Rudy Mater. (L'Equipe)
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Rudy Mater, de VA à Pôle Emploi

Mis à la porte par Valenciennes l'été dernier après y avoir passé douze ans, Rudy Mater a vu sa vie basculer : la perte des repères, le chômage...Confession.

«Ça s'est passé brutalement, en cinq minutes. Dans une salle de 5 m², avec Monsieur Casoni.» Rudy Mater se souvient très bien de son été 2014. À une semaine de la reprise du Championnat, Bernard Casoni, alors coach de Valenciennes, lui annonce que le club ne compte pas sur lui pour la saison qui s'annonce en Ligue 2. «Je ne sais pas si ça venait de lui ou d'au-dessus, raconte Mater. Mais il m'a dit les choses. Oui, je lui en veux, j'aurais pu apporter à ce groupe...Valenciennes a perdu son âme toute la saison.»

«Des remords et de la rage»

Surnommé l'enfant du pays dans le Hainaut, où il est né, Mater est tout simplement mis à la porte de VA. Le club dont il porte le maillot depuis douze ans. Le club avec lequel il a connu les années de National. «J'étais en fin de contrat, mais après avoir passé plus de dix ans dans ce club, y avoir tout donné, c'est vrai qu'on n'arrive pas à comprendre, regrette-t-il. Quand le club s'est maintenu administrativement, j'étais un des premiers et un des seuls aux côtés des supporters et des dirigeants pour fêter cette "victoire".» Après avoir risqué la relégation en CFA 2, VA est réintégré en Ligue 2 par la DNCG, et peut commencer à construire une équipe pour se maintenir. Rudy Mater refuse alors des offres du Gazelec Ajaccio, du Red Star et du Paris FC, sûr qu'il évoluera en 2014-2015 avec le maillot rouge et blanc de VA sur le dos. «À aucun moment, je n'ai cru que ça finirait comme cela. En y repensant, on éprouve un peu de remords et on ressent de la rage.»

«Un sentiment de honte»

 Mais il faut se faire une raison. La page VA se tourne pour Rudy Mater, 235 matches de Ligue 1 à son actif. Le défenseur espère alors toujours trouver un autre club durant le mercato, et même ensuite puisqu'il est libre. «J'ai eu une proposition en Espagne, mais ça n'a pas abouti. Même chose pour d'autres opportunités à l'étranger, mais financièrement j'étais plus perdant qu'autre chose.»
 
Le voilà sans club pour la reprise 2014. Un moment difficile. Le temps des constats. «Je n'ai pas fait de dépression, mais on sort de sa bulle, on s'aperçoit que le milieu du foot est assez hostile, tranche-t-il. Dès que l'on n'est plus en haut de l'affiche, on n'a pas autant d'amis que l'on croit. Mais bon, ça je le savais. On se retrouve à la maison. Avant, c'était une routine : entraînement le matin, tu manges et tu y retournes. Là, je me retrouve presque à faire la nounou. Ma vie a basculé.» Arrive alors la difficile étape de l'inscription à Pôle emploi. «C'est un sentiment de honte. Je ne pensais pas y aller si tôt. Et même si on a fait le maximum pendant la carrière pour avoir des rentes, les gens ne comprennent pas qu'on puisse se retrouver à Pôle emploi alors qu'on est joueur de foot. Là-bas, les gens te regardent d'un air... Comme s'ils se disaient : "Mais qu'est-ce qu'il fait là ?" Je fais comme tout le monde ! En fait, je n'y étais pas préparé et c'est ça qui m'a fait le plus mal.»

«À un moment donné, nos pieds brûlent»

Les mois passent, les appels se font rares et Rudy Mater espère encore que VA le rappelle. «J'avais toujours l'espoir qu'ils se disent : "Tiens, on a peut-être fait une erreur, est-ce que ça ne serait pas logique de rappeler Rudy Mater ?" Jean-Louis Borloo m'avait recontacté en me disant qu'il serait content que je revienne car le début de saison de VA était difficile.» Mais avec des finances très instables, le retour n'a pas été possible.
 
L'ex-défenseur de VA a donc dû patienter jusqu'au mercato d'hiver pour tenter de trouver le challenge tant attendu. Des pistes en Grèce, en Roumanie, mais qui ne l'enthousiasment pas. «J'avais des contacts qui me disaient qu'ils n'étaient pas payés depuis trois mois. Je n'avais pas envie de me retrouver dans une nouvelle bataille administrative.» Finalement, en janvier, il répond à l'appel du vice-président de Feignies, petite ville de 7 000 habitants environ, à 35 kilomètres de Valenciennes. Le club qui évolue en CFA 2 avait alors l'ambition de monter. «À un moment, nos pieds brûlent. Je m'entraînais mais j'avais envie de compétition, c'est ce qu'il me manquait le plus. Ça m'a permis de retrouver des jambes. J'avais envie de m'éclater.»

«Je voudrais donner un coup de main»

Il a donc retrouvé les terrains mais avec un sentiment amer, celui d'être considéré comme vieux, lui qui aura 35 ans en octobre prochain. «C'est la mentalité française. Elle est différente de l'Angleterre où on peut re-signer deux ou trois saisons sans problème. C'est vexant pour les anciens. Regardez la saison exceptionnelle de Nivet à Troyes ou Barbosa qui a tenu Évian à bout de bras. J'avais la capacité d'apporter à Valenciennes. D'ailleurs, je suis allé les voir pour le premier match mais ensuite, ça me faisait tellement mal que je n'y suis plus retourné.» À quelques jours de l'ouverture du marché des transferts, Rudy Mater veut croire qu'il va trouver le challenge qu'il attend. Et pourquoi pas à Valenciennes. «Je ne leur dirais pas non. C'est mon club de cœur, que j'aime, je voudrais leur donner un coup de main, même sans une place de titulaire. S'ils veulent des joueurs d'expérience, ils n'ont pas besoin d'aller chercher bien loin, je suis juste à côté.» Faudra-t-il plus de cinq minutes à Valenciennes pour être convaincu ?
 
Timothé Crépin, @T_Crepin
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brochet 30 mai à 16:47

N'a probablement pas de problème d'argent, donc pas de difficultés à terminer ses fins de mois. Quand au sportif, toujours resté à VA car ce joueur n'a jamais brillé par son talent, mais plus par son caractère et surtout sa faculté à mettre des coups car techniquement il est plutôt limité. Donc il est tout à fait normal que personne ne se bouscule pour se type de joueur.

tt 30 mai à 9:23

Rudy Mater est gérant de plusieurs boutiques dans le sud de la France, ainsi que propriétaire de plusieurs logements. ce n'est pas une chute aux enfers mais simplement le temps de recevoir des indemnité chômage durant quelques mois. Et vu les salaires des joueurs les indemnités sont joli. Il reviendra sur le terrain pas d'inquiétude.

didier.brachot 29 mai à 18:08

Pôle emploi avec 6000 € par mois !!

Pipita 29 mai à 17:11

8 saisons de ligue 1 pour apres se retrouver au pôle emploi ??? Non j'y crois pas, ya quelque chose qu'il nous dit pas

Pipita 29 mai à 17:07

COmment a t-il fait pour en arriver là ? Franchement avec d'années dans l'élite il a encaissé suffisament d'argent pour avoir une vie plus que respectable même en etant sans club aujourd'hui

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