(L'Equipe)

Tite, sélectionneur du Brésil : «Neymar est essentiel, pas indispensable»

Le sélectionneur brésilien, de passage à Paris le mois dernier, est venu nous parler de son équipe, de son leader technique, de son idée de jeu et des défis qui l'attendent. Tour d'horizon d'une Seleção qu'il dit obligée de «sans cesse se réinventer».

En principe, le Brésil aurait dû jouer ses deux premiers matches éliminatoires de la Coupe du monde 2022 vendredi dernier (contre la Bolivie à Recife) et ce mardi (contre le Pérou à Lima). Il aurait dû aussi disputer la prochaine Copa America du 12 juin au 12 juillet , organisée par la Colombie et l’Argentine. Aujourd’hui, la Seleçao est à l’arrêt. Comme les autres. Mais son sélectionneur, Tite, de passage à Paris le mois dernier, en a profité pour venir faire un tour à France Football et nous parler de son équipe. Voici quelques extraits parmi les nombreux thèmes abordés.

Le rôle de Neymar

«Neymar est essentiel, mais pas irremplaçable. (…) A chaque match, je me pose la même question : comment en tirer le meilleur, construire et équilibrer l’équipe autour de lui ? La position où je l’ai trouvé le plus performant en club comme en sélection, c’est quand il jouait à Barcelone, sur le côté gauche pour venir ensuite terminer dans l’axe. Autrement dit, en partant d’un côté, où il travaillait avec les milieux, puis en utilisant sa perception du jeu, sa rapidité de réflexion et d’exécution, sa capacité d’improvisation, et en y ajoutant sa vitesse. Le meilleur Neymar que j’ai vu jouer, c’est à cette période-là. Le niveau de jeu qu’il avait atteint alors était exceptionnel et seul Messi et Ronaldo étaient au-dessus. Je n’ai jamais vu ainsi Hazard, Griezmann ou Pogba jouer à ce niveau-là. Mais le Neymar dont je parle, c’est celui qui était dans sa plénitude mentale et physique.»

Le déclic de la Copa America 2019

«Remporter la Copa America, chez nous au Brésil, représentait un enjeu majeur. Notamment pour les joueurs qui avaient vécu au plus près l’affront de 2014 : Dani Alves, Fernandinho, Thiago Silva… Ce titre était d’autant plus important que nous avions perdu Neymar sur blessure quelques jours à peine avant le début du tournoi. La pression et l’attente des supporters étaient considérables : gagner était donc la seule option qui s’offrait à nous. Quand vous devez affronter l’Argentine de Messi, l’Uruguay de Cavani et Suarez, ou la Colombie de James (Rodriguez), son absence crée forcément davantage d’instabilité au plan émotionnel. Neymar te rassure, parce qu’il apporte de l’imprévisibilité à ton jeu. Parce qu’il va t’offrir une solution individuelle ou collective que les autres n’ont pas. Et avec lui, le potentiel de l’équipe n’est pas le même, car il va la sublimer. Donc gagner sans lui et résister à cette pression a fait prendre au groupe conscience de sa valeur, oui.»

Bruno Guimaraes, le chaînon manquant ?

«Il nous manque actuellement un milieu relayeur. Un joueur comme Falcao autrefois. Ou comme De Bruyne aujourd’hui, capable de jouer tantôt plus bas pour venir aider Casemiro et faire repartir mieux le jeu, tantôt plus haut pour amener davantage de liant, de créativité, de vitesse et de percussion. Bruno Guimaraes, qui vient de signer à Lyon et qui a été le meilleur joueur des U23 qualifiés pour les JO, possède un potentiel énorme et peut être ce joueur-là. Je pense aussi à Paqueta qui joue à Milan.»
 
Patrick Urbini

Retrouvez l'intégralité de l'interview de Tite dans le France Football actuellement en kiosques ou ici en version numérique.