(L'Equipe)
Roumanie/Focus

Tadé, ce Français qui cartonne en Roumanie

Exilé en Roumanie depuis deux ans, Grégory Tadé vient de terminer sa saison avec 18 buts sous les couleurs du CFR 1907 Cluj. Ce qui le place à la quatrième place des buteurs français en Europe. Découverte de cet attaquant au parcours pour le moins atypique.

«C'est super agréable, il y a des restaurants. Il fait chaud l'été. Honnêtement, c'est bien. La vie n'est pas chère, c'est beau, il y a pas mal de trucs à visiter. Il fait bon vivre.» Voilà pour la carte postale. C'est donc ça Cluj. Une ville située au Nord-Ouest de la Roumanie, à près de 450 kilomètres de Bucarest, la capitale. Et c'est ici que Grégory Tadé a achevé une saison à 18 buts en Championnat. De quoi offrir au gaillard de 28 ans le titre honorifique de quatrième meilleur buteur français cette saison en Europe. Juste derrière Alexandre Lacazette (27), Antoine Griezmann (22) et André-Pierre Gignac (21). Excusez du peu... Une réussite qui lui a permis d'aller décrocher le titre de meilleur buteur en Roumanie. Avec le fameux Soulier d'Or qui va avec. 
«C'est pas de l'or hein (rires), se marre l'ancien joueur d'Orvault en France. J'ai reçu ça avant de rentrer chez moi. Je suis en pleine construction de ma maison, j'ai une salle , qui n'est pas encore finie, qui est réservée aux différents trophées que j'ai gagnés pendant ma carrière. J'ai laissé de la place (rires). On va s'accrocher et on va essayer d'aller décrocher d'autres choses. En tout cas, ça fait toujours plaisir de terminer meilleur buteur d'un Championnat, de ne pas être blessé. On ne va pas dire que j'étais invincible car j'ai quand même eu quelques pépins physiques avec mon tendon. Mais quand t'enchaînes les bonnes prestations, tu marques un but, deux buts, que tu tournes à deux buts par match, c'est sûr que tu te sens un peu invincible. Tu tentes des trucs que tu ne faisais pas avant. Les gars de ton équipe te motivent encore plus et tu deviens un leader. C'est ce qu'il s'est passé cette année. Quand j'entrais sur le terrain, je n'étais plus le même Greg que l'année dernière. Cette année, j'ai un peu marché sur l'eau avec beaucoup de réussite, de chance.» Cette chance, d'ailleurs, il a su la provoquer il y a neuf ans quand les équipes professionnelles françaises lui ont tour à tour fermé leurs portes. Sur les conseils d'un agent rencontré en Ecosse, il décide alors de «gonfler» son CV en indiquant ''Formation au FC Nantes'' et quelques sélections de jeunes en Côte d'Ivoire, pays dont il est originaire. Le club de Forfar n'y voit que du feu et l'engage.

Des piles, des batteries de téléphones, des cris de singes

Sa carrière est lancée. Jusqu'à son arrivée au CFR 1907 Cluj où il signe alors pour trois ans à l'été 2013. «La première année, c'était difficile, que ce soit d'un point de vue sportif ou personnel, détaille-t-il. En plus, j'étais blessé donc c'était compliqué. J'avais à cœur de montrer aux gens ce que je valais. Avec les supporters, c'était d'ailleurs un peu compliqué. La saison dernière, j'étais un paria. Et là, quand tu tournes à un ou deux buts par match, ils sont derrière toi.» Tout comme les fans adverses, jamais les derniers pour mettre la pression. «Dans l'agressivité, c'est ce que j'ai connu de plus chaud, explique celui qui a déjà reçu des piles, des batteries de téléphone et même malheureusement des crachats, des insultes et des cris de singe. On a connu un derby avec Universitea Cluj, c'était grave. Notre car ne pouvait pas rentrer au stade. On a mis une heure à pouvoir entrer dans notre propre enceinte ! Les supporters adverses bloquaient la rue. On a gagné 1-0, mais c'était chaud. Il y avait pas mal de fumigènes et un peu de bagarres. C'est clair que quand tu joues le Steaua Bucarest, le Dinamo, c'est un peu électrique, il y a beaucoup de grosses rivalités, ça envoie quoi. Les supporters, ici, ils n'ont pas froid aux yeux. Ils ne sont pas racistes plus que ça mais quand tu fais du mal à leur équipe c'est sûr que là, ils deviennent fous. Ils n'ont pas peur de le montrer.» Pour Grégory Tadé, c'est son talent qu'il pourrait aller montrer ailleurs prochainement. Sous contrat jusqu'en 2016, il a été invité par son club à partir alors qu'il sort de la meilleure saison de sa carrière. Explications. «Les gens au club m'ont dit clairement qu'ils voulaient me vendre car ils ont besoin d'argent, avoue-t-il posément. Mon salaire devient un peu conséquent et ils veulent réduire la masse salariale. Ils veulent faire un bon coup. A un an de la fin de mon contrat, la meilleure chose pour eux, c'est de me vendre. Ils m'ont fait comprendre que je n'allais pas rester. Je suis bien content aussi car j'ai eu deux années, une pas bonne et une très bonne. On va essayer de rester sur le positif et de partir bons amis avec les supporters et les dirigeants.» Un départ est donc à l'ordre du jour.


«A l'heure actuelle, j'ai envie de mettre ma famille à l'abri. Le football, ça ne dure pas une éternité. C'est dans ma tête, dans ma réflexion. Regardez Claudiu Keseru, il jouait la Ligue Europa, la Ligue des champions avec son club (le Steaua Bucarest, ndlr), il était en équipe nationale. Il a eu une offre pour quelques millions d'euros nets d'impôts (Al-Gharafa au Qatar, ndlr). Il n'a pas tergiversé, il est parti. Ce sont des choix qu'il faut prendre, des choix de carrière aussi. S'il y a un projet sportif intéressant en Europe de l'Ouest et qu'on s'y retrouve financièrement, j'étudierais, mais je ne vais pas me fermer, comme il y a trois-quatre ans, à dire non à l'argent quand je suis resté en Ecosse, à St. Johnstone. Je ne vais pas me fermer aux Emirats ou à la Russie, qui est un super Championnat. Je vais être très attentif et prendre le temps de voir ce qu'il se passe. A 28 ans, tu ne peux pas te permettre de ne penser qu'au foot. Tu ne vas pas revenir en France toucher ton salaire et te faire manger par les impôts, ce n'est pas le but non plus. Si tu es un bon joueur, les supporters, ils veulent toujours que tu ailles dans les Championnats les plus huppés. Mais bon à la fin de ta carrière, les supporters, ils ne sont pas toujours là. Mon agent s'occupe de ça. Il y a éventuellement une sélection nationale qui va se préparer. J'espère ne pas rater le coche cette année avec la Côte d'Ivoire. Ça reste le début du mercato, on attend un peu. J'ai du temps.» Nantes, qui recherche un avant-centre, serait-il le club idéal ? «C'est mon club de cœur, je ne l'ai jamais caché, rigole l'actuel numéro 15 de Cluj. Après, est-ce que Nantes va être intéressé par mon profil, ça, je ne sais pas. Je ne suis pas loin, je suis dans la région, s'ils veulent mon numéro, il y a beaucoup de gens qui l'ont dans le coin. Je ne sais pas s'ils sont au courant de ce que j'ai fait cette année. Ils ont de grosses enveloppes à dépenser pour un attaquant, je vais leur dire ''moi, je suis pas le plus cher et je bosserai beaucoup''. C'est eux qui voient.» Avis donc aux amateurs.

Tanguy LE SEVILLER (@tang_foot)
Réagissez à cet article
500 caractères max
kadoka107 19 juin à 11:19

Comme il cartonne, on se contente de dire que c'est un footballeur français. Mais s'il s'était révélé dans la rubrique des Faits divers, on aurait vite écrit ceci:" Cet ivoirien qui est passé par tel club et tel club en France a........"

stiridesport 19 juin à 8:42

hei, florence and the machine