oudin (remi) (A.Reau/L'Equipe)
Ligue 1 - 5e journée

Rémi Oudin (Reims) raconte son mercato tourmenté : «À la fin, j'étais agacé par l'attente et, on va dire, le manque de respect»

Tout proche de prendre l'avion pour signer à la Fiorentina lors du dernier jour du mercato, Rémi Oudin est finalement resté un joueur du Stade de Reims. L'ailier champenois raconte deux mois mouvementé, où les rumeurs à son sujet se sont succédées. Le Rémois évoque également sa folle et interminable journée du 2 septembre...

«En un mot, comment auriez-vous envie de qualifier votre été ?
On va dire bizarre (Il sourit.). Pendant le mercato, il n'y a rien vraiment eu. Il y a eu des intérêts, mais jamais d'offres. Le dernier jour, après le match de Lille (NDLR : 2-0, 4e journée, le dimanche 1er septembre, avec un but de Rémi Oudin), il y a eu une offre...

De juin à septembre, vous avez été associé à Bordeaux, Lille, Nice, la Fiorentina, le Celta Vigo, Watford, Newcastle...
Pourtant, il n'y a pas eu d'offres ou quoique ce soit. Ce n'est que le dernier jour que cela a bougé.
 
Quelles approches ont été concrètes ?
Nice, Bordeaux et la Fiorentina.
 
On peut aussi remarquer que la chance n'a pas vraiment été de votre côté avec les postulants français : Nice a été racheté dans les derniers jours du mercato, Bordeaux n'a pas vraiment investi, Lille a vu Nicolas Pépé partir tardivement...
Oui, sur certains clubs, c'est vrai que c'est ça. Différentes choses ont fait qu'il n'y a rien eu...

«Le dimanche soir, mon agent m'appelle et me dit qu'il faut partir»

Parmi tous ces clubs, y a-t-il des projets qui vous auraient plu ?
Honnêtement, oui. Que ce soit Nice, Lille, Bordeaux ou la Fiorentina, ça m'aurait plu. Ça aurait pu être déjà des projets qui m'intéressent. Surtout que, si je ne refusais pas l'étranger, je voulais passer une étape en France. Ça aurait été bien.

Pendant toute cette période du mercato, y a-t-il un jour où vous avez commencé à faire les cartons ?
Non, jamais. Juste le dimanche soir, où mon agent m'appelle et qu'il me dit qu'il faut partir. J'ai juste fait un sac en vitesse, avec quelques affaires. Mais sinon, jamais de cartons.
 
Revenons à ce fameux dimanche soir d'après Reims-Lille...
Je finis le match, je rentre, et en allant voir le match du dimanche soir (NDLR : Marseille – Saint-Étienne) avec des joueurs de l'équipe, mon agent m'appelle et me dit qu'il y a une offre. Que la première a été refusée mais qu'une deuxième allait arriver, qu'ils allaient se mettre d'accord et qu'il pourrait y avoir quelque chose.

Que se passe-t-il intérieurement à ce moment ?
Dans ma tête, le mercato était fini puisque c'était le dernier jour. Je venais de finir le match, donc pour moi il n'y avait plus de mercato, c'était terminé. D'un coup, il me dit ça, donc j'étais un peu chamboulé, je me posais des questions. Je réfléchissais. J'y ai pensé toute la soirée, j'en ai parlé avec mes proches... J'y ai même pensé la nuit, je n'ai pas beaucoup dormi.
«Cela a commencé à m'agacer à midi-13 heures. Et vers 17-18 heures, on a dit stop et qu'on arrêtait tout»
Passons au lendemain. Vous filez à l'aéroport...
Je fais mon sac le dimanche soir. Mon agent me prend les billets de train pour aller à Paris et les billets d'avion pour aller à Milan (NDLR : Où devait avoir lieu la visite médicale). Une fois dans le train, il m'appelle pour me dire qu'il y a un souci et que la Fiorentina bloque le transfert.

Quel était ce souci ?
En gros, ils parlaient et ils disaient que leur offre n'était pas encore arrivée à Reims.
 
Du coup, y croit-on encore ?
Forcément, j'ai douté un peu. Je me suis dit que la journée pouvait être longue. Ç'a été le cas. J'ai attendu, j'ai attendu... Jusqu'au soir. J'étais à l'aéroport à 9h15, 9h30. Mon avion était à 10h20.

Mais vous ne montez pas dedans...
Non. On ne le loupe pas, mais on ne le prend pas. Je continue à attendre. On patiente à l'hôtel, à Charles-de-Gaulle.

À quelle heure avez-vous décidé de rentrer sur Reims ?
Déjà, cela a commencé à m'agacer à midi-13 heures. Et vers 17-18 heures, on a dit stop et qu'on arrêtait tout.

«Je n'ai eu personne (de la Fiorentina) au téléphone»

Un agacement devant le fait que le marché italien ferme plus tôt qu'en France...
Il fermait à 22 heures en Italie. Je me dis que si ça traîne, c'est que le club ne me veut pas et qu'ils ne font pas tout pour m'avoir. Déjà là, dans ma tête, je me disais que ce n'était pas la peine d'aller là-haut si je n'étais pas la priorité. À la fin, j'étais agacé par l'attente et, on va dire, le manque de respect. Ils m'ont dit de tout préparer alors que, en fait, je n'étais pas la priorité. Je voulais que le club en face me montre de l'intérêt. Qu'il fasse tout pour que je vienne.
 
Quel sentiment a prédominé au moment du retour en TGV ?
J'étais un peu déçu, avec la journée qu'on venait de passer. J'ai pensé à tous mes proches qui étaient déçus pour moi. Une première grosse étape qui ne se fait pas et qui est repoussé, en tout cas je l'espère.
 
Vous estimez que la Fiorentina vous a manqué de respect ?
En quelque sorte. Peut-être pas aller jusqu'à manquer de respect, mais si les choses n'étaient pas claires dès le début, ils auraient pu ne pas me dire de me déplacer et attendre que ce soit vraiment concret.
 
Des dirigeants de la Fiorentina vous ont-ils appelé ?
Non, je n'ai eu personne au téléphone.
 
Auriez-vous aimé avoir ce coup de fil pour obtenir des explications ?
Non, je n'ai pas besoin de leurs explications. Mon agent m'a expliqué. Je ne voyais pas d'intérêt de les avoir au téléphone.
«Quand on me dit que je vaux 10 millions d'euros, ça fait plaisir. Mais j'espère que ce n'est que le début et que cela augmentera de plus en plus»
Vous avez en tout cas découvert tout ce folklore du mercato : qu'en retirez-vous ?
J'en sors grandi, surtout avec cette dernière journée. Je vais prendre en expérience, pour, dans ma future carrière, prendre ce mercato avec un peu plus du recul.

Parce que vous estimez avoir pris les choses trop à cœur ?
Oui, forcément, quand ça devait être le premier transfert, on prend les choses à cœur. On y croit à chaque petite rumeur...
 
Votre agent vous a-t-il envoyé beaucoup de textos tout l'été pour vous annoncer des intérêts ?
Non, il m'envoyait des messages plutôt pour savoir comment j'allais, si je n'étais pas trop pressé. Il essayait de ne pas me dire les quelques appels qu'il avait pour me laisser un peu à part de tout ça et ne m'annoncer que les choses concrètes.

Le fait de valoir 10 millions d'euros, ça impressionne ?
Oui, forcément. C'est la première fois qu'on parlait de ça (à mon sujet). Quand on me dit que je vaux 10 millions d'euros, ça fait plaisir. Mais j'espère que ce n'est que le début et que cela augmentera de plus en plus. Si c'est le cas, ça voudra dire que j'ai fait de bonnes saisons.

On connaît le président Jean-Pierre Caillot comme étant un peu dur en affaires : n'a-t-il pas été trop gourmand ?
(Il sourit.) Ah, ça... Je ne sais pas ! Reims, mon club formateur, doit forcément s'y retrouver.

«Ça va me servir de leçon et me faire grandir»

La prochaine fois, ce serait bien de ne pas être en instance de transfert sur la dernière journée...
Oui, voilà, exactement. Si ça peut se faire avant...
 
Après tout ça, a-t-il été facile de se reconcentrer dans la compétition ?
Facile, non, parce qu'on l'a toujours dans un coin de la tête. Ça va me servir de leçon et me faire grandir. Ça va aussi me booster pour la suite. J'ai à cœur de montrer et de rebondir le plus vite possible.

De là à déjà penser au mercato d'hiver ou on se dit qu'on va faire toute la saison à Reims ?
Non, non, je n'y pense pas. Je me suis reconcentré. Tout ce qui est mercato, je ne m'en occupe pas.


Lire :
-Rémi Oudin : «J'espère que ce n'est que le début»

 
Lorsque France Football était allé vous voir en mai dernier, vous aviez dit «Mon seul but, c'est de franchir une étape (...)  Mon défi est de rester au plus haut et prouver» : est-ce vraiment possible à Reims ?
Oui, on est toujours au plus haut niveau français à Reims. Je dois encore apprendre, encore progresser, donc oui je peux le faire.
 
Depuis le début de la saison, vous êtes ciblé par certains supporters sur certaines insuffisances au niveau de votre jeu : comment avez-vous accueilli ces critiques ?
Je vois toutes les critiques. Je sais les points acquis chez moi, je sais les points sur lesquels j'ai à progresser. En fait, les critiques des supporters et des pseudos-supporters, parce que ces personnes n'aident pas à avancer, je les mets à part. Je sais ce que je dois faire.»
Timothé Crépin 
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