dezire (richard) (A.Reau/L'Equipe)
National

Rétrogradé en DH il y a cinq ans, Le Mans FC rêve de retrouver le monde professionnel

Très bien placé en National, Le Mans reste sur deux montées consécutives. Retour sur une renaissance express avec aux commandes, notamment, Richard Déziré sur le banc.

Soudain, des abysses du football français, il renaquit. Trente-trois ans d'existence pour Le Mans Union Club 72, devenu Le Mans Football Club en 2010, et déjà une histoire débordante. Non, celle-ci ne s'est pas achevée à la fin de la saison 2012-2013, quand le club sarthois a succombé à ses dettes colossales liées au MMArena, nouvel écrin du Mans FC à l'époque. La conséquence ? Une rétrogradation en Division d'Honneur, sixième échelon du football français. Trois ans après avoir quitté la Ligue 1. Qu'elle semble loin l'époque des Tulio De Melo, Yohann Pelé et autres Daisuke Matsui. Cinq saisons consécutives en Ligue 1 entre 2005 et 2010, après un premier passage dans l'élite deux ans plus tôt, une remontée ratée d'un cheveu dès 2011, puis une descente aux enfers. Avant la renaissance, donc.

Le classement de National

Il y a un an et demi, Le Mans FC évoluait encore en CFA2, appelé aujourd'hui National 3. Une seconde place et une montée en National 2, puis, dans la foulée, une montée en National. L'antichambre du monde professionnel, jadis terrain de jeu quotidien du club sarthois. Deux promotions successives qui ont permis au Mans de retrouver une seconde jeunesse et d'espérer revenir à son meilleur niveau. Et le début de cette nouvelle saison ne va pas freiner les espoirs des supporters. Treize journées, une deuxième place au classement avec une seule défaite au compteur... Tout va pour le mieux pour le moment, d'autant que la victoire récente contre le leader lavallois (1-0) s'est faite devant près de 19 000 personnes au MMArena. «Cela signifie que les choses sont vraiment réenclenchées de manière positive», se réjouit Denis Zanko, passé au Mans entre 2008 et 2013, dont les deux dernières saisons comme entraîneur. Mais, au club, hors de question de s'enflammer.

«Il faut être ambitieux dans un club comme Le Mans»

«Notre projet est de retrouver le professionnalisme, on ne s'en cache pas, assure Richard Déziré, entraîneur depuis 2015, quand le club évoluait encore en CFA2. Il faut être ambitieux dans un club comme Le Mans, c'est une évidence. Mais on a vu des clubs accéder à la Ligue 2 et redescendre aussitôt. Structurellement, il y a des choses à mettre en place. On ne cracherait pas sur la montée, c'est sûr, mais on ne se réveille pas le matin en se disant : ''Il faut monter absolument''. L'idée est de reconstruire, de prendre le bon chemin, de développer le club.» Une reconstruction qui s'effectue pour le moment à vitesse grand V. Deux montées successives, un premier tiers de Championnat plus que convaincant, et un début de nouvelle histoire, aux bons souvenirs de la décennie précédente. «Quand je suis arrivé j'ai entendu beaucoup parler du passé, de Léon Bollée, et peu de choses avaient été faites au MMArena, se souvient Richard Déziré. Force est de constater que depuis deux ans et demi que nous avons retrouvé ce stade, les choses se sont bien passées. La réussite actuelle matérialise un peu plus le travail qu'on fait depuis environ trois ans maintenant
«Quand je suis arrivé, il y a trois ans et demi, j'étais tout seul au club avec la secrétaire.»
Une réussite rapide, récompense d'un travail de tous les instants. Si l'entraîneur refuse de s'attribuer tous les mérites, lui qui a fait monter Le Mans FC de deux étages en deux ans, il reconnaît tout de même le chemin parcouru : «Je ne vais pas minimiser ce qu'on a fait car je vous assure que c'est compliqué. Quand je suis arrivé il y a trois ans et demi, j'étais tout seul au club avec la secrétaire. Maintenant, toutes les huit ou dix victoires depuis deux ans et demi, il y a une nouvelle personne qui arrive.» Une réussite sportive, un renforcement en interne et des liens forts tissés, un «climat bienveillant» pour mener au mieux un projet ambitieux et pour le moment en pleine réussite. La relation entre l'homme du banc et son président y est pour quelque chose : «C'est un binôme très important et il y a un vrai bon contact» assure Déziré, qui est arrivé sous l'ère Jean-Pierre Pasquier en 2015 avant que ne lui succède Thierry Gomez en 2016, à qui l'entraîneur reconnaît un «vrai savoir-faire».
La confiance instaurée avec les présidents successifs, Richard Déziré n'avait plus qu'à la leur rendre du mieux possible. Débarqué en CFA2 alors qu'il n'avait jusque-là connu que le National ou la CFA mais, selon ses mots, sans jamais avoir eu à faire à «un club de la dimension du Mans», le Seinomarin a imposé ses envies - «faire du jeu, car je suis un entraîneur porté vers l'avant» - et ses méthodes : «La première chose que j'ai faite en arrivant au Mans en 2015, c'était de cloisonner le vestiaire pour le rendre à taille humaine et capter l'attention des joueurs. Et puis, sur un des côtés du mur, j'ai mis le poster du MMArena. L'objectif était d'y aller, puis de le remplir.» Objectif réussi.

«Le Mans a quitté le L1 à cause de son stade, il la retrouvera grâce à son stade»

Contre Laval le 10 novembre dernier, pour un derby contre qui plus est le leader, le MMArena, «un outil de travail exceptionnel», selon Denis Zanko, a garni ses tribunes de manière spectaculaire, avec près de 19 000 spectateurs. «Il y a trente mois, on jouait devant 600 personnes», se souvient Déziré. Retrouvée il y a deux ans, l'enceinte qui avait causé la faillite du club sera essentielle dans sa quête de retour au sommet. Frédéric Hantz, qui a entraîné le MUC 72 entre 2004 et 2007, en est persuadé : «J'ai une maxime que je répète souvent depuis quelques années : ''Le Mans a quitté le L1 à cause de son stade, il la retrouvera grâce à son stade''.» Certes, le MMArena n'accueille pas 19 000 spectateurs toutes les deux semaines, mais les affluences sont des plus élevées pour un club de National, et le kop n'a jamais lâché le club, même dans ses heures les plus sombres. La récompense serait aussi grande que méritée de retrouver le plus haut niveau. «Encore une marche à franchir» dixit Richard Déziré, pour qui «l'essentiel est de donner tous les jours le maximum à l'entraînement pour réussir l'évaluation du week-end». Pour l'instant, les notes sont plus que satisfaisantes. Au point de sauter encore une classe ? «Le meilleur moyen d'aller vite, c'est de prendre notre temps», dit avec philosophie l'entraîneur de ce nouveau Mans. Alors on patientera.
Florent Le Marquis
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