Soccer Football - Africa Cup of Nations 2019 - Algeria Training - Petro Sports Stadium, Cairo, Egypt - July 18, 2019. Algeria's Riyad Mahrez gestures. REUTERS/Shokry Hussien (Reuters)
CAN 2019 - Finale

Riyad Mahrez et l'Algérie, éternelle idylle

Hormis le quart de finale face à la Côte d'Ivoire, Riyad Mahrez a gratifié tout son monde d'une CAN 2019 de haute volée. Déséquilibrant et inspiré, l'Algérien a déjà planté trois pions dont un coup franc devenu légende face au Nigeria, envoyant ainsi les siens en finale pour la première fois depuis vingt-neuf ans. De quoi raffermir définitivement sa cote d'amour au pays.

Il avait quitté les terres gabonaises la tête basse en 2017, et ce, malgré des efforts constants et un doublé clinquant pour l'entrée en lice des siens lors de la Coupe d'Afrique des nations face au Zimbabwe (2-2). Mais la piteuse élimination des Fennecs au premier tour de la compétition, après n'avoir glané que deux petits points, en enchaînant des prestations insipides et sans relief, ne l'a pas aidé à assouvir sa quête de succès. Une quête que Riyad Mahrez poursuivait depuis quelques semaines déjà, puisque huit mois plus tôt, auteur d'un exercice 2015-16 XXL avec Leicester, il remportait la Premier League contre toute attente. Un sacre qui finira par le faire entrer dans une toute autre dimension : celle des joueurs à l'influence péremptoire sur le pré, décisif sans crier gare. Liverpool, Chelsea et Manchester City pouvaient tous en témoigner... Et forcément, le garçon, fort de ce tour de force, avait des rêves plein la tête pour la suite de sa carrière.
En l'espace de quelques secondes, l'histoire du bonhomme avec l'Algérie basculait à tout jamais.
Désormais capitaine d'une sélection à la poursuite de son glorieux passé, Riyad Mahrez n'a de cesse d'impressionner, acquérant ainsi la tendresse absolue de tout un peuple. Et le dimanche 14 juillet, il se distinguait de la plus belle des manières qui soit. En l'espace de quelques secondes, l'histoire du bonhomme avec l'Algérie basculait à tout jamais. D'un coup de patte exceptionnel sur un coup franc bien placé, l'ailier de Manchester City délivrait ses partenaires et tout un pays dans les tous derniers instants de la demi-finale de la CAN face aux Super Eagles (2-1). Les 10 000 supporters des Verts, venus se ruer au Caire pour soutenir leur équipe, pouvaient exulter et sombrer dans une allégresse sans égal. Comme des centaines d'enfants des plus grandes villes du pays, venus reproduire la fameuse action.

Et voilà donc que, pour la première fois depuis 1990, année de son seul sacre, l'Algérie disputera la finale d'une Coupe d'Afrique des nations. La troisième de son histoire. «C'était indescriptible, j'en pleurais tellement je n'y croyais plus», se remémore, non sans émotion, Mustapha, supporter des Fennecs présent au Caire. Alors merci qui ? Merci Capitaine !

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Débuts contrastés et amour délirant

Arrivé sur la pointe des pieds en sélection à l'été 2014, alors qu'il n'était encore qu'un «simple» joueur de Championship, Riyad Mahrez n'a pas tardé à mettre ses évaluateurs dans sa poche. «Il débarque à la Coupe du monde 2014 avec l'Algérie dans l'anonymat le plus complet, rappelle Mohamed Brahdji, journaliste pour DZFoot. On voyait son arrivée comme une petite curiosité, mais globalement, le pays plaçait beaucoup d'espoirs en Vahid Halilhodzic et avait confiance en lui et ses choix.» Et pour sa première sous le tricot algérien face à l'Arménie en préparation du Mondial (3-1), le bizut ne décevait pas, en délivrant deux offrandes à ses nouveaux coéquipiers. «Il était excitant, déroutant et comme on aime ce type de joueur au bled, on l'a vite adopté», explique Sofiane, lui aussi fada algérien. Mehdi Mostefa, ancien international et coéquipier de Mahrez lors du Mondial brésilien, se souvient : «En parlant avec lui, ce qui m'a marqué, c'est de voir un jeune homme timide, réservé, mais très sûr de lui et persuadé de sa réussite future. Il savait pertinemment, et il le disait, sans se cacher, qu'il allait réussir et jouer, un jour, dans un grand club. J'étais surpris, parce que je ne le connaissais pas très bien. Mais je n'ai pas pris ça pour de l'arrogance. Il était jeune après tout. On sentait qu'il savait ce qu'il voulait, qu'il savait où il allait. Il avait une certaine assurance, mais il était respectueux et s'est très bien intégré dans le groupe. Il était juste conscient de son talent et de ses qualités. On l'avait vu dès le départ, au premier entraînement, puis au premier match de préparation que l'on joue face à l'Arménie.»
«En parlant avec lui, ce qui m'a marqué, c'est de voir un jeune homme timide, réservé, mais très sûr de lui et persuadé de sa réussite future» (Mehdi Mostafa, son ancien coéquipier)
Le sélectionneur bosnien parti vaguer ailleurs, Mahrez parvenait, doucement mais sûrement, à faire son trou, sous la coupe de Christian Gourcuff, au milieu des Sofiane Feghouli et consorts. Mais après son titre avec Leicester, son statut changeait. Au point même d'éclipser peu à peu les têtes d'affiche bien établies de l'équipe ? La réponse est oui. «Sofiane Feghouli était alors le leader offensif de la sélection mais, peu à peu, il était mis de côté. L'émergence de Riyad Mahrez a été favorisée et il est devenu la star de l'équipe, poursuit Mohamed Brahdji. Malgré l'instabilité de la sélection après le départ de Gourcuff, Mahrez continuait d'avoir une incroyable cote d'amour au pays.» Efficace en club et en sélection, Mahrez prenait progressivement le pouvoir. Et c'est tout logiquement qu'il attirait la lumière. «Force est de constater que c'était et c'est notre meilleur joueur, le plus talentueux aussi. C'est celui qui est le plus à même de décider de l'issue d'un match», concède Mustapha.

Pourtant, en quelques mois seulement, l'Algérie, faisant figure d'épouvantail sur le continent jusque-là, perdait peu à peu pied et ramassait continuellement un gadin. Et Riyad Mahrez aussi, fatalement. La faute au départ de l'entraîneur français en avril 2016 donc, et à une instabilité chronique de plus de deux ans. «C'était un peu une drôle d'histoire entre Riyad et les Verts, conte Sofiane. Lorsqu'on était au fond du trou en 2017, lors de la CAN, c'est lui qui avait pris les choses en main, tentant de secouer le cocotier, avec notamment un doublé face au Zimbabwe. Mais on était vraiment mauvais ; collectivement, l'équipe était trop disloquée pour espérer quoi que ce soit. Pis, plus rien ou pas grand-chose du moins... Il a sombré comme l'ensemble de l'équipe. Sur les dix dernières années, je ne suis pas sûr qu'on ait vécu pire période. Il avait une pression énorme, tout reposait sur lui. Et évidemment, il ne pouvait pas grand-chose dans ce contexte délétère.» 
«C'était et c'est encore le joueur le plus apprécié en Algérie» (Mohamed Brahdji, journaliste pour DZFoot)
Néanmoins, le garçon continuait d'être vanté par ses supporters. Et ce malgré quelques mauvaises langues à la critique acerbe. «Il a fait tout ce qu'il a pu et c'est pour ça qu'il est resté très apprécié, expose Sofiane. Il avait de quoi être dégoûté quand tu vois les sélectionneurs qui se sont succédés après le départ de Christian Gourcuff.» Mohamed Brahdji lui emboîte le pas. «C'était et c'est encore le joueur le plus apprécié en Algérie. Dans le vide collectif et structurel de la sélection, ainsi que les insuffisances tactiques sur le terrain, il a eu du mal, certes, mais c'était compliqué. Certains n'ont pas pu s'empêcher de tacler son manque d'influence au sein de la sélection, mais ce n'était pas une vindicte non plus. Parce qu'en club, il déroulait, en faisant notamment quart de finale de Ligue des champions avec Leicester. Et ça, personne ne l'a oublié

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Leader sans équivoque

Après des mois à se morfondre et manger son pain noir, la lumière revint enfin éclaircir le ciel assombri de Riyad Mahrez en août 2018, date à laquelle Djamel Belmadi venait officiellement s'installer à la barre technique de la sélection algérienne. Et l'ancien milieu de terrain du PSG avait visiblement les idées bien en place concernant son poulain. «J'avais déjà dit qu'il faudrait aimer Riyad Mahrez et faire preuve de patience à son égard, mais il faut aussi un peu le secouer», s'amusait-il sur un plateau de la télévision algérienne en novembre dernier.
Promu capitaine en fin d'année 2018, Mahrez, quelque peu en difficulté avec son nouveau club Manchester City, retrouvait des couleurs avec les Fennecs. Face au Togo (4-1), dans un match comptant pour les éliminatoires de la CAN 2019, l'ancien Havrais retrouvait même le chemin des filets pour la première fois depuis près de deux ans avec la sélection, en plantant deux jolies banderilles. C'est en lui offrant le brassard que le technicien algérien est parvenu à ôter un poids à son joyau, tout en tirant sa quintessence. Un paradoxe ? Peut-être pas. «Belmadi l'a affranchi de tout ce qui pouvait lui faire du tort en lui donnant le brassard. Il fallait ensuite retrouver des préceptes collectifs cohérents pour revenir sur le devant de la scène, fait savoir Sofiane. Et si les débuts ont été laborieux, tout va mieux maintenant. Riyad Mahrez est en jambes et son entente avec Atal a fait du bien.» 
«C'est un joueur très attiré par le ballon, il veut faire la différence, mais il n'en oublie pas de combiner avec ses partenaires» (Mehdi Mostefa)
En forme, l'Algérien l'est pleinement dans cette CAN cuvée 2019. Ses trois pions en attestent, comme son emprise sur le collectif algérien dans les trente derniers mètres. Moins sollicité à la construction, le joueur de Manchester City, pas toujours à son aise, loin s'en faut, a tout de même fait jouer ses qualités premières, à savoir donner le tournis à ses vis-à-vis, afin de créer la frousse dans les arrière-gardes adverses. «C'est un joueur très attiré par le ballon, il veut faire la différence, mais il n'en oublie pas de combiner avec ses partenaires, note Mehdi Mostefa. Il s'adapte très vite au jeu et est très intelligent sur un terrain. Il voit les choses avant les autres le plus souvent.» Buteur décisif lors du match du titre face à Brighton avec Manchester City, Mahrez a donc remis le couvert dimanche dernier avec une praline aussi splendide qu'osée, envoyant ainsi tout un pays au septième ciel. Prenant ses responsabilités, aussi bien sur et en dehors du rectangle vert, notamment sur une passe d'armes avec un élu du Rassemblement National, réclamant la victoire du Nigeria afin d'éviter une «marée de drapeau algérien», Riyad Mahrez n'a jamais été aussi proche de toucher au but : donner à l'Algérie, en proie au doute et à l'instabilité, l'opportunité de basculer dans une folie infinie. Une bonne occasion en somme de poursuivre cet amour éternel.
Mehdi Arhab

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nahiko 19 juil. à 16:22

THE SCUD FANTASTIQUE !!!

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