MG - Belo Horizonte - 02/07/2019 - Copa America 2019, Brazil vs. Argentina -Gabriel Jesus Brazil player celebrates his goal with Everton during a match against Argentina at the Mineirao Stadium for the Copa America 2019 championship. Photo: Thiago Ribeiro / AGIF *** Local Caption *** (Thiago Ribeiro/AGIF/PRESSE SPO/PRESSE SPORTS)
Copa America - Finale

Sans Neymar, le Brésil a dû se réinventer

Contrainte de composer sans son numéro 10, capitaine et atout offensif majeur, blessé à quelques jours du début de la Copa America, la Seleção brésilienne s'est hissée en finale grâce à une animation offensive tâtonnante mais flexible.

C'est un paradoxe récurrent et souvent cruel : sans son meilleur joueur, une équipe peut parfois se révéler sous un nouveau jour. Le cas du Brésil et de Neymar à l'aune de cette Copa América 2019 était d'autant plus parlant. Le Parisien revenait tout juste d'une nouvelle saison incomplète et, entre son coup asséné à un supporter, ayant entraîné la perte de son capitanat, et les accusations de viol dont il a fait l'objet en juin juste avant le début de la compétition, ses déboires éclipsaient totalement l'actualité sportive de la sélection. Pis, elles ajoutaient encore à la pression autour de cette équipe qui se devait, un an après une sortie peu glorieuse en quarts de finale du Mondial russe, de remporter la Copa America sur ses terres afin de reconquérir un public lassé. Le départ forcé de celui qui incarnait la sélection a fait s'évaporer un poids des épaules brésiliennes : Neymar et ses problèmes ont quitté la Seleção - le cortège de policiers à Granja Comary, le centre d'entraînement, entre autes - , et pendant que son cas anime énergiquement la rubrique «transferts», au pays, les hommes de Tite ont fait leur petit bonhomme de chemin. Sans lui.
L'insertion de Jesus, attaquant axial de métier, côté droit, a pris la forme d'un chaos organisé
La première métamorphose fut tactique : habitué au 4-3-3, le Ney solidement installé dans son couloir gauche, Tite a, sans son numéro 10, basculé dans un 4-2-3-1 et donné les clefs de l'attaque à Philippe Coutinho, électron libre derrière Roberto Firmino. Les deux sont accompagnés, sur les ailes, d'abord de David Neres et de Richarlison, puis de Gabriel Jesus et Everton. Cette attaque à quatre, très libre, très mobile, a été la vraie belle surprise de Seleção dont la solidité défensive n'était plus à prouver. L'insertion de Jesus, attaquant axial de métier, côté droit, a pris la forme d'un chaos organisé, le joueur de City et Firmino permutant régulièrement pour varier les schémas d'attaque. Des joueurs qui peuvent d'autant plus montré leur talent et leur complicité dans un Brésil indépendant de Neymar.

Everton «Cebolinha», la révélation

Et puis il y a eu la révélation Everton, incontournable sensation de l'été brésilien. Le gamin du Grêmio, inconnu parmi les stars de cette sélection, est la vraie découverte de cette Copa. Sa vitesse - jusqu'à 33,8 km/h sur un sprint, le plus rapide côté Brésilien - et efficacité en ont fait, en très peu de temps, un «titulaire de substitution» plus que convaincant. Comme Coutinho et Firmino, il compte déjà deux buts dans cette Copa América, inscrits lors du match d'ouverture contre le Pérou, lors duquel il entre en jeu, et lors de la démonstration brésilienne face au Pérou (5-0). Dans un effectif où la quasi-totalité des joueurs évoluent dans les grands championnats européens, Cebolinha - le petit oignon, surnom en référence à un personnage de roman pour enfants brésilien - incarne cette success story locale qui donne de la chair à cette équipe brésilienne. Un petit plus dont les supporters avaient sans doute besoin pour s'identifier à cette équipe, en témoignent les ovations XXL réservées au nouveau joyau auriverde.
Le Brésil a montré une force collective que l'on avait rarement vue
Avec le recul, alors que le Brésil va disputer sa première finale de Copa América depuis 12 ans et la victoire de 2007, l'absence de Neymar apparait forcément comme un moindre mal au vu des changements qu'elle a entraîné au sein de l'effectif de Tite. C'est tout le paradoxe : parfois, il faut se libérer des joueurs que l'on considère comme les plus indispensables pour que les autres puissent s'épanouir - à considérer, néanmoins, que c'est forcément une perte de jouer sans son meilleur joueur. Dans cette Copa América, le Brésil a montré une force collective que l'on avait rarement vue ces dernières années, et ce alors que, à chaque compétition, il est automatiquement considéré comme un favori. Un paradoxe cruel pour Neymar : depuis 2010 et ses débuts en sélection, à l'exception des Jeux Olympiques et de la Coupe des confédérations, toutes les campagnes internationales auxquelles il a participé se sont soldées par des échecs. Dimanche soir, il regardera depuis les tribunes le Brésil tenter de gagner sans lui une Copa América qui lui était promise.

Alexandre Aflalo 
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