Denoueix Alonso (L'Equipe)
Retraite

Raynald Denoueix : «Ma lettre à Xabi Alonso»

Entraîneur de la Real Sociedad de 2002 à 2004, Raynald Denoueix a accompagné le début de carrière de Xabi Alonso. Alors que le milieu de terrain espagnol vient d'y mettre un terme, l'ancien technicien a tenu à lui adresser ces quelques lignes, par amour du jeu.

«Xabi, j'ai appris il y a quelques semaines, en lisant El Pais, que tu allais raccrocher. Tu as fait une carrière exceptionnelle, de l'Espagne à l'Allemagne en passant par l'Angleterre. Le Real Madrid, Liverpool, le Bayern, ça veut dire quelque chose, surtout que tu n'as pas fait qu'y passer : tu as profondément marqué ces équipes-là, ces clubs légendaires. Les premières fois que je t'ai vu jouer, c'était sur cassette et en tribunes, alors que je préparais mon arrivée à la Real Sociedad. Tu m'avais vite tapé dans l'oeil, parce que pour moi, comme je l'ai lu récemment, le foot, c'est le ballon dans les pieds et le jeu dans la tête. Tu en es l'exemple parfait. Pour moi le foot, c'est toi.

Je me souviens de ton premier match au Bayern. Tu ne devais pas parler un mot d'allemand à ce moment-là, mais tu étais au milieu du terrain, et tu guidais les autres grâce à ta manière de te déplacer, tes gestes. Tu faisais jouer les autres. Et ça m'avait déjà marqué quand je t'entraînais à la Real Sociedad. Prendre les infos, faire le tri, décider, et réaliser. Tout ça avec intelligence. Tu étais le prototype même du milieu de terrain, et tu étais déjà le cerveau de l'équipe. Après quinze jours d'entraînement, il était évident pour moi que tu allais devenir un très grand joueur.

«Tu vois des choses que d'autres n'imaginent même pas»

Lors de notre seconde saison ensemble, et alors que ton avenir posait question, je t'avais dit de ne pas t'inquiéter. J'étais convaincu que tu jouerais pour un grand club espagnol. J'ai eu de la chance de t'avoir dans mon équipe. Un joueur comme toi, on n'a quasiment rien à lui apprendre. Je n'ai d'ailleurs jamais eu à te recadrer, parce que tu étais un super pro, un bosseur. Tu es de la trempe d'un Pirlo, d'un Iniesta, d'un Xavi, d'un Zidane, positionné plus bas, avec un super ordinateur dans la tête ! Des mauvais matches, je t'ai vu en faire quelques-uns, oui, mais même quand tu commets des erreurs, à côté il y a tellement de choses bien faites, bien pensées... Tu vois des choses que d'autres n'imaginent même pas.

Je ne t'ai jamais senti sous pression, ni déstabilisé. Même quand un Valeri Karpin en fin de carrière -et un peu jaloux- te secouait. Tu as toujours été sûr de ce que tu faisais et convaincu que ton jeu est celui qu'il faut pratiquer. Je n'ai pas vraiment le sentiment de t'avoir fait grandir, ou alors simplement en te mettant dans une équipe où le milieu était à l'origine de la construction du jeu. Les joueurs, on ne leur donne pas leur chance, ce sont eux qui s'imposent. Je voyais bien au bout de quelques entraînements que tu allais faire gagner l'équipe, si tes partenaires proposaient les bonnes solutions. C'était une évidence, il aurait fallu être con ou aveugle pour penser le contraire.
Xabi Alonso avait reçu l'hommage du Bernabeu lors de Real Madrid - Bayern Munich en Ligue des champions. (L'Equipe)
Xabi Alonso avait reçu l'hommage du Bernabeu lors de Real Madrid - Bayern Munich en Ligue des champions. (L'Equipe)

«Tu représentes le foot, et tu incarnes l'idée que j'ai du foot»

Si je devais te définir en un mot, ce serait la passe. Ah oui... À chaque match, tu en fais quelques-unes, oh la la... Des passes du plat du pied de vingt-cinq, trente mètres, des renversements... Des passes géniales, tout simplement. Ta fin de carrière me rend triste, parce que ça fait un super joueur de moins à voir, et parce que tu fais encore partie des meilleurs.

On échange parfois par sms, on s'est brièvement croisé après certains matches, mais il y a tellement de choses que j'aurais voulu te demander... Je ne voulais pas t'ennuyer avec mes questions, quand tu étais au Bayern avec Pep Guardiola, mais ça m'aurait bien plu. Cette barrière de la langue nous a empêchés d'échanger plus en profondeur sur le jeu, c'est un regret. Mais on aura peut-être l'occasion d'y remédier un de ces jours. Ce serait avec grand plaisir. Tu représentes le foot, et tu incarnes l'idée que j'ai du foot. Alors je terminerai en te remerciant. Gracias, Xabi. Ou non, plutôt en basque : Eskerrik asko !»

Raynald Denoueix
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franceatlas.al 20 mai à 23:46

Totalement d accord avec vous, joueur de qualité, intelligent, digne de l image que l on peut avoir du football de haut niveau, un exemple, bonne continuation à lui.