guy (stephane) (L'Equipe)
Votre meilleur commentateur (3e)

Stéphane Guy : «Une passion absolue pour ce métier»

Vous avez été 29 000 à voter pour élire votre commentateur de foot préféré. Avec 9% des voix, Stéphane Guy, l'une des figures de Canal +, commentateur mais aussi présentateur de J+1, est 3e.

«Franchement, pour vous, quelle est la plus grosse surprise des résultats de ce sondage ?
Je suis surpris que Christophe Bureau (NDLR : TF1/Eurosport) ne figure pas dans le top 5. Je trouve également que des garçons comme Éric Huet et François Marchal (NDLR : ses deux collègues à Canal +) gagneraient à être mieux écoutés. Sinon, je dis chapeau à Jano Rességuié (2e), parce qu'on est sans doute moins exposé en radio qu'en télé. C'est mérité. Je connais moins bien les commentateurs radios, mais Jean Rességuié a un talent incontestable. Le classement me convient sinon.

Vous auriez voté pour qui ?
Pour moi (il explose de rire). Je plaisante. C'est compliqué. Du moment que Canal gagne, tout va bien. J'ai l'esprit maison, je pense que c'est normal que Canal + soit bien représenté dans ce sondage. Ça me paraît logique.

«À Canal +, on a été élevé avec l'idée que derrière toute image, il y a une information»

C'est quoi un bon commentateur ?
C'est un équilibre très fin et très subtile à trouver. Même si la télévision et la radio sont deux métiers différents. J'ai fait peu de radio donc je ne peux pas en parler avec une parole d'expert, mais il me semble que ce n'est pas du tout la même chose. En radio, il faut un talent de conteur assez particulier, beaucoup de capacité à emmener l'auditeur dans l'imagination. En télé, je pense que c'est un mixte entre la description, l'information et l'émotion, ce sont les trois piliers du commentateur télé. À Canal +, on a été élevé avec l'idée que derrière toute image, il y a une information. C'est un peu ce qui guide mon commentaire. Avec le temps, on essaie d'épurer de plus en plus. Personnellement, je ne suis pas encore satisfait de ça, je peux encore faire mieux. Je ne travaille pas mon commentaire au quotidien, je ne suis pas devant ma glace à répéter vu le nombre de match que l'on couvre. Chaque rencontre est une remise en cause. Je suis un éternel insatisfait. Après le coup de sifflet final, je m'interroge, évidemment, sur ce que j'ai fait, sur la façon comment j'ai décris tel ou tel événement important, est-ce que je l'ai bien fait ou pas. Ensuite, en télé, on a une dimension très importante que n'a pas le commentateur radio qui est un peu un soliste, c'est qu'on est en équipe. À Canal +, on est deux, trois voire plus. Il faut vraiment intégrer cette dimension, faire de la place au consultant à côté de nous, à l'homme de terrain sur la pelouse. Nous, on a un rôle d'accordeur de talents, une sorte de chef d'orchestre.

Trouvez-vous normal qu'un commentateur soit moins populaire qu'un joueur ?
Oui ! Je vais te raconter une anecdote : l'autre jour, j'avais un avion à prendre à Orly. L'équipe de foot d'Auxerre était là et partait jouer en Corse je crois. Des jeunes joueurs sont venus faire une photo avec moi ! Pas par rapport à mes commentaires mais plutôt à l'émission J+1 que je présente. Une émission qui, je pense, est populaire auprès des footeux. J'étais sur le cul ! Je leur ai dit : "Mais vous rigolez ou quoi ? Si quelqu'un doit faire une photo ici c'est moi avec vous et pas l'inverse." Nous, les commentateurs, on est rien. On appartient au paysage et basta. Il n'y a pas de débat. Après, je pense que les gens ne mentent pas : j'ai un nombre de retours positifs tellement incroyables par rapport à J+1. J'ai conscience d'être dans un paquet qui attire un peu la lumière. J+1, d'ailleurs, ce n'est surtout pas moi. Ce n'est pas de la modestie ou je ne sais quoi, je ne suis pas quelqu'un de naturellement modeste mais c'est une œuvre collective. Il y a bien d'autres personnes beaucoup plus importantes ou au moins aussi importantes que moi dans J+1.

«Je n'ai jamais imaginé être un footballeur de haut niveau»

Qu'enviez-vous aux joueurs ?
Rien. Au contraire, j'ai beaucoup de tendresse pour les joueurs parce que ce sont des mômes. Je sais qu'il y a beaucoup de commentateurs ou de journalistes sportifs qui embrassent cette carrière parce que ce sont des sportifs un peu contrariés. Moi, pas du tout. Je n'ai jamais une seconde imaginé dans ma vie être un footballeur de haut niveau. J'ai toujours rêvé être commentateur sportif.

Les joueurs sont-ils sensibles aux commentaires ? On vous a déjà fait des reproches ?
Ça ne me dit rien comme ça. Dans nos métiers, ce qui est très étonnant, c'est qu'en général, on n'a pas de reproche. C'est rare que quelqu'un m'arrête dans la rue pour me dire ''Je déteste ce que vous faîtes''. C'est plutôt le contraire. Après, il y a les fameux réseaux sociaux où on se lâche beaucoup et où il n'y a que les "rageux" qui s'expriment.
«Pour le moment, je suis moins inspiré quand je commente la Ligue 1 pour surnommer des joueurs»
Que faites-vous une minute avant un direct ?
Quand je fais une émission, je fais une prière (il sourit). Quand je suis sur un match, j'aime bien avoir un dernier geste amical avec mon consultant, un petit encouragement. Je ne suis pas superstitieux.

Quelle est votre expression favorite, votre tic de langage ?
Je sais que j'utilise trop l'expression "Loin s'en faut". On me l'a déjà dit. J'aime bien également donner des surnoms aux joueurs. "L'infernal Wayne Rooney", ça me plaît. C'est un joueur que j'adore et c'est un surnom qui lui ressemble. Je l'utilise sûrement un peu trop mais j'ai le droit de m'amuser aussi. J'aime bien, c'est très anglo-saxon, peut-être que c'est plus compliqué en France. Pour le moment, je suis moins inspiré quand je commente la Ligue 1 pour surnommer des joueurs.

«Je suis un boulimique»

Quel est le match où vous avez pris le plus de plaisir ?
Je peux t'en citer dix mais il y a eu des derbys de Manchester mémorables. Comme celui où Rooney fait son retourné (vidéo ci-dessus). C'était un moment absolument incroyable. Et il y a le dernier match de la saison 2012 quand City, face aux Queens Park Rangers, devient champion d'Angleterre à la 94e minute. C'est souvent lié à l'enjeu ou à un but extraordinaire. Très récemment, j'ai eu une magnifique émotion à commenter le premier but d'Anthony Martial à Manchester. Et c'était une affaire collective parce que j'étais avec Rémi Garde qui lui avait fait jouer son premier match en professionnel à Lyon en Ligue 1. On a vraiment partagé ensemble un moment rare. C'est ça qui est beau dans ce qu'on fait.
 
Capable de placer "France Football" dans un prochain commentaire ?
Je pense que je cite souvent France Football. J'aime bien citer mes sources, je n'ai aucun problème avec ça, j'utilise beaucoup la presse écrite quand je prépare les matches. Systématiquement la presse régionale. Je vais faire Rennes-Nice dimanche, j'aurais forcément lu Ouest-France et Nice Matin toute la semaine. Et si je vois des choses qui m'intéressent, je n'hésite pas à les reprendre et à les citer.
 
Que rêveriez-vous de commenter ?
Je suis insatiable. Je veux toujours commenter le match qui vient. J'ai une passion totale et absolue pour ce métier. Et pas pour passer à la télé. Ce qui m'intéresse, c'est de commenter les meilleurs matches possibles. Ce n'est pas de savoir si c'est sur telle ou telle chaîne devant tant de téléspectateurs, je m'en fous. Là, je voudrais commenter PSG-Real la semaine prochaine, Arsenal-Bayern la veille et le derby de Manchester quatre jours après. Je suis un boulimique. J'ai toujours envie. Après bien sûr, j'aimerai commenter un derby de Glasgow au Celtic Park, un Real-Barça, un Boca-River, une finale de Coupe du monde. La liste est infinie. J'en ai commenté tellement et il y en a tellement que je n'ai pas commentés que...J'ai le temps !»
Timothé Crépin
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tjfrcjh 14 oct. à 21:09

C'est un commentateur que j'écoute avec plaisir.

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