SPAIN - May,8th: FCB followers during the match between FC Barcelona vs RCD Espanyol, for the round 37 of the Liga BBVA, played at Camp Nou Stadium on 8th May 2016 in Barcelona, Spain. (Credit: Mikel Trigueros / Urbanandsport / Cordon Press)  ---------------------------------------------  SPAIN - Mayo,8: Seguidores del FC Barcelona mostrando banderas independentistas durante el partido de la Liga BBVA entre FC Barcelona vs RCD Espanyol, correspondiente a la jornada 37 disputado en el Camp Nou Stadium el (Mikel Trigueros/CORDON/PRESSE/PRESSE SPORTS)
Espagne - Catalogne

Référendum catalan : tiraillé par différents courants politiques, l'Espanyol Barcelone joue la carte de l'apolitisme

Si le Barça s'est rapidement et clairement exprimé sur le référendum catalan du 1er octobre, son voisin de l'Espanyol est resté fidèle à sa neutralité politique. Mais dans les tribunes, Los Pericos composent avec diverses sensibilités.

En Catalogne, la question brûlante de l'indépendance secoue toute la société. Jusque dans les travées des stades, où la dimension sociale occupe - n'en déplaise à certains - une place prépondérante. Du côté de l'Espanyol, «l'autre» club barcelonais, la tradition veut que les velléités politiques restent en dehors des temples du foot. Cette neutralité de façade cache en réalité des opinions diverses chez les socios du club, des indépendantistes aux ultranationalistes, en passant par les unionistes, partisans d'une Catalogne intégralement espagnole.
 
Alors que, dans l'imaginaire collectif, le Barça s'est accaparé l'identité catalane, l'Espanyol a été rangé - un peu par défaut - dans la case du club patriotique. «Lors de la montée du nationalisme catalan, le club a été catégorisé comme 'l'ennemi de l'intérieur', comme un représentant du pouvoir espagnol au sein même de la Catalogne», écrit Ramon Spaaij, auteur de Understanding Football Hooliganism. Mais l'origine de la rivalité est plus complexe : à leur création, le Barça était le club des étrangers de confession protestante, comme son fondateur Hans Gamper, tandis que son voisin regroupait les acteurs nationaux du catholicisme. «Lors de la dictature de Primo de Ribera dans les années 20, le Barça s'est naturellement identifié aux catalans réprimés et l'Espanyol soutenait implicitement la dictature, raconte Carles Feixa, anthropologue du sport et professeur à l'université de Lleida. Sous Franco, ces identifications ont perduré et le club est devenu l'institution des Catalans se sentant espagnols, qu'ils soient issus de la bourgeoisie conservatrice ou de l'immigration continentale.» De par son histoire, le club est ramené à l'Espagne - comme son nom l'indique - et aux positions unionistes. Mais dans les tribunes, le constat est plus nuancé, et le référendum du 1 octobre permet de prendre la température des disparités politiques.

«Seulement un club de sport»

«L'institution est d'histoire et de fondation catalane mais ça ne veut pas dire qu'il doit militer pour l'indépendance, met en garde Robert Hernando, un ancien membre du conseil d'administration de l'Espanyol. D'autant plus que les supporters du club ont des opinions très diverses.» Adrià Martinez, socios du club depuis 1998, abonde en ce sens : «Au stade, tu peux voir des gens avec toutes les banderoles imaginables : indépendantistes, espagnoles, catalanes...» Pour ne froisser personne, l'Espanyol joue la carte de l'apolitisme. Un parti pris qui vient s'inscrire dans l'ADN du club avec ce dicton : «solo un club deportivo, el deporte es tu unico objetivo» (seulement un club de sport, le sport est votre seul objectif, ndlr). «Le club, en tant qu'institution, ne peut pas se positionner en faveur d'une idéologie politique. Parce que automatiquement, les autres opinions se sentiraient flouées», poursuit Robert Hernando. Ces dernières années, l'Espanyol a néanmoins défendu le droit de décider pour la population catalane, sans pour autant se positionner en faveur de l'indépendance ou de l'union avec l'Espagne. Mais le 1er octobre dernier, alors que le Barça prend immédiatement position sur le référendum et les violences policières, son voisin reste muet.
Au soir du 1er octobre, alors que la direction de l'Espanyol reste silencieuse sur la question du référendum, le capitaine David Lopez prend la parole après la défaite face au Real Madrid (2-0) pour dénoncer les violences policières : «Les limites ont été dépassées. Je n'aime pas voir des gens pacifiques attaqués. J'espère qu'il y aura des répercussions.» Il faudra attendre le 3 octobre pour que le club dégaine un communiqué, appelant à la "paix sociale" en Catalogne.

L'apolitisme historique dont se réclame le club fait les affaires de la présidence actuelle

Seulement voilà : le mutisme est apparu, pour certain, comme un message politique. «Le fait que l'Espanyol soit resté neutre a satisfait les unionistes. Mais les indépendantistes ont affiché leur mécontentement, explique Roman Martinez, journaliste pour le quotidien catalan l'Esportiu. Le silence du club a été interprété comme unioniste.» Une pétition a immédiatement vu le jour, demandant à l'Espanyol de prendre position sur les violences policières et de défendre «des droits démocratiques inaliénables». En guise de réponse, le club a diffusé un timide communiqué, rappelant la position neutre de l'institution sur la question de l'indépendance. Et pour cause : depuis novembre 2015, l'Espanyol est détenu à 80% par Chen Yansheng, un investisseur chinois très peu présent dans l'intimité des «Perruches» et qui a placé des proches au sein de la direction. Mais ces derniers, qui se retrouvent désarçonnés par le marasme automnal catalan, n'ont aucune envie de s'immiscer dans le débat. De fait, l'apolitisme historique dont se réclame le club fait les affaires de la présidence.
Il est certain que le débat au sujet de la Catalogne sera toujours aussi intense pendant de longues semaines du côté des supporters de l'Espanyol. (Joan Valls/CORDON/PRESSE SPORT/PRESSE SPORTS)
Il est certain que le débat au sujet de la Catalogne sera toujours aussi intense pendant de longues semaines du côté des supporters de l'Espanyol. (Joan Valls/CORDON/PRESSE SPORT/PRESSE SPORTS)

«Tous les clubs catalans ont parlé, mais nous, on s'est caché»

Mais pour Gabriel, supporter indépendantiste, le silence du club fait encourir un risque majeur : celui de voir ressurgir une frange très à droite dans les tribunes du stade Cornellà-El Prat. «Il y a quelques années, les groupes les plus violents avaient été éradiqués. Aujourd'hui, la position du club face au contexte social du pays et de la région a redonné de la force à l'extrême-droite, déplore-t-il. Si l'Espanyol ne change pas sa façon de faire, il va participer à la création d'une nouvelle Catalogne composée de groupes fascistes, qui ne se retrouvent par ailleurs pas dans les couleurs du club et qui n'apprécient pas spécialement le football.» Lors de l'opposition face à Levante le 13 octobre dernier, l'initiative de certains groupes de supporters unionistes d'inviter des membres de la police et de la Guardia Civil au stade a fait jaser dans les tribunes. «Une barbarie», commente un aficionado qui a souhaité garder l'anonymat. «La Guardia Civil a battu nos familles pour le simple fait d'avoir mis un bulletin dans l'urne, un acte 100% démocratique. Les gens qui les ont invités creusent chaque jour plus profondément la tombe du club en l'utilisant pour porter leur fascisme.» Supporter du club depuis 25 ans, socio par intermittence, ce catalan a plusieurs fois pensé à déchirer sa carte d'abonné et lâcher le club. «L'Espanyol, qui a longtemps été critiqué par les médias et les autres clubs catalans, avaient pour une fois l'occasion de redorer son image et démontrer son catalanisme en condamnant les violences. Tous les clubs catalans ont parlé, mais nous, on s'est caché.»

Le Barça n'est pas épargné

Mais qu'on ne s'y trompe pas : si les voisins de l'Espanyol ont l'air plus à l'aise avec le débat sur l'autodétermination, ils doivent eux aussi composer avec une pluralité d'opinions. Et le Barça ne fait pas exception. Même si sa position a toujours été très claire sur le sujet, l'épineuse question de l'indépendance l'oblige aussi à marcher sur des œufs. «Le week-end du référendum, la Liga avait suggéré aux Blaugrana de jouer le 30, et non pas le 1er, pour éviter le huis-clos. Mais la direction du club a refusé, de peur que ça soit mal interprété», raconte Roman Martinez. Preuve que le Camp Nou doit aussi composer avec des sensibilités différentes. En dépit des images assumées de Piqué et Sergi Roberto, le vote à la main, le Barça ne se résume pas à une entité militant pour l'indépendance. «Il est vrai qu'une partie des ultras de l'Espanyol a des positions d'extrême droite. Mais le Barça aussi, avec les Boixos Nois (les garçons fous en catalan, ndlr). Les deux clubs ont des origines et des évolutions différentes, mais leur socle social n'est pas si différent que ça aujourd'hui, confie Carles Feixa. Il y a des positions différentes mais elles reflètent la société catalane, divisée sur la question de l'indépendance et de l'autodétermination.»
Antonin Deslandes 
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raspoutine1986 22 oct. à 15:08

On croit rêver le simple fait de ne pas être pro indépendantiste est considéré par ces derniers comme un danger fasciste, et apres ca vient nous parler de démocratie alors que les citoyens qui ne veulent tout simplement pas de cette indépendance sont systématiquement stigmatisés .