(A.Martin/L'Equipe)
Angleterre - 25e journée

Robert Pirès et l'invincibilité de Liverpool : «J'aurais aimé voir un duel Virgil van Dijk - Thierry Henry»

Élément incontournable des Invincibles d'Arsenal en 2003-04, Robert Pirès croit plus que jamais en une saison sans défaite du Liverpool de Jürgen Klopp, qui affiche 23 victoires et un nul après 24 journées. Il explique pourquoi à FF.

«N'y allons pas par quatre chemins : Liverpool finira-t-il la saison invaincu ?
(Sans hésiter.) Oui ! Parce qu'ils ont tout pour eux : l'équipe, les résultats, la chance, l'entraîneur... Je pense qu'il y a beaucoup de gens qui vont être d'accord. Vu comment ils jouent depuis un certain temps, je ne vois pas qui pourrait les inquiéter. Même Manchester City... Même quand je regarde le match aller contre City, il y a trop d'écart.

Participer à notre débat : Liverpool terminera-t-il vraiment invaincu cette saison ?

Qu'est-ce qui vous impressionne le plus chez eux ?
C'est comment ils défendent tous. Ils jouent dans un 4-3-3 et dès qu'ils perdent le ballon, je trouve, notamment au milieu, que c'est fort, c'est physique. Et les mecs tiennent la route physiquement. Je pensais qu'ils allaient avoir une petite baisse de régime parce qu'ils ne s'arrêtent pas de jouer et qu'ils enchaînent les voyages. Après le Boxing Day, je me suis dit qu'ils allaient quand même s'écrouler. Et, non, physiquement, les mecs sont présents. Même si, aujourd'hui, techniquement, la Premier League a un peu baissé. C'est un peu le constat que les gens font ici. Quand tu vois les effectifs de Manchester United, Chelsea, Tottenham ou Arsenal, ce n'est pas aussi fort qu'il y a quelques années.

Quelle équipe pourrait être capable de faire tomber les Reds ?
La seule qui peut les inquiéter, ça reste Manchester City.

«Physiquement et techniquement, je trouve qu'on se ressemble beaucoup»

Voyez-vous beaucoup de signes de ressemblance avec votre équipe d'Arsenal de 2004 ?
Je pense qu'on est assez proches, assez similaires au niveau des joueurs, mais pas au niveau de la tactique puisque, nous, on évoluait dans un traditionnel 4-4-2 bien à l'ancienne. Mais physiquement et techniquement, je trouve qu'on se ressemble beaucoup. Eux, comme nous, ont plusieurs joueurs capables de faire la différence. Ce n'est pas seulement un ou deux mais vraiment plusieurs. C'est ça le point fort.

Qui était votre Jordan Henderson, votre Roberto Firmino, votre Sadio Mané ?
(Il sourit.) Mané, c'est Pirès (Il rit.) ! Firmino, c'est Thierry Henry. Et encore, je pense que personne ne peut égaler Thierry Henry, même si Firmino est très bon. Titi est loin devant. Et c'est pour ça que j'aurais bien aimé voir un duel Virgil van Dijk – Thierry Henry...
Patrick Vieira, Robert Pirès et Thierry Henry avaient enchaîné 49 matches sans perdre en Premier League entre 2003 et 2004. Liverpool en est à 41. (D.Fevre/L'Equipe)
Patrick Vieira, Robert Pirès et Thierry Henry avaient enchaîné 49 matches sans perdre en Premier League entre 2003 et 2004. Liverpool en est à 41. (D.Fevre/L'Equipe)
«Jordan Henderson ? Patrick Vieira, c'est plus fort, je suis désolé»
Ça aurait été du lourd...
Ah oui ! Ça aurait été vraiment intéressant. Titi, je le connais, c'est un vrai lascar et quand tu lui proposes un défenseur où on te dit que c'est le meilleur, il va tout faire pour le mettre à mal. Sinon, Henderson... Non, Pat Vieira, c'est plus fort, je suis désolé. Même Gilberto Silva. Ce n'est pas du chauvinisme, mais, Pat, c'était du lourd.

Au fur et à mesure de votre deuxième partie de saison, quels matches avaient pu être très compliqués, au point de passer tout près de la défaite ?
Il y en a eu plusieurs. On était malmenés face à Liverpool, justement, à domicile. On perdait 2-1 à la mi-temps, Arsène (Wenger) s'était un peu énervé, ce qui était rare. En deuxième période, on s'est complètement transformés et on finit le match à 4-2 (NDLR : Avec un but de Robert Pirès) et Titi marque un triplé. Il y avait Middlesbrough, aussi, où on gagne 5-3 après avoir été mené 3-1 à domicile (NDLR : Un match qui comptait pour la saison suivante, en 2004-05).

«Tu te sens puissant, tu sens que rien ne peut t'arriver»

Quel était le sentiment de l'invincible à l'époque ?
Tu te sens puissant, tu sens que rien ne peut t'arriver. Attention, ce n'est pas de l'arrogance mais quand tu es sur un nuage comme celui-ci, dans une spirale plus que positive, en fait, tu t'aperçois que tu es pratiquement sûr de gagner et que tu as toujours ce petit brin de réussite en ta faveur. Aujourd'hui, Liverpool l'a. Ils vont être champions en étant invaincus, mais ils sont aussi capables de battre notre record (NDLR : 49 matches consécutifs sans défaite). Aujourd'hui, tout a changé. Les gens comparent, mais je trouve que c'était beaucoup, beaucoup plus dur à notre époque. Mais vraiment. Tout le monde te le dira (Il sourit.). Techniquement, comme je le disais tout à l'heure, beaucoup d'équipes, et notamment les grosses, ont baissé d'un cran. Et surtout, physiquement, à l'époque, ça envoyait du lourd. Il n'y avait pas de caméras, pas de VAR. Quand les mecs avaient envie de te rentrer dedans... Et, surtout, quand tu jouais à l'extérieur... Je me souviens des matches à Leeds, Blackburn, Bolton... Il fallait se les coltiner. Quand il fallait te marcher dessus et t'insulter, je peux te dire qu'ils ne s'en privaient pas.

Quel est le danger pour Liverpool ?
En fait, c'est la première défaite ! Elle est dure, parce qu'elle casse tout. Tu gagnes, tu gagnes, tu gagnes, il n'y a pas de problème, tu es dans l'euphorie, tu te sens invincible, ce qui est normal. Mais quand tu perds, c'est une vraie rupture. Tu n'es pas habitué. Psychologiquement, tu peux en prendre un coup. Et, après, attention... Il faut vite enchaîner par une victoire. On te dit depuis des mois que tu es invincible, que tu es la meilleure équipe, et ça peut être brutal quand ça se stoppe.

Comment devra-t-on appeler les Reds s'ils terminent invaincus ?
Comme nous, les Invincibles. On a fait ce qu'il fallait faire en notre temps, maintenant si les gens veulent les appeler les Invincibles, ça ne me dérange pas. Je les féliciterai parce que, crois moi, c'est déjà extrêmement compliqué de gagner le Championnat, mais sans le perdre...»
Timothé Crépin
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