11th August 2018 - Premier League - Huddersfield Town v Chelsea - Steve Mounie of Huddersfield - Photo: Simon Stacpoole / Offside. (Simon Stacpoole/Simon Stacpoole / Offside)
CAN 2019

Steve Mounié (Bénin) : «Faire de mon pays un pays à zone rouge...»

Attaquant du Bénin, qui va tenter de gagner le premier match de son histoire dans une CAN, Steve Mounié, l'ancien joueur de Montpellier, aimerait également mettre en lumière ce pays d'Afrique de l'ouest de 11 millions d'habitants situé entre le Nigeria et le Togo. Et qui a récemment eu le droit à un mauvais coup de pub qui n'a pas plu au joueur d'Huddersfield.

«Steve, avant de participer à la CAN, vous avez connu une saison bien délicate sous les couleurs d'Huddersfield qui a été relégué de Premier League au Championship... Que s'est-il passé ?
Une saison assez mitigée et un peu désastreuse collectivement. Avec une descente à la clé. Individuellement, aussi, cela n'a pas été la meilleure saison de ma carrière. Il y a beaucoup d'éléments qui ont fait qu'on n'a pas su se maintenir une seconde saison en Premier League. Lors de notre première saison (NDLR : en 2017-18, Huddersfield était un promu), il y avait cet élan, cette euphorie et cette énergie qu'on amène lorsqu'on découvre un nouveau Championnat. Et c'était le cas pour la plupart des joueurs. On a réussi à se maintenir avec le cœur. C'est difficile ensuite de reproduire ça une seconde saison. Normalement, on est alors censé apporter des joueurs d'expérience, qui connaissent le Championnat, pour venir compléter ce groupe. Malheureusement, ça n'a pas été le cas. Le recrutement n'a pas été assez efficace, dans le sens où les recrues n'avaient aucune expérience en Premier League. C'étaient des jeunes qui découvraient. Et on n'avait pas le temps de découvrir. On a perdu pas mal de points en première partie de saison. Ensuite, c'est la dimension mentale qui entre en compte. Si la majeure partie des joueurs n'a pas l'état d'esprit que j'ai pu avoir par exemple quand j'étais à Nîmes et qu'on s'était maintenu malgré huit points de pénalité, c'est compliqué.

C'était devenu trop dur...
On est à la place où on devait être... Huddersfield, c'était le Petit Poucet de la Premier League. Contre toutes attentes, on avait réussi à se maintenir lors de la première saison alors que tout le monde nous voyait descendre. Malheureusement, on l'a payé cash sur la deuxième saison.

La fiche de Steve Mounié
Pour vous, l'attaquant, n'inscrire que deux buts a-t-il été frustrant ?
Oui, j'ai également donné trois passes décisives... Et, malgré cette pauvre saison, je finis comme le joueur le plus décisif de mon équipe. J'ai été décisif cinq fois. C'est pour vous dire... C'est un problème vraiment collectif, un naufrage collectif. Je sais que malgré ça, j'ai beaucoup progressé cette saison.
«C'est un problème vraiment collectif, un naufrage collectif»
Sur quoi, par exemple ?
Sur l'aspect technique, je garde beaucoup mieux le ballon ; sur ma façon de me projeter vers l'avant... Il a fallu se réinventer cette saison, trouver des solutions pour marquer des buts de manières différentes pour aider l'équipe. Vous le savez, je suis un attaquant de surface, j'attends les centres. Mais comme je ne les avais pas forcément, il a fallu trouver des solutions pour essayer de grappiller quelque chose. J'ai progressé en ce sens. J'ai pu me procurer des occasions par moi-même mais je ne peux pas faire des miracles. Ce sont des choses qui m'ont servi, ensuite, pour l'équipe nationale. On sait le niveau de la Premier League. Et les progrès effectués en club servent toujours.

Quel pourrait être votre avenir ?
Pour le moment, je me prépare et je reste vraiment concentré sur la CAN. On verra à la fin. Je ne me prends pas trop la tête à ce sujet.

«On va y aller comme un collectif. On est une famille»

Concernant justement cette CAN, c'est la toute première que vous allez disputer. Quel sentiment vous anime avant cette grande compétition ?
Une grande fierté de pouvoir représenter le Bénin dans une grande compétition internationale. Ça faisait un moment qu'on n'y avait pas participé. On est d'autant plus fier de faire partie de cette équipe. On a à cœur de réaliser une grande compétition et de montrer que le Bénin a de la valeur.

Avec quelles certitudes le Bénin s'avance-t-il pour cette compétition ?
Nos atouts, c'est le collectif. On va y aller comme un collectif. On est une famille. On va se battre avec nos armes, l'abnégation, la hargne sur le terrain, on va jouer nos cartes. On n'y parviendra pas individuellement, notre campagne de qualifications l'a démontré. Quand on a battu l'Algérie et le Togo, c'était vraiment tous ensemble. On sait qu'on n'est pas la nation la plus prolifique en termes techniques ou au niveau des joueurs qui évoluent au plus haut niveau, mais on a notre chance en étant soudés, en préparant bien les matches et en ne craquant pas sous la pression. C'est ça qui va faire qu'on va réaliser une bonne CAN.

Cameroun, Ghana et Guinée-Bissau : sera-t-il simple d'aller chercher un billet pour la suite ?
C'est un groupe très solide ! On a le dernier vainqueur de la compétition (Cameroun), le Ghana qui est une très grande nation et qui rejoint quasiment tout le temps les quarts, voire les demi-finales, et la Guinée-Bissau que je ne connais pas trop mais je ne doute pas qu'elle soit une équipe redoutable. Il va falloir réaliser des matches très sérieux, très intelligents et prendre les points quand il le faut si on veut passer ce tour.
«Le premier objectif ? Gagner un match. C'est peut-être un peu réducteur mais le Bénin n'a jamais gagné un match dans une CAN.»
Quel peut être l'objectif du Bénin ?
Le premier objectif, c'est de gagner un match ! C'est peut-être un peu réducteur mais le Bénin n'a jamais gagné un match dans une CAN. Donc on rentrerait déjà dans l'histoire. Ensuite, quand on aura gagné ce match, ce sera tenter de passer ces poules. Avec cette nouvelle formule à vingt-quatre équipes, on sait qu'on a beaucoup de chances de passer puisque quatre meilleurs troisièmes sont qualifiés.

Y a-t-il également une ambition de reconnaissance de ce Bénin, un pays qui reste malgré tout méconnu, notamment en France ?
Un pays assez méconnu, même si, récemment, on a eu de la mauvaise publicité de la part des médias au sujet des enlèvements qu'il a pu y avoir (NDLR : en mai, deux touristes français ont été enlevés dans le parc national de la Pendjari au Bénin. Quelques jours plus tard, l'armée française a réussi à les libérer avec deux autres personnes. Dans cette opération, deux militaires français ont perdu la vie. Dans la foulée, la question de la dangerosité de la zone, et d'un possible classement en zone rouge, donc très à risques, a fait beaucoup parler). Pour deux enlèvements, on en a fait tout un cinéma alors que c'est un pays vraiment très pacifique et très sécuritaire. Pour tout vous dire, personnellement, j'y vais régulièrement, je traverse le pays en long et en large parce que j'habite dans le nord : je n'ai jamais eu un seul problème. Faire de mon pays un pays à zone rouge... Ils ont mis des zones rouges, des zones jaunes... On est au Bénin, un pays tranquille et pacifique. Quand on voit que, en France, il y a des attentats en permanence, on n'a pas dit du pays que c'était une zone rouge... J'aimerais bien savoir si la zone de Paris est rouge ou verte... C'est quelque chose qui m'a beaucoup énervé. Donc cette compétition va pouvoir nous permettre de donner une belle image du pays. J'espère qu'on va réaliser de belles choses pour montrer que le Bénin est un beau pays et qu'il faut venir le découvrir.

«Cette qualification pour la CAN a amené un élan dans tout le pays»

Comment grandit le football au Bénin ?
Cette qualification pour la CAN a amené un élan dans tout le pays. Un élan de joie, mais aussi un élan d'espoir envers toute cette population pour montrer que le Bénin est capable de réussir dans le football. Montrer qu'il y a une finalité envers tous ces jeunes qui ont l'espoir, un jour, de devenir professionnels. On a montré que s'ils se battent, s'ils évoluent bien dans le Championnat local avant de voir vers l'extérieur, un jour ou l'autre, ils seront amenés à disputer des grandes compétitions comme celle-là. Le Bénin évolue dans le bon sens.

Cela va faire quatre ans que vous avez opté pour le Bénin : vous souvenez-vous de ce moment ?
Cela faisait déjà un moment qu'ils me sollicitaient, même quand j'étais en U19 Nationaux à Montpellier. Mais j'attendais d'être professionnel avant de m'engager complètement. J'ai toujours voulu évoluer pour l'équipe nationale du Bénin. Quand j'étais petit, je jouais au quartier avec mes camarades et je leur disais "Vous verrez, je jouerai pour l'équipe nationale du Bénin". Un choix déjà acté dans ma tête. Je me suis toujours dit que je préférais tenter d'aller apporter de la joie dans un pays où les moyens ne sont pas très grands. Pour justement essayer, à ma petite échelle, de développer le pays par les résultats sportifs. Aujourd'hui, j'ai l'impression de commencer à réaliser ces objectifs. Avec cette qualification, c'est déjà un premier pas.
«Le nom Mounié n'est pas béninois. Mais on sait que les Mounié sont des Béninois»
Racontez-nous l'histoire de la famille Mounié avec le Bénin...
C'est de mon arrière-grand-père, qui était originaire du sud de la France, que vient le nom Mounié. Il est venu au Bénin pour travailler, pour faire les routes, etc. Il s'est marié à mon arrière-grand-mère, qui est de Cotonou. Le nom Mounié est toujours resté. Mes grands-parents et mes parents ont vécu au Bénin. En soi, le nom Mounié n'est pas béninois. Mais on sait que les Mounié sont des Béninois (Il sourit.). J'ai quitté le pays à l'âge de quatre ans.

Pourquoi ?
L'explication officielle de mes parents est qu'ils voulaient nous donner un meilleur avenir, de meilleures opportunités dans la vie.

Et l'explication officieuse ?
Je ne sais pas (Il sourit.). C'est à Perpignan, au quartier, que j'ai vraiment commencé le foot. Car sinon, au Bénin, je faisais du judo.

Un Bénin qui a, du coup, toujours été très présent en vous...
Oui, j'y rentrais chaque été en vacances. Ce sont mes racines, et je ne les ai jamais perdues. C'est aussi pour ça que le choix a été assez facile.

Jusqu'à obtenir une première sélection avec les Écureuils du Bénin. En avez-vous des souvenirs ?
C'est marrant, mais je ne m'en souviens même pas. Il me semble que c'était face au Mali, en 2015... Je me souviens de mon premier but, au Sud-Soudan. C'est mon plus gros souvenir. Sur un terrain rocambolesque. Ils avaient signé un traité de paix une semaine avant qu'on arrive dans le pays. Ils étaient en guerre avec le Soudan. Une ambiance tendue. Un stade catastrophique. L'angle de la lucarne des buts était fait avec la tuyauterie que vous pouvez trouver dans les toilettes. C'était comique. Je suis entré en jeu et j'ai marqué le deuxième but. On avait gagné 2-1..»
Timothé Crépin
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