pis, il est ardu de ne pas se faire des ennemis. Et d'avis communs, Raul Sanllehi fait partie de ces personnages capables de se muer en habile médiateur. Dans un mélange de bonhomie diffuse et de franc-parler, l'Espagnol fait souvent l'unanimité. «C'est quelqu'un de sanguin, avec du caractère, mais il est franc du collier, il dit ce qu'il a à dire, que ça plaise ou non», soutient l'agent de joueurs Stéphane Courbis. Ce qui n'empêche pas le nouveau dirigeant d'Arsenal de faire preuve de diplomatie quand c'est nécessaire. Un de ses proches sourit : «Il est supporter du Barça, moi du Real, il est plutôt en faveur de l'indépendance de la Catalogne et j'y suis totalement opposé. Mais c'est quelqu'un de très ouvert, on peut toujours discuter avec lui.»
«C'est quelqu'un de sanguin, avec du caractère, mais il est franc du collier, il dit ce qu'il a à dire, que ça plaise ou non» (Stéphane Courbis, agent de joueurs)
Rien d'étonnant, en somme, si l'intéressé a gardé son poste au Barça sous trois présidences différences (Laporta, Rosell, Bartomeu). Lors de la passation de pouvoir entre les deux premiers, qui se détestaient particulièrement, Sanllehi a été l'un des seuls à résister à la purge entreprise dans l'organigramme du Barça. Laporta lui a donné beaucoup de responsabilités pour qu'il devienne l'homme fort du Barça devant l'UEFA et l'ECA, l'association européenne des clubs créée en 2008. Jusqu'à murmurer à l'oreille de Gianni Infantino, secrétaire général puis président de la FIFA, qui apprécie particulièrement ce technocrate plein d'idées et de relations. «Il a un vrai feeling avec les gens, il est toujours prêt à engager la conversation, à donner son opinion. C'est un mec très dynamique», murmure un ancien collaborateur.

Le nouveau dogme des Gunners

Des vertus essentielles au moment d'atterrir dans l'organigramme de cet Arsenal New Look. Ivan Gazidis, l'ancien directeur exécutif du club désormais au Milan, a fait appel à Sanllehi - et d'autres - précisément pour mettre fin à l'organisation verticale qui prévalait chez les Gunners, dans le sillage d'Arsène Wenger. «Raul est plus sur le côté business, Huss Fahmy (un ancien de la Team Sky, ndlr) avec un oeil sur le terrain et le recrutement et Edu Gaspar apporte son aura d'ancien grand joueur», détaille Stéphane Courbis. Mais cet agencement plus collégial n'exclut pas les luttes d'influence, bien au contraire. Et à ce petit jeu, Raul Sanllehi s'est très vite imposé. Il a d'abord réussi à convaincre les Kroenke de prendre Unai Emery pour officier sur le banc, même si Luis Enrique était son premier choix. Puis, il a réussi à provoquer le départ de Sven Mislintat, le chef du recrutement débauché à Dortmund, avec qui Emery et Sanllehi se tiraient dans les pattes.
Derrière cet été agité et ce qu'il a apporté comme satisfaction aux supporters d'Arsenal, il est certain que l'identité du club londonien a changé en ce qui concerne la gestion des contrats et des transferts.
Et cet été, alors que le nouveau directeur technique Edu Gaspar n'était officiellement attendu dans ses fonctions que pour les prochaines fenêtres de transferts, le Catalan a piloté le mercato historique des Gunners. Avec des méthodes parfois plus agressives que celles qui étaient de coutume depuis des années dans le Nord de Londres, à l'image du communiqué plutôt indélicat publié à l'endroit de Laurent Koscielny, ou des incitations à certains joueurs ciblés à partir au clash avec leurs clubs respectifs. «C'est quelqu'un qui est dur en négociations et c'est lui qui décide de beaucoup de choses à Arsenal. Et c'est quelqu'un de très axé business», souffle un agent. Derrière l'affiche clinquante de cet été agité et ce qu'il a apporté comme satisfaction aux supporters d'Arsenal, il est certain que l'identité du club londonien a changé en ce qui concerne la gestion des contrats et des transferts. Elle est sûrement plus abrupte, moins lisse, moins “gentleman”. Autrement dit, elle est davantage pensée par le prisme du business et tout ce que cela implique sur le marché des transferts aujourd'hui, notamment des collaborations avec des agents privilégiés. Les fans des Gunners réclamaient du changement, avec Raul Sanllehi, ils ont été servis. Mais Arsenal avait peut-être besoin de ça pour espérer retrouver son lustre d'antan.
Antonin Deslandes
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Gaucho 1 sept. à 11:59

Elles sont prêtes les valises d'Unai ?Parce qu'avec ce qui est raconté ci-dessus, les Mourinho, Allegri, Blanc et consorts ne vont pas tarder à croasser.Surtout si la venue de Jr est envisagée. Emery deviendrait très vite le Demb?l? du nouveau feuilleton, celui qui empêche par sa presence la venue de la Diva.

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