12 August 2017 -  Premier League - Watford v Liverpool - Abdoulaye Doucoure of Watford celebrates scoring their 2nd goal - Photo: Marc Atkins / Offside. *** Local Caption *** (Marc Atkins/OFFSIDE/PRESSE SPO/PRESSE SPORTS)
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Réussite en Premier League, rêve de Coupe du monde, le Real Madrid : Abdoulaye Doucouré, «Aujourd'hui, tout le monde me respecte»

Après avoir raté son envol en début de carrière, Abdoulaye Doucouré est en train de rattraper son retard en effectuant une saison exceptionnelle avec Watford. De là à aller toquer à la porte de l'équipe de France ? L'ancien milieu de Rennes raconte son ascension en toute franchise.

«Sept buts, deux passes décisives, 26 titularisations en 26 matches joués : sur 10, combien avez-vous envie de noter votre première saison pleine en Premier League ?
7/10, parce que j'ai joué tous les matches, en réussissant à marquer des buts. C'est déjà une bonne note. C'est un peu l'aboutissement de tout mon travail. J'ai connu des moments difficiles par le passé. Là, je suis vraiment heureux de ces performances. J'espère faire encore mieux d'ici la fin de cette saison.
 
Jusque-là, vous n'étiez pourtant pas vraiment habitué à scorer autant...
Je me souviens de ma meilleure saison à Rennes où j'avais mis six buts (2013-14). Je savais que j'en étais capable. Donc ça ne me surprend pas vraiment, même si je joue à un poste de milieu défensif où je suis moins devant le but. Ce sont souvent des frappes de loin qui m'ont permis ça.
 
Votre coach vous a-t-il poussé à vous porter vers l'avant ?
À la base, il souhaitait surtout que je maintienne l'équilibre de l'équipe. Ensuite, c'est moi qui, lorsque je sentais les coups, montait, avec cette réussite. Le coach m'a ensuite encouragé à y aller de temps en temps.
 
Du coup, le nom de Doucouré est apparu de plus en plus. Comment vivez-vous cette nouvelle notoriété ?
On n'a jamais vraiment parlé de moi. À un moment donné, c'est vrai que j'attendais aussi cette reconnaissance. Je savais que je faisais du bon travail, mais cela n'était pas assez mis en avant. Ça fait plaisir qu'on parle un peu de moi.
 
Mais qu'est-ce qui a véritablement changé pour en arriver là aujourd'hui ?
La réussite sur le terrain, mais aussi le fait de jouer en Premier League et d'avoir ainsi un regard différent des observateurs. Ça change la donne. Avec mon style de jeu, mes capacités physiques, c'est sûrement le Championnat qui me convient le mieux.

«En Angleterre, les joueurs sont beaucoup plus professionnels, ils travaillent plus»

Comment jugez-vous la Premier League, ce Championnat qui vous a adopté ?
L'intensité dans le jeu ne m'a pas surprise, avec les matches qui se jouent à 200 à l'heure dans des stades remplis. Là-bas, tu es vite valorisé par rapport à la France. C'est beaucoup mieux. En France, je ne vais pas dire que j'ai été sous-coté, mais je faisais de bonnes choses et on ne parlait pas autant de moi. En Angleterre, après quelques matches, les fans de Watford ont vu mon talent et les consultants ont rapidement fait des comparaisons me concernant. Et ç'a m'a mis en lumière.
 
En Angleterre, si tu fais de bonnes performances pendant un ou deux mois, on te met vite en avant. Et même si tu rates un match, on ne va pas te dire que tu es mauvais. C'est surtout ça qui m'a surpris. Quand je vois l'image que j'ai là-bas par rapport à la France alors que ça ne fait que très peu de temps que j'y suis, c'est le jour et la nuit.
 
Comme d'autres avant vous, avez-vous également constaté une différence dans la préparation, les entraînements, ... ?
C'est vrai que c'est un peu plus professionnalisé que la France. Je suis à Watford, qui n'est pas non plus un très grand club alors je pense que ça doit être encore plus poussé chez les gros. Mais c'est déjà très carré (à Watford). Et par rapport à la France, la différence m'a un peu choqué. Au niveau des joueurs, ils sont beaucoup plus professionnels, ils travaillent plus. Attention, je ne dénigre pas la France en disant que ça ne bosse pas, mais, en Angleterre, il y a davantage cette mentalité du travail, de toujours pousser un peu plus loin.
Doucouré, au duel, a été bluffé par Eden Hazard, juste derrière lui sur cette action. (Marc Atkins/OFFSIDE/PRESSE SPO/PRESSE SPORTS)
Doucouré, au duel, a été bluffé par Eden Hazard, juste derrière lui sur cette action. (Marc Atkins/OFFSIDE/PRESSE SPO/PRESSE SPORTS)
«Hazard. Il fait tout dans l'équipe ! C'est LE joueur qui m'a impressionné»
A-t-il été simple de s'habituer au rythme des rencontres, notamment au niveau de l'impact au cœur du jeu ?
Au début, j'ai eu un peu de mal, parce que je ne jouais pas à mon poste. Et c'est vrai qu'au sujet des premiers contacts, ça fait mal, il faut vite s'habituer. Ça va tellement vite !
 
Y a-t-il un joueur qui vous a plus impressionné qu'un autre ?
Hazard. Il fait tout dans l'équipe ! Il descend, il prend le ballon, il va attaquer, il va marquer. C'est LE joueur qui m'a impressionné. C'est archi-compliqué de jouer face à lui. Il a vraiment le niveau pour aller très, très haut. J'ai pu aussi affronter des joueurs comme Paul (Pogba) ou Tiémoué (Bakayoko), que je connais bien. J'ai pu me jauger par rapport à eux.
 
Si on fait un petit retour en arrière : vous quittez Rennes en fin de mercato d'hiver 2016. C'était une volonté de votre part ?
Ça faisait un bon moment que j'étais là-bas. J'y avais joué trois ou quatre saisons chez les pros (75 matches de L1), j'avais envie d'évoluer, de franchir un cap. Cette proposition de Watford est arrivée. J'avais la volonté de jouer un jour en Premier League.
 
Pourtant, vous n'allez pas tout de suite à Watford puisque vous êtes prêté à Grenade. C'était prévu ?
Non, sincèrement ce n'était pas prévu. En signant à Watford, on m'a fait comprendre que la liste des 25 joueurs qui pouvaient jouer en Championnat était complète. Je suis donc allé quatre mois en Espagne. Ç'a été un petit sacrifice de ma part. Mais je ne regrette pas du tout. C'était une belle expérience.

«J'ai toujours été supporter du Real Madrid depuis tout petit»

Qu'est-ce qui vous restera vraiment en tête de ce court séjour ?
En fait, mon rêve, c'était de découvrir la Liga. L'Espagne, c'est mon Championnat préféré, surtout avec le Real Madrid qui est mon club favori. Forcément, jouer face au Real ou au Barça, c'était un rêve que j'ai réalisé. J'ai aussi pu aider Grenade à rester en première division.
 
Pourquoi avoir toujours eu un penchant pour le Real ?
Ronaldo, le Brésilien, était mon joueur préféré. J'ai grandi avec les Galactiques. J'ai toujours été supporter du Real Madrid depuis tout petit, même par rapport au PSG (NDLR : il est né à Meulan, dans les Yvelines). L'un de mes premiers maillots, c'était celui de Lassana Diarra à Madrid.
 
Après Grenade, vous arrivez enfin à Watford, et pourtant, tout ne se passe pas si bien puisque vous n'obtenez votre première titularisation que six mois plus tard...
Exactement. Je n'ai pas du tout joué.
 
Pourquoi ?
Je n'étais dans les plans de l'entraîneur. En août 2016, je n'ai pas pu être prêté à Lorient à trente secondes près (en fin de mercato). Je cherchais du temps de jeu. Dans ma carrière, j'ai toujours vécu des épreuves, notamment de par mes blessures. Donc la patience, je connais. Je me disais que ça allait finir par tourner. J'ai fermé ma bouche, j'ai travaillé, je n'ai pas fait de vagues, et j'ai été récompensé. J'ai fini par m'imposer en seconde partie de saison. Et aujourd'hui, tout le monde me respecte.

«Je savais très bien qu'on allait parler de moi»

Avec le recul, vous dites-vous ''Heureusement que le prêt à Lorient n'a pas pu aboutir'' ?
Oui ! Heureusement ! Car depuis janvier 2017, je joue quasiment tous les matches. Mais je ne suis pas non plus du genre à savourer. Je préfère attendre la fin de la saison et atteindre mes objectifs. Aujourd'hui, quand je vois toutes les sollicitations, je suis content du travail accompli. J'ai toujours cru en moi. Je savais très bien qu'on allait parler de moi, que j'allais réussir et performer. C'est un retour des choses logique. J'ai perdu un peu de temps à cause de mes blessures (NDLR : les deux fois aux ligaments croisés du genou). Cela a été des périodes délicates. La première est arrivée quand j'avais 18 ans, l'autre deux ans après. Mentalement, ça m'a servi.
 
On imagine qu'il pouvait y avoir des périodes de doute de se dire qu'à 20 ans, on avait déjà subi deux grosses blessures...
Oui, on a plus de temps à perdre. Je me suis dit : "Ta période noire est passée, à toi de montrer à tout le monde que tu es bon."
 
À 20 ans, vous ratez aussi le Mondial U20 en 2013 remporté par la bande de Pogba, Areola, Umtiti, Kondogbia, ...
Ç'a été un coup dur. Surtout que je partais titulaire. Et plusieurs d'entre eux ont ensuite connu l'équipe de France A. Peut-être que j'aurais aussi pu avoir ma chance auparavant avec ce Mondial. Ça ne fait pas mal mais on se dit qu'on aurait pu être dans le même wagon qu'eux. Aujourd'hui, je rattrape le temps perdu. Je crois au destin, c'est comme ça.
«En France, je pense qu'on avait une image un peu erronée de moi»
Cette réussite du moment vous permet-elle également de fermer quelques bouches ?
Oui, certaines. En France, je pense qu'on avait une image un peu erronée de moi. Et quand je vois certains commentaires de certaines personnes qui disent ''Doucouré, je ne pensais pas qu'il était aussi bon'', ça me fait sourire. Mes qualités, je les ai toujours eues. Il suffisait de les mettre en application, et c'est ce que je réussis à faire cette année. Mais je travaille pour moi. Ma réussite, elle est pour moi et ma famille.
 
On vous dit ça parce que, à l'époque, à Ouest-France et TVR, René Ruello ne s'était pas gêné de parler "d'épée de Damoclès" en évoquant votre genou et de rajouter : "Quand Doucouré fait deux matches de suite, vous lui enlevez deux litres d'eau dans le genou. Du jour au lendemain, il peut arrêter."
Il avait été un peu cinglant, c'est vrai. À la base, on s'appréciait énormément, et je n'avais vraiment pas compris sa sortie. Aujourd'hui, je joue tous les matches, donc il doit regretter ses paroles.

«La Coupe du monde, j'y crois, sincèrement»

Vos performances sportives en Angleterre pourraient, pourquoi pas, vous ouvrir un jour les portes de l'équipe de France. Sentez-vous que vous avez une chance ?
Mes performances dans un bon Championnat me poussent à croire que j'ai une chance. Je sais qu'il y a de très bons joueurs. Donc, là, tout ne dépend pas que de moi. Je n'ai jamais été sélectionné, je pars avec du retard. Mais bien sûr que j'aimerais être sélectionné.
 
Avez-vous eu un signe du staff de Didier Deschamps ces derniers temps ?
Non. Je sais que mes matches commencent à être regardés. Je joue face à de grands clubs, ça fait parler. J'espère avoir une bonne surprise.
 
La Coupe du monde, vous y croyez ?
J'y crois, sincèrement, oui. Je vais voir la liste en mars. Celle-ci va me donner un signal. Mais pourquoi pas. Il faut croire en ses rêves.
«Un jour, un grand du quartier est venu la voir et lui a dit : "Madame, votre fils joue très bien au foot, il faut vraiment le laisser, je vais l'accompagner"»
De Meulan à Watford, et peut-être un jour les Bleus, mesurez-vous tout le chemin parcouru depuis toutes ces années ?
Le chemin a été un peu long. Difficile ? Je pense qu'il faut toujours avoir des moments comme ça pour vraiment arriver à exceller. Mais je n'ai vraiment pas fini. Ce n'est que le début. J'ai de grosses ambitions.
 
Qu'est-ce que votre enfance a pu vous apporter dans votre cheminement vers cette carrière ?
Chez moi, on a été éduqué dans la valeur du respect, de la générosité. Ces valeurs m'ont beaucoup aidé. J'ai toujours travaillé, sans jamais me plaindre. Mes parents souhaitent surtout que je sois préservé des blessures, mais ils sont super fiers de moi.
 
Du coup, ils ne regrettent plus de vous avoir interdit de jouer au foot quand vous étiez petit...
Finalement, non (il rit.). À cette époque, je jouais au quartier, et pour aller au stade, il fallait que je traverse une route. Ma mère ne voulait pas que je fasse ça tout seul. Je n'ai donc pas pu m'inscrire au foot pendant deux ans. Un jour, un grand du quartier est venu la voir et lui a dit : "Madame, votre fils joue très bien au foot, il faut vraiment le laisser, je vais l'accompagner." Aujourd'hui, on en rigole.»
Timothé Crépin 
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letidup 19 févr. à 13:44

interview trop long pour un joueur inconnu en france...

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