(L'Equipe)
Votre meilleur commentateur (2e)

Rességuié : «Le joueur est acteur, le commentateur est un narrateur»

Vous avez été 29 000 à voter pour élire votre commentateur de foot préféré. Avec 14% des voix, Jean Rességuié, la voix du foot sur RMC, est 2e. Et il est le seul représentant du monde de la radio dans les cinq premiers.

«Franchement, pour vous, quelle est la plus grosse surprise des résultats de ce sondage ?
Déjà, le fait qu'il y ait deux journalistes radios. Quand on dit "quel est votre commentateur préféré ?", les gens ont plus l'habitude que l'on dise ça par rapport à la télé. Que la radio arrive à se glisser devant d'autres commentateurs de télévision est une bonne chose. Ça ne me choque pas d'ailleurs qu'il y ait une différence de notoriété entre la télé et la radio, c'est logique. Les gens ont l'habitude de regarder les matches à la télé même s'ils nous écoutent de plus en plus. Tout le monde n'est pas abonné aux chaînes payantes, mais aujourd'hui, il faut reconnaître qu'en regardant les audiences, elles sont importantes à la télé. Moi, en tant que passionné, ce qui m'intéresse, c'est que les gens gardent le réflexe d'écouter les matches à la radio. Grâce à la voix et à la façon de commenter, on a au moins ce plaisir de leur apporter l'image qu'ils n'ont pas.
 
Vous avez voté pour qui ?
Honnêtement, je n'ai pas voté. Mais si j'en avais eu la possibilité, j'aurais hésité entre Grégoire Margotton et Jano Rességuié (sourire). Grégoire, c'est quelqu'un que j'apprécie, j'aime son ton, son timbre de voix, la façon dont il arrive à s'enflammer malgré le support de l'image. Car la différence est aussi là : en radio, on s'enflamme beaucoup, mais il n'y a pas d'images, il faut donc apporter un vrai plus. En tout cas, je trouve logique que Grégoire soit en tête.

«Il faut reconnaître qu'on est des privilégiés»

C'est quoi un bon commentateur ?
Quelqu'un qui fait simple, qui fait passer sa passion, qui montre qu'il a plaisir à être là où il est, qui le fait partager et qui, surtout, décrit ce qu'il voit. Avant toute autre chose, le commentaire, c'est du descriptif, du factuel. Qu'est-ce qu'il se passe ? Où est le ballon ? Quel est le buteur ? Aller droit à l'essentiel, c'est le minimum. Après, on peut avoir un ton particulier, un débit particulier, c'est à chacun d'avoir sa personnalité. Je prends beaucoup de plaisir à commenter des matches, que ce soit de la Coupe de France, de la Ligue 2, de la Ligue 1, de la C1, de l'équipe de France, il faut qu'on reste les mêmes. Il faut reconnaître qu'on est des privilégiés. Nombre de gens aimeraient être à notre place et je pense qu'il est hyper important qu'on fasse ressentir ça dans notre approche des matches et dans notre façon de travailler. Aujourd'hui, avec la multiplicité des canaux, il y a de plus en plus de commentateurs. Je ne vois pas comment ce métier peut évoluer, si ce n'est apporter ce qu'on fait nous, par exemple, lors des soirées foot : on n'est pas que dans le contenu du commentaire, on scénarise ça avec un ou deux consultants, un autre journaliste qui est avec moi pour détailler l'ambiance, le comportement de l'entraîneur, du joueur et y mettre les réseaux sociaux pour faire participer les gens. Voilà la manière dont ça a pu évoluer chez nous.
 
Trouvez-vous normal qu'un commentateur soit moins populaire qu'un joueur ?
Le joueur est acteur, le commentateur est un narrateur : donc oui ça me paraît logique. En général, celui qui pratique est plus connu que celui qui raconte. Ça ne me choque pas. À une époque, c'est vrai, des commentateurs comme Roger Couderc, Thierry Roland étaient très connus. Aujourd'hui, je pense que les passionnés de foot savent qui commente chez Canal+, BeIN ou TF1. Même chose pour RMC.
«Si j'exerce ce job, c'est parce qu'un jour, à 13 piges, j'étais dans mon lit, j'écoutais le parcours de Saint-Étienne en 1976 ou celui de Bastia en 1978 à la radio, et que ça m'a donné envie de le faire parce que je trouvais ça magique et je continue à trouver ça magique.»
Qu'enviez-vous aux joueurs ?
Rien du tout. Je fais ce métier par rapport au football, parce que c'est une notion de plaisir et une passion. Si j'exerce ce job, c'est parce qu'un jour, à 13 piges, j'étais dans mon lit, j'écoutais le parcours de Saint-Étienne en 1976 ou celui de Bastia en 1978 à la radio, et que ça m'a donné envie de le faire parce que je trouvais ça magique et je continue à trouver ça magique. J'espère que des jeunes qui nous écoutent ont envie de faire la même chose.

Les joueurs sont-ils sensibles aux commentaires ? On vous a déjà fait des reproches ?
Jamais. Par le biais de Luis Attaque ou Larqué foot, quand ils accueillent des invités, ils mettent en avant mes commentaires quand j'ai été sur le match de la veille. Les joueurs sont assez surpris et étonnés. Récemment, je me souviens de Feghouli après Lyon-Valence (2e journée de C1, 0-1) où il avait marqué. En le réécoutant à l'antenne, il était agréablement surpris de voir comment ça pouvait rendre. D'ailleurs, je serais curieux de savoir si les joueurs écoutent les matches à la radio quand ils sont blessés ou suspendus. S'ils se trouvent dans une voiture, pourquoi pas, mais je pense qu'ils ont plus le réflexe de mettre la télévision. Quand je les croise, certains me chambrent sur les enflammades que j'ai pu avoir, notamment lors du France-Ukraine (NDLR : barrage retour pour le Mondial 2014, 3-0). Je me souviens également m'être fait chambrer sur le seul but des Bleus au Mondial 2010, où j'avais un peu pété les plombs.
Que faites-vous une minute avant un direct ?
Je twitte (il rigole). Avant, j'avais un blog où je partageais mes déplacements parce que je suis très souvent le cul dans un avion ou dans un train, et je ne m'en plains pas. Je me sers de mon compte non pas pour faire de l'opinion, mais pour partager mon métier parce que je vois que mes suiveurs (NDLR : il compte plus de 78000 followers) sont curieux de savoir comment on travaille, comment on prépare un match, où on est situés, etc.

Quelle est votre expression favorite, votre tic de langage ?
J'ai une expression qui revient quand je suis sur BFM TV. Je dis trop souvent "bien évidemment". Sinon à la radio, je ne pense pas. Même dans le descriptif des buts, j'essaie de varier les plaisirs.

«Mon rêve : commenter la France en finale d'une Coupe du monde»

Quel est le match où vous avez pris le plus de plaisir justement ?
C'est le quart de finale de Ligue des champions 2004 entre Monaco et le Real Madrid. 4-2. J'ai pris un pied énorme. Ça a été le match le plus fou, le plus dingue. Le renversement de situation face au Real des Galactiques ! Monaco avait une équipe talentueuse mais après la défaite du match aller (1-3), il n'y en avait pas beaucoup qui croyaient en une qualification avec des phases de jeu extraordinaires, des buts magnifiques, Zidane qui pète les plombs. C'était complètement fou. Il y en a eu d'autres : commenter la finale de l'Euro 2000 avait été un moment extraordinaire. Je peux citer France-Ukraine aussi et le Chelsea-PSG de la saison dernière (huitième de finale retour de C1, 2-2 après prolongations).
Capable de placer "France football" dans un prochain commentaire ?
Je demande l'avis à mon patron d'abord (il rigole). On a parlé de vous et de votre sondage ! Jean-Jacques Bourdin et Luis Attaque l'ont évoqué je crois. Mais je reste un fidèle lecteur de France football.
 
Que rêveriez-vous de commenter ?
Je n'ai pas eu le plaisir de commenter en 1998 puisque je suis les Bleus depuis 1999. Mon rêve serait de commenter la France en finale du Mondial 2018 en Russie ! N'attendons pas l'hiver au Qatar en 2022 ! Mais pourquoi pas une première étape en juin 2016, je veux bien. Je pense qu'ils peuvent aller dans le dernier carré. Etre champion d'Europe, je ne sais pas, mais j'aimerais bien. Je suis également impatient de commenter un petit exploit en Coupe de France, ça fait partie des charmes de ce métier, on peut se retrouver avec un très bon moment même sur un match qui peut paraître complètement anecdotique. Le tout, c'est de le faire partager.»
Timothé Crépin 
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eddy.n 15 oct. à 13:34

Vous avez inversé les scores des matchs, 4-2 à l'allé et 3-1 au retour. Sinon Monaco aurait été éliminé.

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