Soccer Football - Africa Cup of Nations 2019 - Round of 16 - Morocco v Benin - Al Salam Stadium, Cairo, Egypt - July 5, 2019  Morocco's Youssef En-Nesyri misses a penalty during the shootout          REUTERS/Mohamed Abd El Ghany (Reuters)
CAN 2019 - Bénin

Saturnin Allagbé (Bénin) : «Comme si on avait déjà gagné le trophée»

Un détente singulière, une main ferme et une réussite maximale. Saturnin Allagbé vient de repousser le tir au but du marocain En-Nesyri et d'offrir au Bénin un historique quart de finale de la CAN. Avant de se frotter aux Sénégalais, le portier de 25 ans revient sur les effusions de joie post-qualification, sur le style solidaire de son équipe et sur sa progression avec Niort.

«Comment avez-vous fêté cette qualification historique pour les quarts de finale de la CAN ?
C'était n'importe quoi ! Après le coup de sifflet final, on a couru vers nos supporters, chanté, dansé... Cela s'est poursuivi dans le vestaire. Même le coach a dansé (Rires.). On était heureux, soulagés. Puis on est rentrés à l'hôtel et c'était une autre ambiance. Les autorités nous attendaient et soudain, le Président de la République (NDLR : Patrice Talon) nous a appelé pour nous féliciter. Il nous a dit combien il était fier de son équipe nationale. Après, avec la fatigue, on avait besoin de se reposer.

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Au Bénin, comment cela a-t-il été vécu ?
C'était de la pure folie. Après le match, c'est parti dans tous les sens. On a vu des vidéos de scènes de joie au pays. C'était une "dinguerie". Les gens sont sortis dans les rues jusqu'au bout de la nuit. C'est la première fois qu'on voit de telles images et qu'on ressent une telle fierté. Avant, le public fêtait les qualifications, mais là c'est un quart de finale après avoir éliminé le Maroc. C'était presque comme si on avait déjà gagné le trophée. J'ai senti la fierté des gens, j'ai reçu des milliers de messages... Mais j'ai tout de même une pensée pour ceux qui ont perdu la vie durant les scènes de joie (NDLR : Un mort et treize blessés selon le Groupement national des sapeurs-pompiers du Bénin).

«Notre style, c'est d'abord beaucoup de solidarité et de rigueur défensive»

Vous êtes en quarts de finale sans avoir gagné un match, mais également sans en avoir perdu un. La solidité est-elle la marque de fabrique de cette équipe ?
On avance, c'est l'essentiel. L'objectif premier de cette CAN était de gagner un match dans le temps réglementaire. Mais on a réussi à se qualifier avec trois nuls et grâce aux tirs au but. Cela ne nous dérange pas plus que ça, tant qu'on atteint nos objectifs. Notre style, c'est d'abord beaucoup de solidarité et de rigueur défensive. Puis on essaye d'être le plus efficace possible sur les phases offensives. On connaît nos forces et on joue avec nos certitudes sans se prendre pour ce qu'on n'est pas.

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Personnellement, vous n'êtes pas pour rien dans la réussite de l'équipe depuis vos cages avec un clean sheet et seulement un but encaissé dans la compétition...
En comptant celui de Fabien Farnolle, on est à deux clean-sheet ! Je garde la tête sur les épaules. Je n'ai joué que deux matches de CAN (NDLR : 0-0 contre le Cameroun et 1-1, 1-4 aux t.a.b. contre le Maroc). Il faut rester lucide, peu importe les performances, parce que ce n'est jamais fini. Le plus important est de reconnaître le travail collectif; C'est grâce à ça qu'on en est là aujourd'hui.
«Je ne sais pas si je vivrais quelque chose d'aussi fort»
Racontez-nous ce penalty d'En-Nesyri que vous avez repoussé...
J'ai juste bien senti le coup. Je pars du bon côté, il tire très fort, mais je sors la main opposée. Je touche le ballon suffisamment pour qu'elle tombe sur la transversale... Sur le coup, je me dis qu'on va faire quelque chose et que les derniers tireurs vont assurer.
 
Votre prestation a été unanimement saluée. Vous êtes devenu un héros national ?
C'est pour ces moments qu'on joue au football. Rendre fière toute une nation... Cela n'a pas de prix. Je remercie mes supporters, mes amis et ma famille pour tout le soutien. Je ne sais pas si je vivrais quelque chose d'aussi fort, même si on ne sait pas ce que demain nous réserve. Après, de là à parler de héros national, non. Le mérite revient à toute l'équipe. Chacun a bien fait ce que le coach a demandé et c'est ce qui a permis ce résultat et cette joie.
 
Vos performances s'inscrivent dans la continuité de votre saison pleine avec Niort où vous avez même été nommé parmi les meilleurs gardiens de Ligue 2 aux Trophées UNFP...
Il ne manque plus que le Ballon d'Or (Rires.) ! En toute honnêteté, j'ai connu une bonne progression. J'ai beaucoup travaillé pour en arriver là. Ce n'est pas un aboutissement, j'espère continuer et aller le plus loin possible. Je suis dans une bonne phase entre la saison en club et maintenant la CAN. C'est clair que cette saison restera tout en haut de mes meilleurs souvenirs.
Pourtant vous êtes arrivé aux Chamois Niortais en 2014 en provenance de Cotonou (Bénin) et vous avez passé deux saisons avec l'équipe réserve, alors en DH. C'était quoi le problème ?
C'était prévu. J'arrivais à Niort pour apprendre. Je devais jouer avec la réserve pour m'adapter car je venais du Bénin. J'entrais dans le monde professionnel et, à terme, je devais prendre le relais de Paul Delecroix. J'ai été préparé pour ça pendant deux saisons et j'ai pu faire la transition sans aucun problème.
Allagbe, sous les couleurs niortaises. (V.Michel/L'Equipe)
Allagbe, sous les couleurs niortaises. (V.Michel/L'Equipe)

«J'ai encore une marge de progression»

Dans quels domaines avez-vous le plus progressé ?
Dans tous les domaines ! Je ne suis plus le même que lors de mon arrivée. Dans mes appuis, le jeu au pied, la lecture du jeu... Et j'ai encore une marge de progression. Pascal Landais, mon entraîneur des gardiens aux Chamois Niortais me pousse dans mes retranchements. Même pendant ma blessure en décembre 2017 (NDLR : fracture du péroné), il a toujours été là pour moi. Je lui dois beaucoup. Je remercie le club d'avoir cru en moi. Mais c'est maintenant que le plus dur commence, donc il faut rester concentré sur le travail.
 
Maintenant, c'est le Sénégal, un des favoris de la compétition, qui se présente. Pour un nouvel exploit ?
Contre le Maroc, personne ne nous voyait venir. C'est logique, on n'était pas favoris et c'est tant mieux car on n'avait pas de pression. Mais on reste des compétiteurs et on veut toujours gagner. On va tout donner pour n'avoir aucun regret à la fin. On vit déjà une aventure formidable et si on passe le Sénégal, ce sera encore plus fort ! À nous de mettre tous les atouts de notre côté pour bien aborder cette rencontre importante.»
Augustin Audouin
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