15.09.2018, St James Park, Newcastle upon Tyne, ENG, Premier League, Newcastle United vs FC Arsenal, 5. Runde, im Bild Granit Xhaka of Arsenal celebrates scoring the opening goal // Granit Xhaka of Arsenal celebrates scoring the opening goal during the English Premier League 5th round match between Newcastle United and FC Arsenal at the St James Park in Newcastle upon Tyne, Great Britain on 2018/09/15. EXPA Pictures © 2018, PhotoCredit: EXPA/ Focus Images/ Simon Moore  *****ATTENTION - for AUT, GER, FRA, (Simon Moore/Focus Images/EXPA//PRESSE SPORTS)
Ligue Europa - Huitièmes

Souvent critiqué et inconstant, Granit Xhaka est devenu un joueur clé pour Unai Emery

Alors qu'Arsenal est en pleine transition post-Wenger, Granit Xhaka est un des éléments importants pour Unai Emery. Par un rôle mieux adapté et une maturité certaine, le Suisse revient au premier plan.

Samedi 2 mars. Comme à l'aller, les Gunners tiennent le bon bout et mettent à mal des Spurs bien moribonds. Pourtant, Tottenham est toujours dans le coup, Mustafi s'étant mis à la faute dans la surface. Mais Arsenal a l'occasion de laver l'affront. Aubameyang a la victoire au bout du pied dans le North London Derby... Sauf que le Gabonais se manque complètement son coup de pied de réparation. Arsenal concède le nul dans une rencontre maîtrisée, et à la fin du match, las, amorphe, se dresse l'attaquant des Gunners. Il est alors réconforté par un de ses coéquipiers : Granit Xhaka. «On gagne ensemble, on perd ensemble, on fait match nul ensemble. Garde la tête haute mon frère, on est tous avec toi», postait-il ensuite sur les réseaux sociaux.

Un mental de gagnant

Le Suisse a développé des qualités de footballeur, mais aussi de taulier. Dans le vestiaire, il est un des hommes forts, un des relais de son entraîneur, Unai Emery. Il a cultivé cette personnalité forte depuis plusieurs années maintenant. «Il était très ambitieux. Il avait déjà beaucoup de caractère et des objectifs, se souvient Steffen Korell, le directeur du recrutement du Borussia Mönchengladbach. En arrivant, il nous a dit : "j'ai joué la Ligue des champions avec Bâle, je veux le faire avec vous"». Nous sommes alors en 2012, et le Suisse a tout juste rejoint l'Allemagne. Sauf qu'à l'époque, Gladbach vient de perdre trois joueurs clés : Reus, Dante et Neustädter. «On devait garder les pieds sur terrain, ne pas trop évoquer la C1, rappelle-t-il. Mais avec son attitude, il poussait toujours l'équipe. C'est l'histoire de Granit».Résultat des courses, il quittait le BMG comme capitaine de l'équipe pour Arsenal. Très rapidement, Emery nommait cinq capitaines : Koscielny, Cech, Ramsey, Özil et... Xhaka. Qui a donc retrouvé ce brassard qu'il portait en Allemagne mais aussi en sélection nationale. «C'est un grand honneur pour lui. Il aime avoir un rôle de meneur», commente Taulant Xhaka, son frangin. A Gladbach, on dit de lui qu'il est arrivé comme un gamin, et reparti comme un homme. En sélection aussi, il s'est distingué par sa personnalité. Philippe Senderos, qui avait beaucoup entendu parler de lui avant de le voir débuter en A en 2011, confirme. «C'est quelqu'un avec beaucoup de caractère. Sur le terrain, il est très expressif. C'est un gagneur», lâche-t-il, convaincu par son poulain. «Il a toujours eu cette attitude de vainqueur, mais c'est un homme accompli qui sait prendre ses responsabilités», commente Remo Gaugler, son entraîneur chez les jeunes au FC Bale.

Une polyvalence au milieu

Chez les Gunners, comme dans ses expériences antécédentes, il a connu plusieurs rôles sur le terrain. «La première fois que nous l'avons observé, c'était en U18 contre l'Autriche, se remémore le recruteur de Gladbach. Il jouait plus offensif, numéro 11, en soutien de l'attaquant». Un repositionnement qu'a aussi suivi Philippe Senderos. «On a tout de suite vu qu'il avait beaucoup de qualités. Il jouait plus haut, genre numéro 10, très créatif, rappelle celui qui a été son coéquipier en sélection. Il s'est reconverti en 6/8, plus défensif. Mais avec son jeu long et sa qualité de passe, ça convient bien». A son arrivée à Gladbach (2012-2016), c'est comme milieu central qu'il est utilisé, là où il avait été installé à Bale. «Ce n'était pas aisé d'arriver dans ce contexte, avec les départs, à son âge, rappelle Korell. Il fallait du temps, mais c'est notre philosophie d'intégrer les jeunes».

A Bale, Xhaka se fait rapidement remarquer et affiche certaines facilités. Des qualités qui ressortent aujourd'hui, notamment dans sa capacité à trouver des coéquipiers à peu près n'importe où grâce à son pied gauche. «Quand il était jeune, des U12 au U15, il était impressionnant techniquement. Il apprenait facilement, s'adaptait à différentes situations, relate Remo Gaugler, son entraîneur à l'académie de Bale. Il a développé une incroyable compréhension tactique avant ses 18 ans». Ironie de l'histoire, c'était son frère, Taulant, qui était observé par Gaugler, mais «fasciné par les qualités de Granit», il a pris les deux.
Comme ce fut le cas à Arsenal à ses débuts, l'adaptation n'était pas aisée. Le Suisse franchissait les paliers à mesure que sa carrière avançait. Chaque marche (beaucoup) plus élevée que la précédente. «C'était difficile de s'adapter à la Bundesliga par rapport au Championnat suisse. Tous les week-ends il y a des challenges, avoue Korell. C'était un peu surprenant pour lui, mais il a beaucoup appris de cette situation». Avec lui, l'équipe a progressé, à tel point qu'elle a disputé la fameuse C1 qu'il convoitait tant, lors de sa dernière saison, en 2015-2016.

Favre et Wenger, les mentors

Au Borussia, les progrès de Xhaka sont venus aussi d'une personnalité phare : Lucien Favre, son coach de 2012 à 2015. La relation entre les deux hommes s'est construite, et elle est devenue très forte. «Lucien est un excellent entraîneur pour les jeunes, il s'intéresse à tous les détails, analyse Steffen Korell. Au début, il disait à Granit : "tu dois apprendre, sois patient, il faut du temps"». L'influence de l'entraîneur suisse lui a donné cette soif d'apprentissage, mais surtout progressivement du temps de jeu pour prouver à son coach qu'il était à la hauteur. A Londres non plus, tout n'a pas été rose tout de suite. Il faut dire qu'il n'a pas connu l'ère de la plus grande stabilité chez les Gunners.

Souvent aligné dans un double-pivot avec Wenger, ou comme pointe basse d'un milieu à trois, ce rôle ne lui convenait pas. Parce qu'il n'était pas à l'aise ou que les joueurs à côté de lui ne le complétaient pas toujours. On attendait de lui qu'il prenne une grande charge du travail défensif, autant pour protéger le "back-four" que pour bloquer les contre-attaques. Il avait aussi cette tâche de meneur en retrait, mais il s'est régulièrement pris les pieds dans le tapis. Même s'il n'a jamais fait l'unanimité auprès des supporters, il n'y a jamais eu de doute dans l'esprit de "Tonton". Après Favre, Wenger a aussi été une personne clé dans le développement du regista suisse. «Il était triste quand il est parti. Wenger a été responsable de son transfert, Wenger a été celui qui l'a ramené à Arsenal», raconte son frère, Taulant.

Traduction : Xhaka a tellement progressé avec Emery. Il est vital pour l'équipe et beaucoup moins exposé que sur les deux dernières saisons. Torreira et lui devraient être notre milieu pour des années.

Cette saison, il profite des arrivées de Torreira et Guendouzi pour rayonner. Les tâches défensives ne lui sont plus réservées, les solutions au milieu sont plus nombreuses, et Emery a amené avec lui une meilleure discipline, qu'elle soit défensive ou tactique (ce qui, au regard de la saison, des performances et des chiffres peut sembler paradoxal). Très souvent, il évolue dans un milieu à deux, avec l'une des recrues, que ce soit à trois ou quatre derrière. Mais son "éducation" à Bale lui a permis, selon son ancien coach, de cultiver une certaine polyvalence : «Grâce à son apprentissage comme joueur offensif à l'académie, sa progression dans les duels et les tacles, sa compréhension tactique et ses qualités techniques, il peut jouer partout au milieu».

Presque au top ?

Toujours au cœur du jeu, mais beaucoup moins exposé cette saison. «Il aime beaucoup son rôle. Au début, il a eu quelques difficultés à s'y habituer, mais maintenant il s'y plait et est très à l'aise, raconte son frangin. Il aime tirer les ficelles. Il s'est endurci mentalement». Il faut dire qu'il touche beaucoup, beaucoup de ballons. Cela n'est pas nécessairement nouveau, la saison passée il en touchait tout autant (voire plus), mais il a beaucoup moins de tâches défensives à assurer. Derrière Jorginho, aucun milieu de terrain n'a fait plus de passes que lui (1921, 76.8 en moyenne par match, avec 85.2% de réussite). «Son travail va payer, et ça commence déjà à être le cas, il a énormément progressé, explique Senderos. Ça vient aussi des nouveaux joueurs qui sont venus équilibrer l'équipe, ils aident Granit à mieux tenir son rôle».Xhaka est parfois critiqué pour des ballons perdus dans des zones dangereuses. Des pertes de balle qui ont souvent conduit à des drames. Senderos tient à nuancer. «Dans son rôle, avec le nombre de ballons qu'il touche, il va toujours y avoir des erreurs, du déchet, explique-t-il. L'important, c'est de savoir comment réagir après ses passes ratées, et éviter d'être exposé». Il semble que ces erreurs sont venues d'une passe trop lente ou d'un excès de touches de balle. Les équipes adverses ont souvent réussi à le gêner en lui imposant un gros pressing dès qu'il reçoit le ballon. Un aspect sur lequel le joueur doit encore travailler, mais où ses partenaires peuvent aussi l'aider, en proposant des solutions viables, et plus rapides. Car à l'inverse, quand il est dans de bonnes conditions, le Suisse a prouvé qu'il était un excellent chef d'orchestre, capable d'alterner le jeu, de dicter le tempo de la partie. Et qu'il soit devenu un homme clé dans une équipe comme Arsenal n'étonne pas du tout Remo Gaugler. «A Gladbach, il a construit sa personnalité et sa force mentale, explique-t-il. A Arsenal, il a travaillé son apport tactique et ses qualités de leader». Désormais, à Granit de performer avec la régularité qu'attend de lui Unai Emery. En pleine transition depuis le départ de Wenger, il s'inscrit parfaitement dans le projet de reconstruction d'Arsenal, autant sur le terrain qu'en dehors.
Jérémy Docteur
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