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Espagne - Real Sociedad

Robin Le Normand (Real Sociedad) : «Le défenseur moderne c'est celui qui arrive à relancer bien très vite»  

Non-retenu par Brest en 2016, Robin Le Normand a pensé tout arrêter avant de rejoindre la Real Sociedad sur les conseils d'Éric Olhats. Pari payant, puisqu'il est aujourd'hui titulaire dans la défense d'une des équipes les plus séduisantes de Liga. À FF il se confie sur son parcours, tout en parlant de l'évolution tactique de son poste. (Photo : Instagram Robin Le Normand)

«Juin 2016, vous n'avez pas encore 20 ans et Brest ne vous retient pas. Qu'est-ce qu'il se passe dans votre tête ?
À Brest, j'avais beaucoup d'espérances. J'avais fait mes débuts en pro à 18 ans contre Sochaux et passé six mois avec l'équipe première et ça se passait bien. Et d'un coup, j'ai eu le ciel qui m'est tombé sur la tête quand ils m'ont dit qu'ils ne me gardaient pas. J'avais vraiment aucune issue, j'étais un peu perdu. Mais je ne garde pas de rancoeur contre le club. C'est plus une incompréhension.

Vous avez songé à tout stopper ?
Oui, j'ai pensé à arrêter le football. Je ne l'avais pas vu venir donc j'ai chuté de haut. Mais j'ai eu la chance énorme de tomber sur Eric (NDLR : Olhats, son conseiller) qui ne s'est pas arrêté à cette décision qu'un club ne me garde pas. Il m'a vraiment permis d'y croire, en plus sur un Championnat très difficile comme celui de l'Espagne, à un moment où moi je n'y croyais plus.

Avec le recul, comment analysez-vous ça ?
Je pense vraiment que c'est un sujet de réflexion, parce que je ne suis pas le premier qui est sauvé de cette manière par Eric ou d'autres. Quand je suis arrivé ici, j'ai pu côtoyer Kevin Rodrigues et on m'a parlé des joueurs qui avaient aussi été sauvés de cette façon. Quand on y pense, la liste est longue : Sio, Cadamuro, Rodrigues, Nanizayamo ou Djouahra qui vient de nous rejoindre. Ils sont presque tous devenus internationaux, ils ont joué des Coupes d'Europe et je passe Griezmann. Lui aussi était à deux doigts de ne pas passer professionnel et quand on connaît la suite... Je ne sais pas si on aurait gagné la Coupe du monde sans lui.
«En France on joue pour ne pas perdre, et en Espagne on joue pour gagner»
En d'autres termes, vous n'êtes pas un cas isolé...
Tout à fait et il y a matière à réflexion. Je suis un miraculé du foot et eux-aussi, mais combien sont passés au travers... Je me suis vraiment posé beaucoup de questions là-dessus et je tiens beaucoup à ne pas oublier cela. Il y a vraiment un débat sur ça à mener, même si je ne critique personne. J'ai failli tout arrêter et les joueurs cités également, mais plein d'autres n'ont pas eu de chance. Moi une personne m'a tendu la main, m'a aidé, et ça crée des liens forts. Je n'avais rien donc j'ai foncé direct sans regarder derrière. C'était un rêve.
L'Espagne c'était un rêve. Même pas perturbé par l'adaptation ?
Au début, il y a eu la barrière de la langue qu'il fallait briser pour apprendre très rapidement. Mais ensuite sur les différences qu'il pouvait y avoir et surtout l'adaptation, j'avais été prévenu par Eric qui m'avait dit qu'en France et en Espagne il y avait deux styles de jeu différents. En France on joue pour ne pas perdre, et en Espagne on joue pour gagner. Ensuite il a fallu que je sois très attentif défensivement, et que je fasse le job.

Quels aspects du jeu avez-vous dû particulièrement travailler ?
Il a fallu que je travaille offensivement, notamment sur l'aspect de la relance et comprendre que je faisais partie de l'attaque de l'équipe. Sur mon poste il y a une vraie structure défensive où il faut être très rigoureux, très attentif et ensuite il y a énormément de travail technique et de compréhension dans le jeu sur la relance, à la sortie de balle. S'adapter à un nouveau style ce n'est jamais facile. Ça a été assez long, il m'a fallu une année et demi pour garder le cap.
«Si je devais en choisir un, c'est vrai qu'en termes d'émotions, la victoire contre le Real Madrid en Coupe du Roi, elle reste»
Jusqu'à cette saison réussie donc. Comment la percevez-vous personnellement ?
(Il hésite) Ç'à été beaucoup de travail et de sacrifices pour pouvoir faire partie de l'équipe. Je connaissais le coach qui m'avait entraîné donc c'est vrai que j'avais cette confiance, mais les années d'avant aussi. Je n'ai jamais douté de moi et c'est un ensemble des choses qui ont fait ça. Et surtout la volonté de vouloir s'améliorer chaque jour. Je suis content de mon évolution sur cette saison, mais il ne faut pas s'arrêter là et continuer à travailler. Chaque match est important, et je joue chacun d'entre eux avec la même importance. Mais si je devais en choisir un, c'est vrai qu'en termes d'émotions, la victoire contre le Real Madrid en Coupe du Roi, elle reste. Un adversaire en particulier qui m'aurait gêné ? Ce que j'ai pu voir sur le Championnat, c'est que chaque équipe joue vraiment à un haut niveau, c'est très homogène. Donc je n'ai pas un avant-centre qui m'aurait gêné plus qu'un autre. Chaque week-end, tous vont t'exiger d'être concentré à 100%.

Il y a aussi ce premier but (contre Eibar). Même si vous êtes défenseur, c'est forcément quelque chose...
J'en garde un très grand souvenir pour moi, maintenant j'espère qu'il y en aura d'autres (rires). C'était une explosion de joie et de hargne, parce que j'étais content d'aider l'équipe. Un aboutissement non, mais vraiment un grand moment. C'était une étape et c'est vrai que j'étais vraiment content, fier de marquer ce but. Et en plus on gagne le match !
Cette équipe de la Sociedad est une des plus séduisantes du pays. Ça ne doit pas être simple de défendre à l'entraînement...
(Il rigole) C'est vrai que cette année il y a énormément de talents individuels, mais justement ça pousse à progresser et ça t'exige à donner le meilleur de toi-même chaque jour. S'il y en a un qui me donne plus de fil à retordre ? C'est dur d'en choisir un avec tous les joueurs offensifs, Odegaard, Isak, Januzaj, Oyarzabal...ils sont tous talentueux, pas un moins que l'autre, et ils te demandent tous d'être à 100%. La force de ce groupe, c'est qu'il y a une bonne alchimie entre toute la jeunesse et les cadres qui justement nous encadrent. C'est une des clés qui fait notre succès.

Une autre clé, c'est la vidéo, appréciée par l'entraîneur...
Le coach Alguacil utilise beaucoup la vidéo, c'est vrai. Il te remontre les matches, ce que je n'ai pas bien fait, ce que j'aurais du faire, mais aussi ce que j'ai bien fait et ce que je dois continuer de faire. Il faut prendre conscience de ce qui a été fait dans le match passé et voir ce qui aurait dû être mieux fait. Avec la vidéo, on se rend mieux compte. D'ailleurs, on a la possibilité d'avoir les matches et ça m'arrive souvent de me re-regarder. Bien sûr, je vois des erreurs qui m'énervent, j'aimerais ne plus jamais en faire. Maintenant le football c'est fait essentiellement d'erreur, il faut l'accepter et tout faire pour ne pas les refaire.
«Un droitier à gauche ? Je ne me suis jamais posé la question. Quand le coach m'a dit de jouer à gauche, je l'ai fait.»
Vis-à-vis de ces erreurs, y'a-t-il un secteur précis que vous devez perfectionner ?
Je ne pense pas que j'ai un axe en particulier où je dois progresser. Il ne faut pas que je me focalise sur un seul, je dois m'améliorer sur tous les plans, que ce soit encore physique, technique, tactique. Il n'y en a pas un que je dois négliger. On travaille tous les jours pour réussir à faire ce que demande le jeu. Par exemple, la prise de décision, je ne pense pas qu'il y ait un exercice particulier qui la favorise. C'est un ensemble d'entraînement, les coéquipiers qui t'aident à t'améliorer dans tes choix, et toi qui doit aussi travailler pour être au haut niveau. C'est un ensemble. Plus tes coéquipiers te poussent à être performant mieux c'est.

Tactiquement justement, vous avez des préférences à trois ou quatre, à droite ou à gauche ?
On travaille tous les schémas tactiques pour parer à toute éventualité. Mais je n'ai pas de préférence sur une défense à trois ou à quatre. Je pense qu'il faut qu'on soit en mesure de s'adapter à tous les dispositifs. Un droitier à gauche ? Je ne me suis jamais posé la question. Quand le coach m'a dit de jouer à gauche, je l'ai fait. Je pense que les postes se ressemblent énormément, il faut être dans le duel et dans la relance. Il y a beaucoup de centraux capables de le faire, et je n'ai pas de réticence à jouer sur les deux côtés. Le défenseur moderne c'est celui qui arrive à relancer bien très vite, oui. Mais il ne faut pas oublier notre but premier de bien défendre. Pour moi il faut être en place défensivement et apporter dans la relance. Il faut accepter le jeu et suivre les déplacements de ses partenaires. Ça implique d'avoir toujours la tête levée pour suivre le jeu et ne pas faire d'erreur. C'est plus simple quand on est défenseur parce qu'on a le jeu devant nous.

Est-ce que vos expériences plus jeune en tant que milieu défensif facilitent cela ?
C'est sûr qu'avoir joué plus haut dans le passé, ça aide. Je n'ai pas joué énormément non plus à ce poste, mais dans la vitesse d'éxécution ça t'aide pour ta formation. Ensuite, là où je me suis vraiment amélioré quand je suis arrivé ici c'est dans la vidéo, la répétition des gestes et le travail technique. Pour appréhender le jeu comme il se doit ici, la vidéo c'est très important.»
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