sammaritano (frederic) (L'Equipe)
Auxerre

Sammaritano : «Je ne sais pas si j'y aurais cru»

Le grand public l'avait perdu de vue depuis 2010 et cette Ligue des champions disputée avec l'AJ Auxerre. À 29 ans, Frédéric Sammaritano est de retour au premier plan. Il vient d'offrir au club bourguignon une place en finale de la Coupe de France.

«Frédéric, après le tir au but vainqueur en quarts de finale contre Brest (1-1, 4 t.a.b. à 2), vous avez inscrit le but décisif en demi-finale face à Guingamp (1-0). C'est votre Coupe de France !
C'est clair ! En plus c'est une compétition qui me tient particulièrement à cœur, parce qu'elle mêle les amateurs aux professionnels. Pour mon retour de blessure, j'avais transformé ce tir au but, et là je marque avec au bout une qualification pour la finale au Stade de France... C'est énorme...
 
Brest, Guingamp... Vu ce que vous faîtes subir aux clubs bretons, pas sûr que Claude Le Roy vous sélectionne pour le prochain match de l'équipe de Bretagne...
(Rires) Si, si, il faut qu'il me sélectionne ! Je suis prêt à défendre chèrement les couleurs de la Bretagne ! C'est vrai que c'est la seule fausse note de cette Coupe de France, éliminer deux clubs bretons. Mais bon, c'est pour la bonne cause...
Sammaritano a célébré sa qualification en famille. (L'Equipe)
Sammaritano a célébré sa qualification en famille. (L'Equipe)
Vous aviez décrit votre but marqué en novembre 2010 face à l'Ajax comme le plus important de votre carrière. Où situez-vous celui de mardi ?
Je n'y ai pas trop pensé en fait. J'aime rarement parler de mon cas personnel. Ça fait toujours plaisir de marquer, surtout un but important, mais ce que je retiens de cette soirée, c'est le bonheur avec tous mes coéquipiers et la joie de tout un club. Ça ça me fait vraiment plaisir.
 
Qu'est-ce qui vous a traversé l'esprit au coup de sifflet final ?
J'avais mes parents, mes beaux-parents, ma femme et mes enfants au stade, donc pouvoir partager cette joie avec ma famille, c'était une chose importante à mes yeux. J'ai ressenti de la fierté aussi, parce que malgré notre bonne saison on a régulièrement été critiqués pour notre manque de régularité. On prouve depuis quelque temps qu'on peut jouer à un niveau où on ne nous attendait pas forcément.
«En rééducation, on rencontre des gens qui ont eu de graves accidents, qui souffrent de maladies pathologiques difficiles... Ça fait relativiser»
Il y en a eu du chemin, depuis ce fameux but contre l'Ajax...
Ça fait plaisir de revivre des moments forts comme ça. On fait ce métier pour vivre ces matches-là, pour avoir l'adrénaline qu'ils provoquent. 
 
Si on vous avait dit au moment de votre rupture du tendon d'Achille, le 8 août, que vous alliez vivre ces moments-là en avril, qu'auriez-vous répondu?
J'en aurais rêvé, mais je ne sais pas si j'y aurais cru... J'ai beaucoup travaillé pour revenir à ce niveau. J'avais énormément de frustration pendant ces six mois, donc j'essaie de l'évacuer en donnant tout ce que je peux. Ça fait du bien de marquer aussi, parce que même si j'essayais de ne pas trop y penser, je me demandais si j'allais réussir à revenir. Ça trottait dans la tête.
 
Durant votre rééducation à Saint-Raphaël, vous avez eu l'occasion de croiser les internationaux Clément Grenier et Olivier Giroud...
J'ai vu des joueurs plus confirmés que moi être en galère aussi... On est dans le même bateau, on se serre les coudes. Ça m'a fait du bien d'être là-bas, dans un autre contexte. On rencontre aussi des gens qui ne sont pas sportifs, qui ont eu de graves accidents, qui souffrent de maladies pathologiques difficiles... Ça fait relativiser.
 
«Auxerre, qui va affronter Milan, le Real et l'Ajax, les gens s'attendent à voir un nom, une recrue confirmée, et c'est moi qui déboule !»
On a l'impression que jamais rien n'a été facile dans votre carrière, c'est aussi votre sentiment ?
Je suis passé par quelques galères, oui, après il faut relativiser, ce ne sont pas non plus des galères de fou... J'ai toujours dû en faire un peu plus, prouver un peu plus que les autres, par rapport à mon gabarit je pense. Je n'ai pas suivi un parcours classique, à la fin de ma formation j'ai dû passer par le monde amateur en National (NDLR : Yzeure puis Vannes, après que Nantes ne l'ait pas conservé), et j'ai gravi les échelons jusqu'à la Ligue des champions, avant de redescendre en Ligue 2... Ce n'est pas un parcours linéaire, c'est sûr, mais c'est une carrière qui me va plutôt bien, ou je dois aller chercher les choses à chaque fois.
 
 
Votre arrivée à l'AJA en 2010 était entourée de scepticisme, comment l'aviez-vous pris à l'époque ?
Je comprenais tout à fait ! L'AJ Auxerre qui se qualifie pour la C1, qui va affronter le Milan AC, le Real Madrid et l'Ajax, les gens s'attendent à voir un nom, une recrue confirmée, et c'est moi qui déboule ! Personne ne me connaissait, donc ça pouvait paraître suspect pour les gens. Je pense quand même avoir fait une bonne première saison, malheureusement on ne m'a pas donné ma chance pour une seconde... Je m'étais bien acclimaté, c'était une saison de découverte. Je n'étais peut-être pas assez décisif, et la direction a décidé de se séparer de moi. Ça m'avait déçu.
 
Sammaritano félicité par ses coéquipiers après son but victorieux face à Guingamp. (L'Equipe)
Sammaritano félicité par ses coéquipiers après son but victorieux face à Guingamp. (L'Equipe)
Alors il y a un an et demi, quand vous êtes revenu à l'AJA en L2, après trois saisons en L1 (une avec Auxerre, deux avec l'AC Ajaccio), ne l'avez-vous pas pris comme un retour en arrière ?
Si, un peu, c'est vrai. J'avais passé trois saisons en Ligue 1, donc revenir en Ligue 2, même si c'est dans un club mythique comme l'AJA... J'aurais espéré rester en Ligue 1. Je n'avais peut-être pas fait des saisons assez réussies, mais je m'étais dit que j'allais rebondir. Au final, l'aventure continue, j'ai vécu beaucoup de bons moments avec Auxerre.
 
Pourquoi n'avez-vous pas réussi à vous imposer en Ligue 1 ?
Je ne sais pas si c'est un échec ou pas, mais peut-être que je n'étais pas dans une équipe qui me correspondait...
 
C'est le cas désormais ?
Cette année oui. On a souvent le ballon, une grosse maîtrise technique. Ça me convient beaucoup mieux. Et il y a vraiment eu un déclic, on a pris conscience qu'on pouvait faire de grandes choses. Il y a un an, tout le monde nous voyait morts et on est allé chercher sept points en trois matches pour se maintenir. On a fait preuve d'énormément de caractère pour s'en sortir, et je pense que c'est là que cette équipe est née.
 

«Si on gagne la finale, je suis capable de faire le show après le match. Faudra compter sur moi pour

Vous allez donc retrouver le Stade de France. Il y a six ans avec Vannes, ça s'était mal passé (0-4 contre Bordeaux en finale de la Coupe de la Ligue)...
Carrément... Voir 40 000 Bretons au Stade de France, cette ambiance, c'était inoubliable, mais l'issue a vraiment été douloureuse. On avait mis tellement d'espoirs dans ce match, et se faire laminer comme ça... On n'était quand même pas à armes égales, c'était le grand Bordeaux qui allait être champion de France.
 
Du coup, vous connaissez les pièges à éviter ?
Déjà on avait pris un but au bout de deux minutes... Et puis on a avait été impressionné par le contexte, l'environnement... On ne savait plus trop où on était, le groupe était concerné mais dispersé.
 
Après votre demi-finale, vous aviez affiché votre préférence pour affronter Saint-Étienne en finale.
Clairement. Je n'avais pas la prétention de dire qu'on allait taper les Verts, mais le PSG montre que dans les grands matches, les finales, il est toujours là. Ils sont vraiment impressionnants. Ç'aurait été plus jouable contre Saint-Étienne, mais on va tout donner pour aller la gagner.
 
Et si vous gagnez ?
Je pense que je suis capable de faire le show après le match. Faudra compter sur moi pour la troisième mi-temps...
 
En attendant, on risque de pas mal parler de vous et de votre belle histoire. Comment éviter de s'enflammer ?
Moi, je ne m'enflamme jamais ! Je reste moi-même. C'est de bonne guerre : quand tu n'es pas bon, personne ne parle de toi, et quand tu marques un but décisif, il y a des gens dont tu n'avais plus aucune nouvelle qui t'envoient des messages... C'est sûr qu'il y a quelques appels, mais je ne croule pas sous les demandes hein !»
 
Propos recueillis par Cédric Chapuis
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