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Foot féminin

Stéphanie Mugneret-Béghé, promo Zidane

Comme Zizou, elle a longtemps brillé sous le maillot bleu au poste de N°10. Avec Zizou, elle a appris le métier d'entraîneur lors de leur DEF passé ensemble. Et comme Zizou, elle rêve désormais de diriger une équipe de l'élite.

115 sélections sous le maillot bleu.
«Dès qu'on voit Zidane, on comprend qu'il a quelque chose en plus.» Le ton est posé, empreint de respect. Issue de la même promotion que «ZZ», Stéphanie Mugneret-Béghé n'a pas attendu cette rencontre inattendue sur les bancs de Clairefontaine pour écrire sa propre histoire. Plongée dans la marmite football depuis sa tendre enfance, l'ancienne internationale aux 115 sélections taquinait le cuir en compagnie de ses camarades de classe. Comme de nombreuses jeunes filles, elle a débuté sa carrière avec les hommes. «J'ai joué avec les hommes jusqu'à la limite d'âge (NDLR : 14 ans). Par la suite, j'ai intégré la section féminine de l'US Villers-les-Pots. Nous étions un groupe jeune et nous sommes montées en D1.»
En 1992, le club bourguignon loupe de peu le maintien. Retour en D2 et direction le FC Lyon pour Stéphanie Mugneret-Béghé. Dès sa première saison, elle remporte le Championnat. L'équipe n'est pas encore sous l'égide de l'Olympique Lyonnais, mais la soif de vaincre est déjà prégnante. Pourtant, la N°10 ne se sent point à son aise. «La ville ne me plaisait pas. Pour être lyonnais, il faut avoir une mentalité bien spécifique.» Son amie, Brigitte Henriques (secrétaire générale de la fédération française de football), la ramène à Juvisy en 1994. Avec les Essonniennes, elle gagne des titres, rencontre son mari et trouve une bande de copines toujours aussi proche. «Avec les filles, on se voit tous les ans. Dès qu'il y a un problème, nous sommes présentes. Humainement, elles sont au top. »

Le quiproquo avec Marinette Pichon

Factrice de métier, sa vie est bercée par la routine. Or, la tentation américaine est bien concrète. Tandis que Zinedine Zidane vit sa plus belle saison du côté de Madrid, la Women's United Soccer Association (WUSA) voit le jour en avril 2001. Stéphanie est sondée, mais s'accroche au Vieux continent. En 2002, rebelote. Cette fois-ci, la Bourguignonne souhaite sauter le pas sauf qu'un quiproquo l'en empêche. «La deuxième année, j'avais dit oui. Mais, c'est Marinette Pichon qui part sur un quiproquo. Nous sommes draftées toutes les deux et la WUSA pensait que j'avais refusé alors que ma réponse était positive. Elle va à Philadelphie. Au début, je l'ai mal accepté mais maintenant ça va. C'est du passé.» Il faut attendre 2003 pour voir « l'autre » Frenchie s'installer chez l'Oncle Sam. Elle est draftée par les Boston Breakers. Une exquise pige d'une seule saison qui s'achève dans le fracas. La WUSA met la clé sous la porte pour causes financières. 
Stéphanie Mugneret-Béghé est aujourd'hui à la tête de la section féminine de l'école des sports du 16e arrondissement de Paris. (D.R)
Stéphanie Mugneret-Béghé est aujourd'hui à la tête de la section féminine de l'école des sports du 16e arrondissement de Paris. (D.R)
Depuis son arrivée, la section féminine est passée de 12 à 180 licenciées.
Stéphanie Mugneret-Béghé rentre à la maison et rebondit dans son fief de Juvisy. Elle fréquente les pelouses jusqu'en 2005 avant de prendre sa retraite. Sans diplômes, elle prend les commandes de l'AS Bon Conseil, club omnisports du VIIe arrondissement. En 2008, l'Ecole des Sports du 16e la contacte. Christophe Lafarge, président, inaugure sa section féminine avec seulement 12 licenciées. Aujourd'hui, on décompte 180 joueuses et tout ça sans argent ! «Je ne donne pas une cacahuète aux joueuses, mais je leur propose un projet humain. Chaque intersaison, il n'y a pratiquement aucun départ. Mais, je sais qu'il nous faudra un peu d'argent pour aller en D2.» L'ancienne internationale accélère le rythme et passe ses diplômes : BE1, BE2 et BEF. Dans la même promotion, donc, que Zidane, Makelele ou encore Diomède, le petit groupe évoque ses histoires et ses différences. «Nous avons parlé de nos carrières, mais c'est incomparable. Le football féminin est encore jeune. Ce que je leur dis, c'est qu'ils ont de la chance. Quand Zidane arrive dans un club, il a cette légitimité. Malgré une expérience ratée du côté de Bastia, c'est pareil pour Claude (Makelele). Il est considéré... »

«Zinedine voit avant les autres»

Pour elle, un bon coach doit savoir s'entourer. Un tour de force réussi de main de maître par « ZZ ». «Je pense que Zizou, contrairement à Claude, a eu cet avantage d'avoir un adjoint : David Bettoni. C'est son meilleur ami et les deux s'entendent à merveille. C'était évident que Zinedine n'allait pas se planter. Il voit avant les autres, ce qu'il faisait déjà sur un terrain.»
Alors que Corinne Diacre se bat dans la « jungle » masculine de la Ligue 2 avec Clermont, Stéphanie Mugneret-Béghé passe son BEFF (brevet d'entraîneur formateur) au contact des U17 nationaux du PSG. Et découvre la difficulté de s'imposer dans un milieu d'hommes. Une femme doit toujours prouver -un peu- plus. «Je ne critique pas, je trouve ça logique. Le football féminin est nouveau. Habituons juste les jeunes à avoir un encadrement féminin dans l'avenir.»
 
Charles Chevillard
http://www.outsider-mag.fr/
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