(L'Equipe)
LE TACLE À RETARDEMENT DE JULIEN CAZARRE

Rendez-nous Pancrate !

Comme chaque semaine, Julien Cazarre glisse son tacle à retardement dans France Football. Il revient cette fois sur le PSG et ses riches propriétaires.

J'ai parfois l'impression que la vie du PSG est un épisode de La Quatrième Dimension... Cet épisode du gars qui se balade dans la ville tranquillement, un gars sans histoire, pas riche mais pas pauvre non plus, un gars avec une vie banale qui fume tranquille sa clope en allant au travail et qui s'achète le New York Times sur le chemin. Alors arrive dans l'écran Rod Serling (le gars en costard coiffé nickel qui fait la voix off) et qui dit : « Cet homme qui marche nonchalamment dans la rue s'appelle Patrice Saint-Germain, il a une vie sans histoire, il est marié et a deux enfants charmants, mais, chaque jour de sa petite vie tranquille, il rêve de grandeur, il se voit beau, riche et puissant. C'est dans un coin de sa tête, même s'il sait que cela n'arrivera sans doute jamais. Mais Patrice va faire la rencontre qui va bouleverser sa vie. »

Un jour, alors qu'il prend son chemin habituel et cette fameuse ruelle qui lui fait gagner trois minutes sur son trajet, il voit un homme gisant sur le sol avec à ses côtés un énorme sac. Il constate que l'homme est mort et ouvre le sac pour s'apercevoir qu'il est rempli de billets... Que faire  ? Il se sent coupable, mais comme il ne peut plus rien pour ce pauvre homme, il décide de prendre le sac et de rentrer chez lui. Après avoir compté plusieurs fois les billets, il doit se rendre à l'évidence. C'est une somme de 30 millions de dollars qu'il a entre ses mains. Il est devenu en quelques secondes un homme richissime. Alors, ses rêves de grandeur semblent possibles. Il abandonne tout  : épouse, enfants pour une femme plus jeune, plus belle, une villa de rêve et une voiture de luxe.
J'ai parfois l'impression que la vie du PSG est un épisode de la Quatrième Dimension.
Cette nouvelle vie semble idyllique et tombée du ciel. Patrice croit qu'il est parti pour un bonheur sans éclat mais il est tout simplement entré dans la quatrième dimension... C'est l'épisode classique, où le gars ne parvient pas à gérer tout ce qui lui arrive car il sait qu'il ne le mérite pas vraiment et que ça va trop vite. Sa nouvelle femme est trop belle, terriblement exigeante et ne lui donne aucun amour. Elle considère que tout ce qu'il lui offre lui est dû et elle en veut toujours plus. Il n'a plus autour de lui que des gens intéressés et avides de son argent, ses anciens amis ne lui parlent plus car il est devenu inaccessible, ses enfants qui s'amusaient d'un cerceau de bois exigent les derniers jouets à la mode qui ne sont jamais assez bien et son collègue de travail qui partageait son bureau lui reproche d'être devenu un bourgeois vaniteux.

Il est riche mais se sent terriblement seul. Il a tout mais ne profite de rien. De temps en temps, il repense à cette époque où il prenait le petit chemin pour aller au travail, aux petits plaisirs qu'étaient sa clope du trajet, son café au Will's Bar en lisant son journal ou cette soirée mensuelle où il allait voir le dernier John Wayne au cinéma de quartier le Stanford Theatre avec sa femme. C'était pas grand-chose, mais c'était bon. C'était bon, car c'était rare. Patrice est riche et nostalgique, il voit bien qu'il n'a rien à faire avec tous ces nababs en costume qui le regardent comme un parvenu, il voit bien qu'il ne sera jamais des leurs et il sent bien dans leur regard un profond mépris.
Un jour, il sort du Rotary Club, entre dans sa Bentley décapotable, se rend dans sa somptueuse villa où son mannequin de femme bronze lascivement au bord de la piscine. Il va vers le coffre du salon et prend à l'intérieur le gros sac rempli de centaines de billets de 500 dollars. Il sort de chez lui sans sa Bentley, sans sa femme. Il marche comme un zombie les yeux embués jusqu'à cette fameuse petite ruelle sombre. Il sort un calibre, se le pointe sur la nuque et s'effondre sur le sol. Quelques minutes plus tard, un passant emprunte la ruelle. C'est son collègue qui le maudissait d'être devenu riche et vaniteux. Il s'arrête près de lui, veut appeler les secours, mais voit le sac près du corps de Patrice Saint-Germain... Il l'ouvre, il hésite... Et part avec le sac. Il va lui aussi entrer dans la quatrième dimension.
Julien Cazarre
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