(L'Equipe)
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Solidarité avec Djonkep

Mercredi, l'entraîneur de l'UMS de Loum, champion du Cameroun en titre, a été licencié pour s'être opposé à un remplacement exigé par son président. Encore un exemple de dirigeant irrespectueux qui n'en est pas à son premier coup tordu...

Amis internautes, les plus anciens d'entre vous se souviennent certainement de Bonaventure Djonkep. Attaquant international du Cameroun des années 1980, désormais âgé de 55 ans, il a gagné les CAN 1984 et 1988 et disputé le Mondial 90. Reconverti entraîneur, l'ancien ailier de l'Union Douala a beaucoup, beaucoup bourlingué dans son propre pays. Cette saison, Djonkep dirigeait (plutôt bien d'ailleurs) l'UMS de Loum. Jusqu'à mercredi soir tout du moins et à son licenciement par Pierre Kwemo, ancien boxeur, homme politique et président de l'UMS.
«Au lieu qu'il se répande, au lieu qu'il comprenne qu'il y a quelque chose qui ne va pas, il continue de faire ses bêtises. Je dis non ! Il ne faut pas que les présidents pensent qu'ils sont tout-puissants. Il n'est pas Dieu le père».
A l'origine de cette décision, une altercation, filmée et diffusée partout dans le pays, lors du dernier match de Championnat, dimanche dernier, entre l'UMS et le Stade Renard de Melong, deux équipes qui occupent respectivement les 3e et 2e places de l'élite camerounaise. Djonkep, furieux sur les images, est retenu par la police et des personnes présentes sur le banc, alors qu'il était sans doute sur le point de s'en prendre à Kwemo, en plein match... Une colère qu'il n'a pas su contenir, et pour cause.

Le double vainqueur de la CAN n'a tout simplement pas supporté que son patron vienne près du banc afin d'exiger le remplacement d'un joueur. «Il est descendu de la tribune pour récupérer la feuille de remplacement et pour y inscrire le nom d'un joueur qu'il voulait envoyer», a expliqué après coup le coach excédé. Avant de libérer devant les médias toute sa frustration : «L'autre jour, pour aller à Garoua, on a été obligé de prendre un car de transport public. Une équipe de football qui prend un car de transport pour aller à Garoua...On a fait 33 heures de route pour y prendre quatre buts. Au lieu qu'il se répande, au lieu qu'il comprenne qu'il y a quelque chose qui ne va pas, il continue de faire ses bêtises. Je dis non ! Il ne faut pas que les présidents pensent qu'ils sont tout-puissants. Il n'est pas Dieu le père».

Une douzaine d'entraîneurs en quelques années

Le jour même, l'UMS a pris la décision de virer son technicien, une décision qui lui a été signifiée officiellement mercredi. La presse camerounaise, familière du président Kwemo, rappelle que ce dernier n'en est pas à ses premières frasques depuis que l'UMS a rejoint l'élite du football local. En 2014, ce dernier aurait menacé ses joueurs d'une arme dans le vestiaire à la mi-temps, parce qu'ils étaient menés ! On évoque aussi une gifle administrée à l'un de ses entraîneurs, Augustin Kamga, en pleine demi-finale de Coupe nationale !

Au total, le président Kwemo a consommé ou consumé une douzaine de techniciens ces dernières années, dont cinq selon une chaîne télé locale lors de la phase aller du championnat 2016... Bref, Djonkep n'est que la dernière victime d'un dirigeant visiblement sans scrupules. Qu'en pense le syndicat ou l'association des entraîneurs camerounais, si l'en existe un ? On espère que "Bona" Djonkep retrouvera rapidement un club stable, mais surtout respectueux de son technicien et du grand footballeur qu'il a été. Quant au nouveau coach de l'UMS -l'ancien adjoint de Djonkep- il est prévenu : c'est bien sur un siège éjectable qu'il est assis...
Frank Simon
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