Pierre Lees-Melou  au centre d'entraînement  de Dijon, vendredi dernier.  (MARTIN ALEX / L'EQUIPE) (L'Equipe)
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Récit des années girondines de Pierre Lees-Melou (Nice), de sa formation à Bordeaux à son éclosion en amateur

A quelques heures de Nice-Bordeaux, FF.fr a retracé le parcours de Pierre Lees-Melou dans sa région natale, de son échec chez les Girondins à son épanouissement en CFA2.

Jusqu'alors, Pierre Lees-Melou a connu deux vies bien distinctes. Il y a celle que tout le monde connaît, illustrée par ses deux belles saisons à Dijon, sa montée en Ligue 1, suivie d'un transfert à Nice et de ses premiers pas sur la scène européenne. Et puis, il y a l'autre, radicalement opposée, faite de petits boulots et de football amateur à travers la Gironde. A quelques heures de ses retrouvailles avec Bordeaux, le club de sa région natale, FF.fr a remonté le fil de ses années du côté de l'Atlantique avec ceux qui ont croisé sa route.

Le natif de Langon, cette ville de 7000 habitants située à une demi-heure de Bordeaux, fait ses premiers pas sur un terrain de football à l'US Pierre Monsoise. Bernard Saillan, président du club entre 1998 et 2003, se souvient d'un garçon dont l'intérêt pour le football s'est révélé très tôt : «Pierre venait déjà s'entraîner à 5 ans et demi, alors que normalement on commence à 6 ans. Il arrivait toujours le premier sur le stade quand les autres étaient encore dans le vestiaire, le ballon sous le bras. Et il restait après les autres pour taper dedans, la nuit tombée il était encore là». A l'époque déjà, le jeune Lees-Melou ne cherche pas à briller et préfère faire marquer les autres en délivrant des passes millimétrées. Et même lorsqu'il quitte le pré, le gamin de Saint-Pierre de Mons reste drogué au football. «Pierrot, c'était un vrai passionné, atteste Thierry Fonquernie, son ami d'enfance. J'allais souvent chez lui entre 9 et 13 ans, et on ne faisait que des jeux avec le ballon, toujours au pied. Par exemple, il fallait faire des jongles et mettre le cuir dans une bassine. Ou à la piscine, on se mettait chacun à une extrémité et on devait se marquer des buts en faisant rebondir le ballon sur l'eau. Quand on se voit maintenant, on parle toujours de ces stupides jeux qu'il arrivait à inventer (rire)». Grâce à sa faculté, très tôt, à jouer pour les autres, il est repéré en catégorie poussin. Il part alors faire quelques entraînements à Bordeaux, et tape dans l'œil du staff qui l'emmène à un tournoi à Cannes.

Rendez-vous manqué à Bordeaux

Lees-Melou passe six ans à Bordeaux. Sans jamais se persuader qu'il passerait professionnel. «A l'époque, il était déjà très content d'être en préformation, confie Olivier Hériveau, son entraîneur en U14 et U15. Il n'avait pas encore l'idée de finir pro, c'est quelqu'un qui a toujours vécu l'instant présent sans se prendre la tête». Alexandre Torres, qui l'entraînera quelques années plus tard du côté du Bassin d'Arcachon, confirme : «Il n'aurait pas vécu le fait de ne pas percer comme une déception. C'est quelqu'un qui voit le football comme un jeu, pas comme un ascenseur social». Chez les Girondins, il dénote par sa technique au-dessus de la moyenne, mais aussi par ses capacités physiques, moins évidentes que chez ses coéquipiers. A 16 ans, le milieu de terrain mesure 1,60m. Une petite taille qui alerte ses formateurs. Après avoir enchaîné plusieurs contrats d'un an, Lees-Melou voit son aventure bordelaise s'arrêter nette. Car si le jeune joueur a bien grandi, sa masse corporel reste trop légère «Il était très longiligne, et musculairement, c'était un peu juste pour passer dans les catégories supérieures», se souvient Jean-Luc Dogon, son entraîneur en U17, encore un petit peu étonné aujourd'hui que son ancien joueur soit passé professionnel.
«On était surpris de voir à quel point il doutait. Même en DH, il ne pensait pas s'imposer»
Pour Olivier Hériveau, c'est tout le contraire. L'entraîneur, qui a également officié chez les Girondins et qui croyait profondément en Lees-Melou, n'est pas plus surpris que ça de voir son ancien protégé dans une équipe de Ligue 1. «Quand je l'avais en U14 et en U15, j'avais beaucoup d'espoirs. Mais chaque coach a ses vérités, regrette-t-il. C'était un joueur doué techniquement. Certes, c'était l'un des plus petits du groupe, mais je n'avais pas peur de l'envoyer dans les catégories supérieures à l'époque». Lees-Melou, lui, est fataliste. Il considère que son échec à Bordeaux est aussi dû à son niveau global en tant que footballeur. Le symptôme d'un joueur qui ne s'est jamais imaginé évoluer au haut niveau. «On était surpris de voir à quel point il doutait. Même en DH, il ne pensait pas s'imposer», avoue Alexandre Torres, son entraîneur à Lège-Cap Ferret.

Football plaisir

Au lendemain de son départ de Bordeaux, le milieu de terrain revient au football tel qu'il l'aime. Une passion vécue dans l'insouciance à Mérignac-Arlac - où il passe une demi-saison en parallèle de ses études de management - puis à Lège-Cap Ferret. Sans regrets quant à son aventure chez les Girondins. «Il avait toujours ce plaisir de jouer, il venait dans cette optique de rigoler, il retrouvait sa bande de copains sans aucune amertume vis-à-vis du football», témoigne Thierry Fonquernie  «A Mérignac, c'est vrai qu'il jouait pour s'amuser, mais il était clairement au-dessus des autres, raconte son ancien coéquipier Antoine Vergues. Ce qui me surprenait à 18 ans, c'était sa maturité dans le jeu. J'étais derrière lui en milieu défensif et quand on lui filait le ballon, on savait qu'il allait se passer un truc». Il est alors décrit comme un joueur culoté et adepte du beau jeu, qui enchaîne les ballons piqués par-dessus le gardien et se faufile dans les petits espaces. Des grigris qui pouvait parfois «être énervants» pour ses adversaires, se souvient Fonquernie.
«On le voyait arriver en courant en sortant du travail parce qu'il avait peur d'arriver en retard à l'entraînement»
Celui que l'on surnomme Cétélem, en raison de sa manie de toujours porter le maillot vert du club, ne s'éternise pas à Arlac. Nicolas Sahnoun, ancien Girondin, repère le jeune milieu et le fait venir à l'US Lège-Cap Ferret. La journée, Lees-Melou est animateur dans une école de la ville, puis il vient s'entraîner le soir au stade Louis Goubet. «On le voyait arriver en courant en sortant du travail parce qu'il avait peur d'arriver en retard à l'entraînement», sourit Jordan Galtier, son coéquipier d'alors. Avec son nouveau club, Lees-Melou remporte la coupe d'Aquitaine et est sacré champion de DH. Sa deuxième saison sera celle de la consécration. «Il marchait sur tout le monde, avoue Simon Nassiet, son meilleur ami et partenaire à Lège-Cap Ferret. A chaque match, il remportait les Talents foot National (les récompenses pour les meilleurs joueurs du monde amateur, ndlr). Il a terminé la saison avec vingt buts et une quinzaine de passes décisives au compteur». La machine lancée, Nicolas Sahnoun lui permettra de faire des essais à Dijon. La suite, elle, est connu de tous.

«A Langon, c'est un petit peu notre Neymar»

Dès qu'il a un moment, Lees-Melou n'hésite pas à revenir au pays. Pour voir sa famille d'une part, mais aussi pour faire le tour de ses anciens clubs, qui ont porté le jeune joueur du monde amateur à l'élite du football français. Tous ceux qui l'ont connu s'accordent sur un point : le Langonnais a toujours eu une grande humilité. «Ce qui m'a plu chez lui, c'est le fait qu'il ait la tête sur les épaules, qu'il soit détaché de tout ce qui est bling-bling dans le football», confie Stéphane Canard, son agent. «Il donne beaucoup de son temps quand il revient, pour aller voir les jeunes, faire des photos ou même voir un match à Langon. Les aspects du foot professionnel ne lui ressemblent vraiment pas», confirme Thierry Fonquernie.
Dans la région, le milieu de l'OGC Nice a marqué les esprits. Une page facebook intitulée «Fan Club de Lees-Melou» a même été créée. «Il reste proche de tous ses amis de Langon. Nous, on est devenu niçois comme on était dijonnais l'année dernière. Pierrot, c'est notre grande fierté à nous. Les petits sont fans de lui, c'est un petit peu notre Neymar, sourit la mère de Thierry, qui connaît Lees-Melou depuis son plus jeune âge. On a tous sorti nos pancartes avec écrit ''Allez Pierrot dessus'' quand il est venu jouer au Matmut Atlantique avec Dijon». Une façon d'honorer la simplicité et la progression de l'enfant du Sauternais, symbole de la richesse du football amateur.
Antonin Deslandes Corentin Corger 
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